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« A l’heure où sortent les résultats du bac… »

A l’heure des résultats du brevet et du baccalauréat, Monsieur D, enseignant à la retraite, principal d’un collège classé ZEP[1] pendant plus de dix ans et directeur de camps de vacances, partage son expérience d’éducateur. L’occasion de se reposer la question fondamentale du sens de l’éducation, au-delà de la simple réussite, ou de l’échec scolaire.

Dopo scuola © Punto Cuore

S’il est un point qui revient souvent, dans sa conception de l’éducation, un peu comme un leitmotiv, c’est la nécessité de partir de l’enfant, du jeune, de ce qu’il est, de ce qui le passionne : « La responsabilité de l’adulte est d’être avec lui dans un accompagnement qui favorise l’ouverture » dira t-il, car, « en chacun, il y a toujours quelque chose à trouver ».  Cela, il l’a expérimenté avec de nombreux jeunes dits « en échec scolaire » qu’il a accompagnés.  Ces jeunes en difficultés scolaires à qui il a porté un intérêt tout particulier durant sa carrière, peut-être parce que lui-même, enfant, faisait plus de vingt fautes à ses dictées… Un été, son cousin, jouant sur « la fibre de son amour pour le babyfoot », lui fit faire quotidiennement des dictées, en contrepartie de quoi sa mère l’autorisait à sortir jouer au babyfoot. A la rentrée scolaire, son instituteur fut tout étonné de ne plus avoir à utiliser le fameux stylo rouge dédié aux corrections ! Anecdote qu’il raconte avec humour, et dont il tira la leçon, pour accompagner les jeunes, partant de leurs centres d’intérêt, mais portant surtout sur eux un regard d’espérance, qui voit plus loin que les manques et les difficultés.

Autre trait caractéristique de l’éducateur, ce n’est pas quelqu’un qui sait, mais « quelqu’un qui cherche ». Parce qu’en face de lui se trouve une personne. Une personne digne de respect, un jeune, un enfant souvent fragile, qu’il ne faut pas blesser. Il en résulte une réflexion particulière, notamment lorsqu’il faut punir, sanctionner, de manière à être juste, mais le sans rabaisser, en lui montrant sa dignité malgré sa faute.

Eduquer, c’est enfin, introduire dans une réalité totale, favoriser une ouverture à tout ce qui fait la vie. Monsieur D confie qu’il pense avoir découvert la pédagogie lors de camps de vacances, où vivant avec les enfants, il a appris à connaître leurs besoins, à s’adapter à eux… Rien de tel qu’un « vivre ensemble » pour éduquer à travers les tâches quotidiennes et introduire à un regard plus large sur la réalité : « Je me souviens d’une fois, nous étions partis, avec mon groupe d’enfants, tôt le matin, à pied. Soudain, je me suis arrêté, saisi par le spectacle d’une magnifique toile d’araignée, toute perlée de rosée. C’était un spectacle extraordinaire. J’ai dit aux enfants : "Regardez !", et je crois qu’ils sont entrés dans mon émerveillement. Il y  a eu un moment de silence, et l’un d’eux a dit : "Mais… qui a fait cela ?" »

Toile d'araignée sous la rosée CC-BY Guymoll

Don Giussani[2], dans une interview, ne disait-il pas : « La question qu'un éducateur doit se poser n'est pas "Que dois-je faire ?" ou "Comment agir ?", mais "Qui suis-je ?".  C'est de ce "Qui suis-je ?" que peut naître une présence nouvelle, jusque dans les détails, une reprise continue de la vie, et la proposition continue d'un horizon de vie plus large. Ce n'est qu'ainsi qu'on peut avoir la force et l'audace d'habituer des jeunes aux grands idéaux, à la grandeur pour laquelle le cœur de l'homme est faite, pour laquelle il vibre lorsqu'elle lui est présentée comme pertinente par rapport à sa vie, et qu'il la découvre concrète»[3]

Et, si la passion pour l’éducation de Monsieur D est si grande, si sa soif de transmettre ce qu’il a expérimenté est si forte, c’est sans doute, parce qu’il a beaucoup aimé tous ces jeunes. Il s’est réellement, concrètement passionné pour leur destin.


[1] ZEP : Zone d’éducation prioritaire

 

 

 

[2] Don Luigi GIUSSANI (1922-2005), prêtre du diocèse de Milan, professeur de théologie, est le fondateur du mouvement « Communion et libération ».

 

 

 

[3] In « Le risque éducatif », Éd. Nouvelle Cité, coll. « Vie des hommes », 2006, pp. 151-152.

 

 

 

 

 

 

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