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Figure de l’art religieux aux USA

Robert Rambush a participé à la restauration de vingt-quatre cathédrales en Amérique du Nord ainsi que de centaines d’églises et monastères. Quelle est sa vision de l'art sacré ?


© Gonzague Leroux

Robert Rambush a travaillé plus de 36 ans pour la société Rambush, fondée en 1898 par son grand-père danois qui immigra aux Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Aujourd’hui il a sa propre entreprise, E. Rambusch Associates. Il est aussi consultant pour la conception d'espaces liturgiques. Malgré son âge, il travaille en ce moment à la restauration de l’église de la Sainte-Famille à New York et de la chapelle de Sainte-Catherine-de Sienne à Greenwich tout proche de New York en lien avec Renovata Studios.

Après un engagement au front durant la Seconde Guerre Mondiale et quelques années d’études aux Etats-Unis, Robert Rambusch revient à Paris entre 1947 et 1948. Il suit alors des cours à côté de la rue Saint-Jacques, au Centre de l’Art Sacré fondé par le père Marie-Alain Couturier (1897-1954). Ce dernier, dominicain, proche d'artistes comme Henri Matisse ou Fernand Léger, est associé avec un autre dominicain, le père Pie-Raymond Régamey (1900-1996).

Tous deux considèrent l’art religieux comme un ensemble organique. L'art qui se veut « sacré » – surtout s’il est destiné au lieu du culte – doit être pensé dans son rapport au tout et en accord avec la spiritualité du lieu. Ces deux pères dominicains enseignent à cette époque leur nouvelle approche de l'art des lieux de culte ainsi :
– l'art religieux constitue la « face visible » de l'Eglise ; sa qualité informe sur l'état de sa spiritualité
– être authentiquement « religieux » ; cet art ne peut se développer en-dehors de la vie artistique de son temps. Il doit y puiser, en s'efforçant de discerner les œuvres et les artistes susceptibles d'exprimer la spiritualité chrétienne (catholique).[1]

De retour à New York, Robert Rambusch travaille pour l’entreprise familiale et s’engage au côté de Dorothy Day dans le « Catholic Worker Movement » (Mouvement des Travailleurs Catholiques) très présent dans l’aide aux pauvres, avec de nombreux foyers où des repas sont distribués.

Au niveau de son travail, Robert connait l’élan artistique des années 50 et 60 et le renouveau d’après Vatican II : la chapelle Henri Matisse à Vence est érigée entre 1949 et 1951, Notre-Dame d’Assy est consacrée en 1950, ou encore la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp est dessinée par Le Corbusier et terminée en 1955.

Une de ses maximes pour la philosophie de son travail de création lui vient de Fra Angelico : "pour peindre le Christ, il faut connaître le Christ". Il nous raconte aussi que Jacques Maritain, qu’il a eu comme professeur quand il était au Canada, lui a appris "qu’il faut permettre à l’art de parler aux personnes, qu’il faut lui laisser un espace pour entrer avec l'oeuvre dans une attitude d’écoute silencieuse, en quelque sorte dans un dialogue".

Aujourd'hui, Robert Rambusch s’inquiète de l’évolution de l’art dans les lieux de culte qui manquent, à son avis, d’un regard prophétique, se tournant davantage vers le passé que vers le futur. Peut-être le père Couturier nous demanderait-il aujourd'hui d'identifier les artistes contemporains susceptibles de transmettre le message du Christ à l'homme du XXIème siècle ?


[1] Françoise Caussé, La critique architecturale dans la revue L’art sacré (1937-1968), in Persee, 2001, numéro 2.

 

 

 

 

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