Home > Spiritualité > La grandeur de l’Afghanistan

Vendredi 27 janvier près de Toulon a eu lieu un dîner culturel avec Jérôme Veyret, jeune journaliste indépendant ayant vécu 5 ans en Afghanistan, suite à une mission Points-Cœur au Brésil. Le thème de la soirée, "Afghanistan mon amour" portait sur ce pays qui fascine, mais qui souffre depuis de nombreuses années. Derrière ses blessures qui ont contribué à former l'étiquette qu'on lui connaît facilement aujourd'hui : "pays de terroristes, d'opium, où meurent des soldats français", se cache une terre mystérieuse de beauté, d'hospitalité et d'amitié. Un événement hors du commun, dont Jérôme a été l'un des protagonistes, nous le révèle.


les quatre Afghans ©Jérôme Veyret

L'instrumentalisation de l'Afghanistan

L'histoire de l'Afghanistan révèle un fait: ce pays a très souvent été instrumentalisé par des puissances étrangères. Il commence à exister en tant qu'Etat en 1747, à la chute de l'Empire perse. Mais dès le XIXe siècle, la manipulation des ses frontières a été un élément du Grand Jeu entre l'Empire britannique et la Russie impériale pour le contrôle de l'accès aux passages montagneux menant à l'Inde britannique. Le pays a été envahi par les russes de 1979 à 1989, laissant la place à une  guerre civile jusqu'à 1996. De 1997 à 2001, c'est la prise de pouvoir des Talibans et l'assassinat du résistant Massoud le 9 septembre 2001, deux jours avant la chute des Twin Towers. A partir de 2001, c'est à l'OTAN d'intervenir, avec à ce jour, la présence de soldats du monde entier. Les nombreux soldats français et d'autres nationalités morts là-bas égrènent tristement les nouvelles au sujet de l'Afghanistan.

 

Un événement gratuit

Néanmoins, ce pays ne se résume pas à cette instrumentalisation et aux divisions au sein même de ce peuple aux très nombreuses ethnies. Pour preuve, le 19 juillet 2009 a eu lieu un événement extraordinaire qui a été malheureusement vite englouti de nouveau par les faits de guerre. Ce qui s'est passé en dit pourtant long sur ce peuple. Au cœur du massif de l’Hindu Kush, sur la route de la soie, Malang et Amrudin, deux afghans, ont gravi le sommet de la plus haute montagne de leur pays, le Noshaq, à 7492 mètres. Aucun Afghan ne l'avait jamais atteint auparavant. Gurg Ali, instituteur, Afiat Khan, maçon, Malang, cuisinier et Amrudin, éleveur de bétail, quatre amis de Jérôme, se sont entraînés pendant plusieurs années afin affronter cette montagne. Ils se sont même rendus à Chamonix pour suivre un stage d’alpinisme. Durant leur séjour en France, ils en ont profité pour visiter Paris et sont passés dans la famille de Jérôme. Au sommet de la dune du Pyla, Malang, le poète, s'exclame: "Si j'étais un arbre, je planterais ici mes racines". L'ascension du Noshaq commence enfin et au final, deux d'entre eux réussissent à gravir le plus haut sommet d'Afghanistan et ils y plantent non pas le drapeau de leur région mais bien le drapeau national.  Ils sont accueillis comme des héros dans tout le pays. 

 

Un événement riche de sens

Alors que le pays est déchiré de toute part, ces hommes ont été capables d'affirmer et de vivre d'une certaine gratuité pendant des années. Apparemment, cela ne sert à rien, mais ce geste rappelle à tous les afghans qu'ils sont faits pour se dépasser afin d'affirmer la grandeur et la beauté de leur peuple.  En pleine deuxième guerre mondiale en France, alors que l'horreur sévit en Europe, Maurice Carné filme le chef d'œuvre de poésie et d'amour, "Les enfants du paradis". Alors que les nazis envahissent son pays, Karol Wojtyla fait de la résistance non avec les armes, mais avec le théâtre car il a conscience que la culture est le rempart le plus profond contre l'idéologie.

Le film

Un film documentaire retrace cette aventure de gratuité: « 7 000 mètres au-dessus de la guerre », réalisé par Louis Meunier et filmé par Jérôme. Ce film, qui a reçu le prix du film aventure et expédition "The North Face" lord du festival International du film de montagne 2011 à Autrans, parle de ces "nouveaux enfants du paradis", ces personnes qui, au sein de l'horreur de la guerre, rappellent la finalité de tout un peuple. Du sommet de LEUR montagne, ils sont un peu comme une cathédrale plantée au milieu de l'Afghanistan, qui crie en silence: "Nous sommes faits pour la beauté, pour le dépassement de notre égo, de nos divisions et de notre violence, et c'est cette gratuité, cette unité, ce pardon qui a le dernier mot, même si les apparences semblent nous dire le contraire".

Certes, l'Afghanistan a souvent été instrumentalisé, mais cet événement de juillet 2009 dont Jérôme a été l'un des protagonistes, révèle que lorsque quelques personnes viennent de façon désintéressée à la rencontre d'autres personnes, qu'elles se mettent au service de leur vocation propre, en embrassant aussi leurs limites, le meilleur qu'elles portent en elles peut ressurgir, leur redonnant l'espoir qu'il est possible de vivre à la mesure de la grandeur de leur vocation: le dépassement de soi pour vivre l'hospitalité et l'amitié jusqu'au bout.

Le reportage paru au JT de France 2 sur cette aventure:

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