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De la désolation à la béatitude

Chaque année, les fêtes du 14 et du 15 septembre, fête de la Croix glorieuse et de Notre-Dame de Compassion, nous font brutalement retourner au Golgotha.

© 2011, Nathalia Satsik

Là, – sur cette petite colline de Jérusalem –, un sentiment étrange nous saisit. Nous voici placés devant une masse d’amour et de mort, de péchés et d’espérance. Devant des monticules d’écheveaux de laines rouges, or, grises, vertes, violettes, tout entremêlés. Un lieu de confusion. Un lieu de paradoxe. Un lieu si étranger pour nous qu’on voudrait en fuir. Un lieu si familier qu’on ne sait comment s’en déraciner. Nous y contemplons la souffrance d’un Christ qui hurle vers son Père, d’une Mère dont le cœur est percé de lances. C’est Lui, c’est Elle qui d’abord souffrent. Mais ensuite c’est bel et bien nous. C’est chacun de nous et le monde entier. Toujours davantage. De telle sorte que peu à peu le Golgotha se transforme en Everest. Au fil des ans s’y ajoutent, en effet, la naissance de millions d’hommes qui, chaque jour, devront expérimenter souffrance après souffrance. La mort de millions d’hommes dans les cris de leur agonie et les pleurs de ceux qu’ils laissent. Les souffrances des pays libérés au prix de bien d’autres souffrances. Les angoisses des malades, des adolescents, des vieillards soulagées au prix de bien d’autres maux. Et tout ce lot de guerres, de tremblements de terre, de douleurs secrètes… C’est lourd, infiniment lourd… Fallait-il qu’il y ait vraiment beaucoup à compléter à la Croix du Christ pour son Corps qui est l’Eglise ?

On peut compter, chercher des explications, inventer des théories. On peut aussi tout bonnement s’installer dans la colère, se révolter, voire se détruire. Mais à quoi bon ? Ne suffit-il pas plutôt d’entrer dans le pourquoi paradoxal et confiant de l’Homme et dans le silence vénérable de la Femme dans lesquels déjà sont contenus les pourquoi et les silences de tout être humain. Certes, ces appels sont suivis d’un immense hiatus. Aucune réponse. Aucun soulagement. Un puits sans fond. Une tragédie sans fin. Une traversée sans phare. L’absurde. Mais, quand la désolation atteint son paroxysme, surgit un éclair plus brillant et plus mystérieux que toute lumière. Une réponse qui s’offre comme le mot unique de l’amour : la résurrection. Ce qui nous semble aujourd’hui si loin, si impensable, si inattendu s’est brusquement frayé un chemin en nous. Nous sommes les mêmes et tout autre à la fois. Sans question. Sans silence. Parfaitement présents. Adorants.

C’est dans notre patience amoureuse à vivre aujourd’hui ce hiatus entre le pourquoi de l’abandon et la folie de la résurrection, c’est dans cette espérance qui s’affermit lorsque nous déchirent la pauvreté et la violence, lorsque nous étreignent l’angoisse et les larmes, que peu à peu notre cœur se dispose à recevoir la totalité de l’infini pour lequel il est fait. La béatitude qui sans tarder viendra, tel un voleur.
 

Pour mieux connaître Thierry de Roucy :
http://france.pointscoeur.org/Biographie-du-Pere-Thierry-de-Roucy.html

Autres textes de Thierry de Roucy :
http://terredecompassion.com/tag/thierry-de-roucy/
http://www.evangelium-vitae.org/documents/3039/archives/divers/jesus-aime-judas-pere-thierry-de-roucy.htm

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