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Obama ou Romney : que choisit Wall Street ?

A la veille du deuxième débat entre les candidats, Nick Koechlin, financier travaillant à Wall Street, livre son regard sur le mode et les enjeux de l'élection.


© CC BY Gwydion M. Williams

1. A moins d’un mois de l’élection du président américain, comment est l’ambiance à New York ?

New York est un état démocrate, donc, en soi, il n’y a pas de suspense pour savoir qui va gagner les élections à New York. Il est impossible que Mitt Romney remporte cet état avec ses délégués. Par contre, la ville de New York et surtout Wall Street ont une grande influence dans les élections. En effet, pour gagner des élections il faut de l’argent ! Et les personnes influentes – riches – de Wall Street peuvent être très généreuses pour soutenir leur candidat. Mais ne croyons pas que ces personnes extrêmement riches font leur choix uniquement en considérant ce qui sera le mieux pour leur poche ! En fait, la classe très riche de Wall Street se situe dans un créneau politique qui n’existe plus vraiment aux Etats-Unis car elle est assez progressive au niveau social, c’est-à-dire qu’elle souhaite d’un côté des plans sociaux pour aider les classes les moins aisées ainsi qu'une large couverture sociale, et, d'un autre côté, elle est très conservatrice au niveau financier en voulant limiter au maximum la réglementation des marchés financiers.

2. L’état de New York est majoritairement démocrate. Est-ce que vous pensez que Wall Street votera à nouveau démocrate cette année ?

Le président Barack Obama a reçu beaucoup de soutien de Wall Street lors de sa première élection en 2008, notamment de la part des Hedge Funds qui voyaient avec beaucoup d’enthousiasme l’arrivée d’un président noir, jeune et charismatique. Mais ces mêmes Hedge Funds ont déchanté quand elles se sont fait traiter de criminels suite à la crise de 2008. Cela s'est poursuivi quand, en juillet 2010, le président a signé le «Dodd-Frank Wall Street Reform Act» (Acte de réforme de Wall Street du nom de Dodd-Frank). A l’époque, les Hegde Funds et autres conseillers financiers n’étaient que très légèrement régulés  personne ne savait vraiment où ils investissaient et combien d’argent. Ces entreprises ont été pointées du doigt par le gouvernement comme une des causes majeures de la crise économique. Le «Dodd-Frank Act» a donc mis en place un système qui vise à régler et contrôler plus strictement les Hedge Funds et les agences de notation comme Moody’s ou Standard & Poor’s, à superviser davantage les compagnies d’assurance et enfin à réformer la Réserve Fédérale (Banque des Etats-Unis). Avec cette réforme, le président Obama a rejoint un électorat plus social contre Wall Street. Les millions de dollars qu’il lève pour sa campagne électorale (depuis le début de sa campagne : 690 millions de dollars) viennent essentiellement de petites donations.

Mitt Romney, quand il s’est fait élire gouverneur du Massachusetts à Boston, était pour l’avortement, pour le mariage homosexuel et une sécurité sociale plus accessible. Aujourd'hui, il se dit contre l’avortement et le mariage homosexuel et se montre plus strict sur l’ouverture de la sécurité sociale à tous. En défendant ces idées, il rejoint une partie plus conservatrice du parti républicain et se fait plus proche de l'électorat du Centre des Etats-Unis. De plus, il se dit aussi favorable à un assouplissement de la régulation de Wall Street. Or, suite à un jugement de la cour suprême en 2010, les dons aux candidats ne sont plus limités à une certaine somme. De ce fait, Mitt Romney a pu recevoir, au début du mois de Juin, plus de 20 millions de dollars de deux texans milliardaires (depuis le début de sa campagne, il a levé 633 millions de dollars).
 
3. Que souhaitez-vous pour l’Amérique ? Comment voyez-vous son avenir ?

Dans l’ensemble, l’ambiance est positive mais personne ne sait vraiment ce qui va se passer en début d’année prochaine. Une grande incertitude règne. Un accord a été signé entre les partis et le gouvernement pour prendre des mesures qui permettraient de réduire la dette du pays. Mais personne ne sait quelles décisions vont être prises et par qui.
En même temps que les élections présidentielles, un tiers des sénateurs seront renouvelés (33 sièges sur 100). Les sénateurs sont élus pour 6 ans et se renouvellent d’un tiers tous les deux ans. Le tiers qui va être renouvelé est majoritairement démocrate. Ce sont eux qui ont donné au président Barack Obama une majorité durant sa présidence. Cela risque de changer si la majorité devient républicaine : la donne ne sera plus la même. Ainsi, j’ai quelques collègues pour qui le résultat des élections a moins d'importance que la formation de l'ensemble du pouvoir exécutif. Ils disent : « Peu importe qui gagne, mais que celui qui gagne puisse gagner largement, afin d'obtenir une majorité au Sénat ; car la cohabitation rendrait très difficiles les prises de décision de l’exécutif ».
 


© CC BY-SA  DonkeyHotey

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