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« Les vacances : une nécessité » (Benoît XVI)

Voici qu’arrive pour beaucoup le temps des vacances. Un temps dont la perspective, depuis des mois, nous aide à supporter fatigues et tracas, un temps dont on a mille fois rêvé et qui parfois nous déçoit, un temps qui passe trop vite et pendant lequel, paradoxalement, il arrive que l’on s’ennuie.

Val Gardena (Suisse) CC BY-NC-ND Gianfranco Goria

Après des mois de vie laborieuse, tous nous sommes fatigués. Fatigués de courir en tous sens, fatigués de voir et d’entendre n’importe quoi, fatigués de négliger l’essentiel. Notre corps crie : je n’en peux plus ! Nos yeux et nos oreilles sont las des horreurs qu’ils voient, des bruits qu’ils entendent : nous avons soif de beauté ! Notre intelligence se révolte : à quand la réflexion sur nos “pourquoi” ? Notre cœur revendique : quand pourrai-je aimer gratuitement ? Ainsi, après des mois de frénésie, tout notre être est en état d’attente et il ne peut s’agir, comme on le croit souvent, que d’une lassitude du corps que le sommeil ou les bains de mer ou de soleil apaiseront. Définitivement, il s’agit d’une revendication générale !

Pour beaucoup – spécialement pour ceux qui habitent dans les villes et, en particulier les grandes villes –, il n’y a guère de repos sans rupture. Pour retrouver son lieu authentique, il faut s’éloigner du milieu de vie habituel, il faut aller « ailleurs » sans forcément se rendre au bout du monde. Le regard a besoin de contempler autre chose pour découvrir la réalité différemment, telle qu’elle est en vérité. Les oreilles ont besoin de silence pour réentendre la musique qui est dans l’âme de tout être. La mémoire et l’imagination ont besoin du tamis de l’oubli pour se délester des vaines préoccupations qui les épuisent et ne garder que l’essentiel. Le corps doit reprendre conscience du rythme de la nature pour comprendre que tout ne s’est pas fait en vingt-quatre heures, qu’il y a des jours et des nuits, un hiver et un été. Le cœur a besoin de solitude et d’intimité familiale pour se réjouir de l’amitié sans condition. L’intelligence a besoin de négliger les questions à régler dans l’urgence pour se reposer les questions de long terme, d’éternité.

C’est dire avec quel soin on doit chercher le lieu où passer ses vacances, les personnes avec qui les passer, les activités dont on se donnera le temps, le budget raisonnable que l’on y consacrera. Au fond, les vacances doivent nous rendre plus fidèles à notre cœur, plus proches de Dieu : la nature, la beauté, l’amitié, la réflexion, la prière nous y aideront. Sans cela, « même les vacances risquent de se dissiper en une vaine recherche de mirages de plaisirs. Mais de cette manière, l'esprit ne se repose[ra] pas, le cœur n’éprouve[ra] pas de joie et ne trouve[ra] pas de paix, au contraire il fini[ra] par être encore plus las et triste qu'auparavant. » (Benoît XVI)

Les vacances ne sont donc pas un temps fait pour s’éclater, mais pour s’unifier ; ce n’est pas un temps de farniente, mais d’activité contemplative. C’est un temps de re-création et de recentrage, d’approfondissement et de conversion. Voilà en quel sens « les vacances sont une nécessité » : d’elles peut dépendre notre salut !
 

Pour mieux connaître Thierry de Roucy :
http://france.pointscoeur.org/Biographie-du-Pere-Thierry-de-Roucy.html

Autres textes de Thierry de Roucy :
http://terredecompassion.com/tag/thierry-de-roucy/
http://www.evangelium-vitae.org/documents/3039/archives/divers/jesus-aime-judas-pere-thierry-de-roucy.htm

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2 Commentaires

  1. Claire Fortin

    Je ne résiste pas à la tentation de livrer ici deux extraits du texte de Hermann Hesse, "Propos sur les voyages" (1904), que l'on peut trouver dans le merveilleux recueil intitulé "L'Art de l'oisiveté".
    "Beaucoup de livres et de brochures sont consacrés à la manière dont l'homme moderne doit voyager, mais à ma connaissance, aucun de ces ouvrages n'est bon. Lorsqu'une personne entreprend un voyage d'agrément, elle devrait en vérité savoir ce qu'elle fait, et pourquoi elle le fait. Or, le citadin qui voyage aujourd'hui l'ignore. Il s'en va parce que l'été, il fait trop chaud en ville ; il s'en va parce qu'il espère que le changement d'air, la découverte d'autres lieux et d'autres gens le reposeront de son travail harassant. Il choisit la montagne parce qu'une obscure nostalgie de la nature, de la terre et de la végétation le tourmente en éveillant en lui des désirs incompréhensibles. Il choisit Rome parce que c'est culturel. Mais il part surtout parce que ses cousins et ses voisins le font, parce qu'on peut ensuite parler de ses voyages et s'en vanter, parce que c'est à la mode et qu'on se sent si bien une fois rentré à la maison.
    Ce sont là des motifs parfaitement compréhensibles et honnêtes. Mais (…) la poésie du voyage ne réside nullement dans la rupture apaisante avec la monotonie familière, le travail et les soucis, dans la rencontre fortuite avec d'autres gens et dans la contemplation d'images différentes. Elle ne réside pas non plus dans le contentement de la curiosité. Elle naît de l'expérience, c'est-à-dire de l'enrichissement intérieur, de la capacité de rattacher les choses nouvelles au tout, de la perception toujours plus aiguë de l'unité dans la diversité, de ce grand réseau qui unit la terre et les hommes. Elle naît de la possibilité de retrouver dans un contexte tout à fait différent des vérités et des lois anciennes."
    "Je voudrais juste ajouter que je ne crois pas à l'existence de ce "talent pour le voyage", dont on entend si souvent parler. Les voyageurs pour lesquels un lieu inconnu devient très vite agréablement familier, qui savent en distinguer le caractère authentique et précieux, sont aussi ceux qui ont trouvé un sens à l'existence en général et s'entendent à suivre leur étoile. Leur désir puissant de revenir aux sources de la vie, la volonté de se sentir en accord et en osmose avec tout ce qui existe, s'active et se développe leur fournit la clé pour accéder aux mystères du monde, ces mystères qu'ils explorent avec avidité et délice en se rendant dans des pays lointains, mais aussi en vivant au rythme du quotidien et de ses expériences."
    Bonnes vacances !
     

  2. Très beau texte, sensible et vrai, sur un sujet finalement peu évoqué. Le commentaire où figurent les textes de Hesse est aussi profond et intelligent.
    Les vacances sont l'occasion de rencontres et d'échanges, que ce soit dans l'intimité ou dans la confrontation avec une autre culture, un autre environnement.
    Pour les parents, il est parfois difficile de trouver un "vrai" moment de repos et de ressourcement mais il faut néanmoins tout faire pour y parvenir, au risque d'être sinon dévorés par les obligations des enfants…
    Et la redécouverte de la famille dans ces moments là est une vraie grâce.
    Bon été à tous !