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La « grande experte de la mort chrétienne »

Le « oui » de Marie n'est pas un de ses « oui-oui », « oui-non », tels qu'on en prononce de multiples chaque jour. Le « oui » de Marie est un événement, il est une disposition qui absorbe toute sa vie, il est un sens qui donne à sa mission la plénitude de sa fécondité. De ce « oui », tout jaillit – son souffle, sa prière, ses actes – et est rapporté à lui comme à son centre. Bref, Marie ne vit que pour prononcer ce mot, mieux : que pour être ce « oui » au Père sous la motion de I'Esprit-Saint.


Liban, Cana, 2006 © Paul Walter

Tout ce que comporte ce « oui », nous ne pouvons à peine le soupçonner. Il équivaut, en effet, à un : « Je suis à Toi, mon Dieu, corps et âme, sans réserve, sans condition, sans préférence, sans désir, sans garantie. Et de ce que tu vas faire avec ce “oui”, je ne sais rien et ne veux rien savoir ». Anéantissement, renoncement, dépouillement, abandon, désappropriation, obéissance, pauvreté, chasteté, sacrifice ; les mots sont insuffisants pour exprimer ce qu'il y a aussi, dans ce « oui » d'action, de richesse, de coopération, d'alliance, de noces. Et s'il nous faut le définir, nous dirions que le « oui » de Marie, c'est Marie elle-même, depuis le premier moment de sa conception jusqu'à l'éternité, c'est Marie dans son mystère envers les Trois.

Le « oui » à Dieu cependant – que ce soit celui de la Très Sainte Vierge, de Jésus ou de tous les saints – ne permet pas d'échapper à la souffrance qui vient du « non » des premiers temps et qu'à présent il faut féconder par l'amour. Le chapitre douzième de L'Apocalypse, entendu il y a un instant, le manifeste suprêmement. La Femme revêtue du Soleil, c'est-à-dire imprégnée, enveloppée de l'Amour de Dieu, la Femme qui, comme Reine, a une couronne de douze étoiles sur la tête, cette Femme – Marie – crie. Elle crie « dans les douleurs et le travail de l'enfantement ». Elle crie parce qu'Elle prévoit le destin de l'enfant qu'Elle met au monde, de celui-ci – l'Unique –, et de tous les autres. Elle crie parce qu'Elle est au cœur de la lutte : le Dragon est là, devant Elle, pour L'attaquer dans ce qu'Elle a de plus précieux encore que sa propre vie : celle de l'enfant qu'éternellement Elle engendre – Jésus et chacun de nous !

Ces cris de la Femme revêtue du Soleil, tout autant que le glaive de douleurs annoncé par Syméon, ne peut laisser de doutes : dans chaque « oui » de Marie est cachée une mort. C'est celle du passage constant « de la vie en soi-même à la vie en Dieu » [1]. Et parce que l'existence de Marie toute entière a été cette Pâque de chaque instant, la Très Sainte Vierge a bien mérité le titre que lui accorde un des plus grands théologiens de notre temps, celui de « grande experte de la mort chrétienne » [2].

Au jour de l'Annonciation, la disponibilité de la Servante est telle qu'Elle devient Mère. Parce que son fiat est illimité, Dieu donne à Marie une fécondité illimitée : Il lui donne d'offrir sa propre chair pour qu'Il puisse s'incarner dans l'univers qu'Il a créé. Le vœu de virginité de l'humble Servante, Dieu le comble en La choisissant comme Mère du Roi des siècles ! Jamais de part et d'autre, on put aller plus loin dans le don, dans l'amour !

Et quand, après les douloureuses années de solitude qui suivirent la Résurrection et l'Ascension de Jésus, le Fils va l'appeler à Lui comme l'Epoux du Cantique des Cantiques : « Viens, ma bien-aimée ! » son « oui » va faire écho à celui de Sa mère : comme Elle, un jour, L'avait accueilli en son sein en Lui donnant son corps et son âme, le Christ, à son tour, l'accueille en son sein – au sein des Trois –, en La remplissant de Son Esprit et en donnant déjà à son corps la gloire qui vient de Sa propre résurrection : la Femme, Marie, est revêtue de soleil ! Elle est entourée de splendeur et d'éclat ! Elle est couronnée de douze étoiles ! Et c'est l'ultime « oui », le « oui » à la mort par laquelle il lui faut passer comme descendante d'Eve qui réalise cet accomplissement. Et tout ce que Marie avait médité dans son cœur va alors lui apparaître en pleine lumière. Elle va voir le mystère en vérité. Le voile tombe devant les yeux de la Mère. Marie ne croit plus, mais Elle voit. Et dans le regard du Fils, Elle comprend le sens de ses moindres souffrances, renoncements et sacrifices. Marie ne crie plus, mais Elle vit. Et dans la vie du Fils glorieux, Elle découvre la fécondité de chaque instant de sa mission pour l'Eglise. Et, surtout, Son Fils que – bien sûr –, Elle a adoré, mais aussi porté dans ses bras, allaité, habillé, voilà qu'Elle Le contemple radieux de gloire, dans toute la lumière de sa divinité. Et l'Esprit-Saint qui L'a couverte de son ombre, qui a fécondé son « oui » ! Et le Père de qui Jésus ne cessait de parler, ce Père dont Elle se sent tellement la fille, voilà qu'à présent Elle les contemple ! Pouvons-nous imaginer un instant pareille joie !

Pour mieux connaître Thierry de Roucy :
http://france.pointscoeur.org/Biographie-du-Pere-Thierry-de-Roucy.html

Autres textes de Thierry de Roucy :
http://terredecompassion.com/tag/thierry-de-roucy/
http://www.evangelium-vitae.org/documents/3039/archives/divers/jesus-aime-judas-pere-thierry-de-roucy.htm


[1]. Hans Urs von Balthasar, Triple Couronne, éd. Lethielleux, Paris, 1978, p. 115.
[2]. Op. cit., p. 115.

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