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13 mai 1981 : en direct de la place Saint-Pierre

Le 13 mai 1981, le Père Thierry de Roucy était sur la Place Saint-Pierre de Rome et fut le témoin très proche de l’attentat de Jean-Paul II. Le surlendemain, il écrivait…

Plaque Place Saint-Pierre (Vatican) avec les armoiries de Jean-Paul II et la date 13 mai 1981 Photo Lucaok

« Depuis deux jours je porte en mon cœur des images bien cruelles : celles de l'attentat de Jean-Paul II. La Providence a permis que justement je participe à l'audience de ce mercredi 13 mai et que je sois placé de telle façon sur la Place Saint-Pierre que je pus être le témoin direct de cette scène odieuse. J'étais juste en train de sortir ma main des barricades pour pouvoir la tendre au Saint-Père qui était tout proche et que je voyais depuis un moment déjà, étant placé dans un angle, quand j'entendis les détonations que nous crûmes d’abord être des pétards qu'un enfant faisait éclater pour manifester sa joie, comme on le fait à la fin de certains mariages…

Mais cette interprétation fut rapidement dépassée. En voyant le pape vaciller, sa main en sang, son secrétaire le soutenir et tous les gardes qui suivaient sa jeep se précipiter vers lui, nous avons vite compris de quoi il s'agissait vraiment. Mes voisines se mirent alors à pousser des hurlements de douleur et à pleurer à chaudes larmes. Je crois qu'aucune autre scène ni aucune autre nouvelle – comme le massacre de toute leur famille – n'auraient pu leur causer des cris plus terrifiants et un désespoir plus grand. Très ému moi-même, je restai sur place quelques minutes assistant à toutes les manœuvres des voitures de police et des ambulances qui s'agitaient de partout en faisant crisser leurs pneus et hurler leur sirène tandis que la foule restait abasourdie et obéissante, et priant très fort la Très Sainte Vierge pour le Pape et pour son assassin. J'étais placé de façon telle que je pus partir dès que je le décidai, alors que tous les pèlerins amassés sur la place furent presqu'obligés d’y rester au moins une heure, une heure et demie pour des raisons de sécurité et à cause des recherches faites pour rattraper le (ou les) coupable(s) de cet attentat.

Dans la rue, quand j'y passai, les gens commençaient à savoir la nouvelle et bien des commerçants étaient sur le seuil de leur boutique pour guetter quelques informations. Beaucoup étaient en larmes et avaient des visages affligés. Je me fis arrêter à de multiples reprises par toutes sortes de gens, des plus simples aux plus élégants, des plus incrédules aux plus croyants, mais tous, à la confirmation de la nouvelle, ressentirent une grande émotion et je sentais que non seulement leur affectivité était atteinte mais aussi leur cœur. Entre autres, je dus soutenir une pauvre femme qui quêtait dans la rue et dont les yeux s'emplirent de larmes et d'un chagrin profond quand je lui confirmai les évènements qu'elle soupçonnait déjà. Rome – mais je crois pouvoir dire le monde entier – ne fit plus qu'un dans la prière et le chagrin. Rarement dans l'histoire de l'humanité, un homme, me semble-t-il, fut aimé à ce point ! Et à juste titre !

Je marchais donc dans les rues, le rosaire à la main, les oreilles encore toutes vibrantes des détonations du pistolet et les yeux emplis de la dernière image que j'eus du Pape à moitié affaissé dans les bras de son secrétaire, les yeux mi-clos. A vrai dire, sans beaucoup d'imagination, j'avais tout de suite associé cette image à celle du Christ rendu à sa Mère au soir du Vendredi Saint et cette association se perpétuait dans mon cœur.

Voici pour le récit « matériel » de l'évènement que complètent très bien tous les journaux. Mais combien faudrait-il s'arrêter davantage sur sa portée spirituelle ! C'est elle que nous devons contempler et méditer ! Combien de phrases de l'Écriture s'appliquant à la Passion de Jésus pourrait s'appliquer aussi à cette passion du Saint Père et notamment celle-ci : « Je suis le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis ».

Pour ma part, même si ce cruel attentat à la vie du Pape m’atteignit profondément, je dois dire que je n'ai connu ni angoisse ni « obsession psychologique » (si c'est le mot qui convient) à partir des images que j'eus la grâce terrible de voir ou de l'ambiance impressionnante qui régnait sur la Place Saint-Pierre quelques minutes après l'attentat. Au contraire, curieusement, m'envahirent une douce paix et une grande confiance dans les fruits de résurrection que cette passion pourrait porter dans le cœur de tant de nos contemporains – résurrection de la foi, de la fraternité, de la justice, de l'amour. Et cette paix qui m'était donnée, il me semblait qu'elle venait du fait que, dans la foi, j'étais d'accord pour que le chemin du Pape, à la suite du Maître, passe par là, mais aussi pour que mon chemin à moi, et le chemin de tous ceux que j’aime, si la Providence le permet, passe par ce martyre du corps livré à la haine des ennemis de Dieu.

Depuis ce moment-là aussi, je comprends mieux ce qu'est le Sacerdoce.

Supplions pour l'étudiant turc qui a été l'instrument de cet acte de violence. Pour ma part, j'avoue que je prie au moins autant pour lui que pour la guérison du Pape et je suis sûr qu'au Ciel sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, sainte Catherine de Sienne et beaucoup d'autres supplient le Christ de lui faire miséricorde et de se manifester à lui. La première prière de Jean-Paul II, alors même qu'il s'effondrait, n'a-t-elle pas été celle-ci : « Seigneur, prends pitié de lui car il ne sait pas ce qu'il a fait ! » ? Je ne sais pas, mais il me semble que Dieu lui a déjà fait miséricorde. »

Pour mieux connaître Thierry de Roucy :
http://france.pointscoeur.org/Biographie-du-Pere-Thierry-de-Roucy.html

Autres textes de Thierry de Roucy :
http://terredecompassion.com/tag/thierry-de-roucy/
http://www.evangelium-vitae.org/documents/3039/archives/divers/jesus-aime-judas-pere-thierry-de-roucy.htm

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