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Le Vatican en faveur d’une réforme du système financier international

de Gonzague Leroux         30 octobre 2011

En vue du G20 qui se tiendra à Cannes entre les 3 et 4 novembre prochain, le Conseil Pontifical « Justice et Paix » vient de publier une note intitulée : "Pour une réforme du système financier international dans la perspective d'une autorité publique à compétence universelle". Dans cette note, " Justice et Paix" fait état de la crise actuelle du système financier et de ses causes, tout en proposant l’instauration d’une « Autorité publique mondiale ». C’est au changement que les gouvernements sont invités en ces termes : « Nous ne devrions pas avoir peur de proposer de nouvelles idées, même si elles pourraient déstabiliser des équilibres de pouvoir préexistants qui règnent à l’insu des plus faibles. »

CC BY Argenberg

Un professeur de théologie de l’université de Dayton (USA), Vincent J. Miller, écrit : « Il est clair que le Vatican est dans la lignée des manifestants de Occupy Wall Street et d’autres personnes qui souffrent de la situation actuelle pour un retour de l’éthique et de la bonne gouvernance du secteur financier hors de contrôle après trente ans de dérégulation. » Pour le Conseil Pontifical, il faut que la politique qui a pour vocation d’assurer le bien commun d’une nation reprenne le contrôle du système financier appelé, quant à lui, à être au service de la personne dans une « éthique de la solidarité » ou encore « une éthique amie de la personne » selon les termes de la note.

Les principales causes de la crise sont énumérées clairement. Il s’agit tout d’abord d’un affaiblissement des structures politiques, les Etats n’étant plus capables d’assurer le bien commun de leurs citoyens dans un contexte de globalisation. Le document fait aussi mention de la flambée du crédit qui ne suit plus la croissance réelle de l’économie et conduit donc à l’inflation et à un plus grand risque de banqueroute. Sont aussi accusées les idéologies modernes comme les idéologies libérales, utilitaristes, matérialistes et néo-libérales. L’idéologie libérale, par exemple, établissant a priori des lois du fonctionnement du marché en omettant de se confronter à la réalité risque de devenir un instrument à l'avantage des pays déjà puissants et bien développés. L’idéologie utilitariste, quant à elle, affirme que « le bien utile d’une personne conduit au bien de la communauté », ce qui est peut-être vrai dans certains cas mais sa dérive conduit à une approche individualiste de l’économie en laissant pour compte les plus pauvres. Le FMI est aussi pointé du doigt pour ses manquements dans la régulation de la création de monnaie. Finalement, c'est l'homme qui est mis en cause pour ses faiblesses comme son égoïsme et sa cupidité individuelle et collective.

Face à cela, le Conseil Pontifical argue que « l’homme ne doit jamais perdre l’espérance d’un futur meilleur et la confiance dans la dignité et la capacité à faire le bien de la personne humaine. » Il est donc urgent de changer de direction et de faire de nouvelles propositions face à la crise.

La proposition phare du Conseil Pontifical est l’instauration d’une « autorité publique mondiale » ou « supra-nationale » pour favoriser le développement durable et le progrès social de tous. Cette autorité devra être dotée d’un corps minimum de règles nécessaire pour le bon fonctionnement du marché et d’un cadre juridique pour l’application des règles. Le processus décisionnel obtenu par consensus de cette institution devra engager un grand nombre de pays afin de prendre en compte et valoriser les opinions minoritaires et donc les pays en voie de développement et les pays émergeants. Enfin, le principe de subsidiarité devra être utilisé pour régler les rapports entre les Etats de cette autorité et les différentes institutions privées ou publiques avec lesquelles elle est en lien.

Toutes ces propositions suivent le magistère social de l’Eglise qui prône un développement spirituel, social, culturel et économique de toute personne. La finalité de ce document est bien de retrouver le primat de la dignité de l'homme, de l’éthique et de la transcendance dans la gouvernance mondiale et qu’au bout du compte toute institution soit sincèrement au service de la personne.

Note du Conseil Pontificual « Justice et Paix » : Pour une réforme du système financier international dans la perspective d'une autorité publique à compétence universelle

 

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2 Commentaires

  1. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Quand on voit les résultats  assez minces du sommet de Cannes, on se dit que nous ne sommes pas prêts d'avoir une gouvernance mondiale. Il y a bien eu un début d'accord sur le principe d'une taxation des transactions financières, mais il y a loin de la parole aux actes. Concédons que les élucubrations de la Grèce n'ont pas facilité la tâche du G20. Pour nous Français, il est urgent de relancer la construction européenne en dotant l'Union d'une gouvernance économique et financière. Mais placer les budgets nationaux sous la tutelle européenne constituerait un pas décisif vers la construction d'une Europe fédérale. Le couple Merkel-Sarkozy a-t-il la volonté d'aller jusque là ? La pression électorale des souverainistes français (Le Pen, Mélanchon, Montebourg,Chevènement…) ne manquera pas de rendre Sarkozy et Hollande prudents sur ce terrain.

  2. Céline

    Attention, l'"autorité publique à compétence universelle" évoquée par la note publiée par le Vatican concerne bel et bien le "système financier international", et uniquement financier.
    Cette note ne parle en aucun cas d'une gouvernance mondiale dans tous les domaines, contrairement à ce qu'implique le système fédéral évoqué dans le précédent commentaire au niveau de l'Europe. M. Anel semble présenter le modèle de la fédération comme un but à atteindre pour l'Europe, mais le principe de subsidiarité évoqué dans l'article ne dépend absolument pas de cela. S'il est en effet nécessaire d'avoir une unité européenne pour une gouvernance économique et financière, la souveraineté des états, bien comprise, peut être un élément important du développement de ce principe de subsidiarité.