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Poème de Denis Cardinaux            7 juin 2011

Vova vit au Kazakhstan. Atteint de myopathie il fut placé très tôt dans une institution spécialisée où une infirmière lui transmit la foi orthodoxe. Vers dix-huit ans, il fut recueilli par un prêtre dans un orphelinat où il apprit à peindre des icônes. C'est là qu'il me raconta un jour le songe évoqué dans ce poème. Plus tard, en raison des relations difficiles des autorités avec les catholiques, il fut replacé dans la maison que nous avions l'habitude de visiter chaque semaine, pour finalement être enfermé dans une maison de retraite où il ne peint plus. A vingt-cinq ans. 

CC BY-SA Gregor_y

Vova

 

Elle disait, dans l’or, le fond de notre jour.

Il suffisait qu’on ait un peu de la mémoire

Qui fit qu’un jour Vova l’entendit, l’écouta :

Il n’était que le bleu, il était ce regard.

 

Ce fut en rêve mais elle quitta l’icône.

Les joues rayées d’une eau très pure,

Il entendit soudain, qu’on frappait à la porte.

Après s’être assuré qu’elle pouvait entrer

Dans la chambre, avec la révérence

Du mystère, elle s’assit au bord du lit

Et comme il acquiesçait, elle lui enseigna

Tout cela qu’il n’avait jamais pu bien apprendre :

– Je ne suis pas sur une image, disait-elle,

Je suis la compagnie de tes jours pris dans l’or.

 

Sur ce corps tourmenté, douloureux,

S’était déposée la clarté. Quand il peignit

Ce visage, alors, depuis la lenteur

De ses bras atrophiés, on se demandait bien

S’il dessinait sur un miroir

Ou s’il se penchait pour y boire

Des cieux.

 

 

 

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