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De Thierry de Roucy.

La naissance d’Internet, je l’avoue, a changé beaucoup de mon existence.

Internet m’a rendu plus fidèle et plus proche de beaucoup d’amis du monde entier. Aisément nous nous écrivons – ne serait-ce qu’un mot –, nous nous entendons… nous nous voyons… Finies les lettres qui mettent des jours à arriver ! Les factures téléphoniques coûteuses ! Les fax difficiles à passer et à recevoir…

Internet m’a permis d’avoir facilement accès à une culture énorme… Plus besoin de chercher dans les bibliothèques, de consulter les dictionnaires, de passer des heures à trouver le bon livre dans les librairies dont on est déçu par après…

Internet m’a mis en relation avec le monde. Il a accru ma compassion et ma prière en me rendant contemporain d’événements multiples et souvent tragiques… Plus besoin de passer au kiosque, de multiplier les abonnements…

Internet m’a rapproché de la pensée de beaucoup, jusqu’alors silencieux, qui s’expriment dans les commentaires, les blogs, les sites, Facebook and C°.

Je suis émerveillé, vraiment émerveillé, mais je ne peux m’empêcher d’avoir peur… J’ai peur pour l’homme… j’ai peur pour les petits, j’ai peur pour les grandes personnes… Déjà je constate tant de dégâts !

Internet, il est vrai, transforme notre vie, nous fait participer de façon contemporaine à l’histoire de l’humanité, est un instrument incomparable. Mais aussi Internet nous déshumanise terriblement. Les pires images sont à portée de main qui vont marquer notre imagination d’une trace indélébile. Nos quelques bonnes amitiés risquent d’être remplacées par la proximité inconsistante de milliers de personnes qui ne satisfait pas la soif d’amitié de notre cœur. Déjà la solitude ne nous dévore-t-elle pas ?… A vouloir tout savoir, à vouloir connaître le sens de tout, nous sommes comme des gens qui courraient de place en place sans jamais s’arrêter, et qui finalement ne sauraient rien, auraient perdu le sens de tout… L’intelligence humaine ne se construit pas en zappant, mais en contemplant et en contemplant longuement. Avec Internet, la qualité de notre connaissance, de notre vie affective, de notre réflexion et de notre fidélité disparaît au profit d’une quantité d’informations et de relations qui nous laisse affamés… Notre raison devient très subjective… Notre mémoire externe… Notre présence lointaine… Et pendant ce temps, notre corps « s’obésifie »… nos yeux se fatiguent… nos dépenses de gymnastique en salle remplacent l’effort naturel que font les paysans et les bûcherons…

De fait, Internet donne à l’homme l’impression de devenir comme Dieu : il voit tout, il sait tout, il est partout à la fois. Mais aujourd’hui, l’important pour nous, plus que cette ubiquité, que cette « fuite » vers ailleurs, c’est Noël, c’est le mystère de l’humble incarnation… Plus encore, c’est de s’ancrer dans un lieu précis (Bethléem) et dans un temps précis (celui où Ponce-Pilate était gouverneur de la Judée). C’est de vivre l’hic et nunc, dans le présent de notre chair. Là est le point de départ de notre salut.

Pour utiliser Internet au seul profit de notre croissance humaine (pour devenir « vrai » homme), il faudrait une sagesse énorme… une sagesse divine… une sagesse que nous perdons au fur et à mesure que grandissent les possibilités de cet instrument… une maîtrise… une obéissance… Mais qui nous l’apprend ? Peut-on dire que l’on reçoit une éducation qui nous aide à user positivement de la connexion aux réseaux ? Les Etats ? L’école ? Les mass media ? Les familles (au mieux, arrivent-elles à limiter les dégâts à la maison…) ? Que faire pour qu’Internet libère l’homme et ne contribue pas à le rendre esclave quand on apprend que déjà l’addiction aux réseaux est plus grave que l’addiction à l’alcool, au sexe, au jeu ?…

Autre chose est d’apprendre l’usage d’une tronçonneuse pour éviter que l’on se scie une jambe ! Autre chose est d’user à bon escient d’Internet ! C’est que l’enjeu est autre que nos bras et nos jambes… Pour manier Internet sans s’abîmer, il faut la force de la volonté, la clairvoyance de l’intelligence, la qualité de la sensibilité, la conscience aigüe de la fragilité de l’imagination, de la mémoire et du cœur.

En attendant mieux – en attendant que de telles décisions soient le fruit d’un choix vraiment délibéré –, je me console aujourd’hui de confidences comme celle-ci : « Quelle libération de ne plus avoir accès à Internet aussi facilement qu´avant ! Que de temps gagné pour lire et nourrir ma foi, mon amour du Christ !… »
 


© CC BY-ND US Mission Geneva
 

Pour mieux connaître Thierry de Roucy :
http://france.pointscoeur.org/Biographie-du-Pere-Thierry-de-Roucy.html

Autres textes de Thierry de Roucy :
http://terredecompassion.com/tag/thierry-de-roucy/
http://www.evangelium-vitae.org/documents/3039/archives/divers/jesus-aime-judas-pere-thierry-de-roucy.htm

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11 Commentaires

  1. MB

    C'est un article magnifique qui nous fait réfléchir -sans nous ménager !- sur cette réalité devant laquelle nous restons, nombre de fois, très passifs. Merci.

  2. muito obrigada por este artigo, que é tão necessario nestes dias, eu gostei muito  o testemonho que encerra o artigo 
    « Quelle libération de ne plus avoir accès à Internet aussi facilement qu´avant ! Que de temps gagné pour lire et nourrir ma foi, mon amour du Christ !… » revela o verdadeiro desejo que o homen tem de liberdade e de autoridade para escolher aquilo que é realmente verdadeiro e bom…

  3. Gustave

    Mais c'est terrible cette vision. C'est comme si l'on s'inquiétait de l'invention de l'écriture ou de l'imprimerie ! Il est juste d'avoir peur du changement. Mais prenez garde de ne pas être de ceux dont on se moquera unanimement plus tard !
    C'est grave de présenter les choses de cette manière. Ce qui est vrai, c'est que cette transparence nous montre ce que nous sommes vraiment. A nous d'être lucides et avec l'Espérance de participer au Salut avec ce formidable outil qui nous oblige à être toujours plus vrais.
    Les débuts de la photo était pornographiques, qu'auriez-vous dit de la photo ?
    C'est comme traiter la nourriture en ne parlant que de la boulimie/anoréxie tout en admettant avec condescendance qu'elle peut tout de même avoir bon goût dans certains cas.
    Pourquoi aborder un sujet sous l'angle de sa déviance ?

    1. Jacques Bagnoud

       
      L’article n’aborde pas la question de l'internet "sous l’angle de la déviance" mais propose une critique constructive. Rejeter en bloc internet serait aussi idiot que de l'accueillir sans un discernement approfondi et minutieux. Internet provoque une révolution qui n’est pas du tout comparable au plan de la liberté individuelle à celle de l'invention de la photo. Au niveau de la compassion, une étude approfondie du phénomène internet nous emmènerait très loin dans le domaine de l’argent, des relations entre Etats, de la sexualité, de l'appauvrissement relationnel et culturel, de la destruction des personnes. Pour ceux qui s'intéressent à la vie de prière, le zapping et l'hypertrophie du domaine de l'imagination réduisent la pensée à un solipsisme d'opinions. Les statistiques sur l'utilisation d'internet montrent à quel point l'outil facilite la manipulation des individus. Personne ne veut fracasser l'écran mais il est urgent d'inviter chacun à évangéliser sa souris. Et là, il y a beaucoup, beaucoup à faire.
       
      A titre d'illustration sur la relation Etat-individu à l'heure d'internet :
      http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/11/15/hacker-vaillant-rien-d-impossible_1791421_3246.html
       

       

       

      1. Gustave

        Un article intitulé "De l'internetomanie" traite bel et bien d'une maladie, d'une déviance psychiatrique.
        Je ne dis pas que cette déviance n'existe pas, mais le problème est bien plus profond et d'une autre nature  que ce que vous dîtes dans votre réponse. Vous faites comme toute cette presse bon teint qui publie des études catastrophistes sur notre pauvre monde… Mais nous sommes chrétiens, il ne s'agit pas de suivre le monde, mais d'être d'avant-garde, de montrer au monde vers quoi tendre !

        Il est tout à fait naturel d'être en situation de crainte par rapport à Internet. Mais notre mission est d'en saisir les possibilités infinies ! De chercher Bethléem dans Internet ! Sinon, en effet, vous vous retrouverez dans la situation de l'État, comme le montre si bien votre article, ou des grandes puissances marchandes. Vous savez, ils ont extrêmement raison de se méfier ! C'est la fin d'un monde qui passe…
        Connaissez-vous ce dicton qui dit : "Le monde va mal parce que les hommes de bien le font rien" ? Si vous laissez le monde aux pornographes, aux agences de sécurité, aux grands groupes et aux réseaux sociaux, ne vous étonnez pas qu'Internet devienne diabolique. Internet ne sera alors que ce que le XXe siècle a porté, mais avec une puissance décuplée.
        J'ai 25 ans. La génération de mes parents, qui est la génération de la société du spectacle, a apporté la télé, aboutissement de la société. Nous, nouvelle génération, nous nous levons, avec une force que vous ne pouvez pas encore comprendre. Il s'agit de l'émancipation de cette société du spectacle, de la télé, de la pensée unique, etc. Si vous voulez participer à ce Nouveau Monde, essayez de comprendre en quoi Internet est réellement et profondément salvateur. Sinon, vous pouvez toujours utiliser Internet comme on utilisait les journaux il y a 50 ans, et ne publier mon article que demain, quand vous aurez trouvé quelqu'un qui aura encore des banalités craintives à répondre. Pourquoi ne voulez-vous pas laisser vivre le débat ?
         
        Bien entendu qu'il faut évangéliser Internet !
        Mais il faut évangéliser notre vie ! Ici, il y a en effet beaucoup à dire.
        Mais il faut surtout une éducation à Internet. Et il est très noble de la part de ce blog de vouloir le faire, mais encore faudrait-il en avoir une culture, même minimale. Etes-vous sûrs d'avoir autorité pour parler en ce sens ? Attention à ne pas être ridicules.

         

        1. Fabien

          l’un des fondements du réseau, c’est la participation des internautes. les échanges, la connexion. je crains qu’avec un discours « peureux » comme celui-là, vous passiez à côté de quelque chose de beau. je trouve à titre personnel qu »Internet, malgré ces déviances, est une belle invention. Cependant, c’est aujourd’hui une plate-forme d’échanges incontournable sur laquelle nous chrétiens devons de participer.

          N’ayons pas peur, mais agissons! N’oubliez pas que les 1ers disciples avaient les chocottes lorsqu’un mystérieux prophète ou on-ne-sait-qui a dit « viens et suis-moi ». ont-ils médités longuement sur les potentielles déviances du christianisme? Ont ils posé la question des détournements possibles? Non, ils n’ont pas eu peur et sont partis à fond les ballons! pourtant tous savons combien d’hérésies sont nées, et combien de guerres ont été justifiées avec le christianisme. la vérité est que ces choses là arrivent. il faut lequel éviter avec intelligence, lutter contre, se mobiliser!

          mais il vous plait : n’agissez pas en tiède, en mettant en garde contre les dangers d’Internet qui ne sont étrangers à personne. oui cet choses là arrivent, ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain. soyons matures responsables et… actifs!

    2. Arnaud Guillaume

      Non cette vision n'est pas "terrible" et le ton de l'article n'est pas "grave". Il est tout à fait normal de s'interroger sur l'utlisation d'un nouvel outil technologique et de se poser la question: "est ce que cela fait grandir mon humanité?". L'auteur ne rejette pas internet, il ne propose pas qu'il ne soit plus utilisé mais il pose sérieusement la question du danger qu'internet peut engendrer. Le ton de l'article est ouvert et sa conclusion mérite réflexion. Essayons donc d'accueillir d'abord ce que l'auteur a voulu dire avant de réagir de façon épidermique. Méfions nous du dogmatisme ambiant qui dit  "c'est forcément bien parce que c'est nouveau". Le raisonnement est un peu simpliste: "comme avant des personnes ont condamné la nouveauté et qu'elles ont eu tort alors acceptons toute nouveauté afin de ne pas passer pour des attardés". Le but de cet article est de nous aider à nous poser lucidement la question de l'usage de cet outil et peut être, oui peut être, remettre en question la façon dont nous l'utilisons au quotidien. Le totalitarisme commence justement lorsque le pouvoir interdit aux personnes de se poser la question du sens, celle de la finalité des choses mises à notre disposition.       

      1. Gustave

        Les questionnements sur les déviances d'Internet sont vus et revus, tout le monde sait bien que les jeux en réseau sont des addictions, que les images pornographiques sont à la portée du premier venu, que la solitude est amplifiée par les réseaux sociaux… Cela fait des années que l'on parle de cela. Je ne sais pas où vous avez vu que je disais que ce qui était nouveau était forcément bien. Et si "le but de cet article est de nous aider à nous poser lucidement la question de l'usage de cet outil", cela ne fait qu'enfoncer des portes ouvertes. J'aurais attendu d'un tel article, d'un tel blog, de telles personnes qui sont là pour nous montrer le chemin, nous éduquer, justement, qu'ils ne nous laissent pas seuls avec ces questionnements qui sont partout autour de nous mais qu'ils nous aident à embrasser cette nouveauté qu'est Internet. Comprenez-moi, je ne demande pas des règles qui dicteraient quel est le "bon usage" d'Internet, mais je cherche à saisir cet outil, à me l'approprier, à comprendre ses infinies possibilités pour l'homme… Je veux pouvoir aimer Internet, ça ne m'intéresse pas de râbacher toujours le même discours de méfiance.

  4. Fabien

    Oui, Internet donne la liberté de vous connecter avec des amis, avec le monde, avec la culture. Vous dites qu'Internet donne la parole aux silencieux. Quelle chose merveilleuse ! C'est l'objet d'internet, sa définition inter-networks ou "le réseau des réseaux". Autrement dit, c'est à la fois un moyen économique et accessible à tous pour diffuser de l'information, de la connaissance, de la culture mais aussi pour connecter le monde ensemble. Pourquoi dire "Internet m'a permis de me connecter avec le monde, c'est merveilleux" puis finir par "Internet peut nous connecter au monde entier. Qui m'a appris à bien le faire ? Il faut s'en méfier".
     
    Ce n'est malheureusement pas un discours nouveau : lorsque l'imprimerie a été inventée, le monde catholique a soutenu cette invention, mais s'est opposée à l'impression et la diffusion de bibles, car il fallait être formé pour lire une bible. Aujourd'hui, l'AED distribue des bibles dans monde entier.
    A l'époque de la télévision, le monde catholique s'est méfié de cette invention qui éloigne les membres d'une famille, car la télé, présente dans la maison, décourage le dialogue dans des familles déjà trop fragiles. Mais aujourd'hui, 50 ans après sa distribution dans les foyers, je constate avec amertume qu'il n'y a quasiment pas de contenu catholique sur nos écrans !
    Et maintenant, c'est Internet, et les technologies numériques "la nouvelle bête". L'on se méfie d'Internet, des blogs, des smartphones, des applications, des sms. Mais pourquoi ces technologies sont-elles là ? Parce qu'elle connectent les gens. Certes, la connexion est autre. Comme tout changement, on perd une chose, on en gagne une autre. L'homme n'est qu'homme et ne peut pas gagner toujours plus sans rien perdre. Ce débat est loin d'être nouveau : il opposait Aristote et Platon. Le premier était un défenseur de la parole vivante, orale, transmise et directement mémorisée par l'auditoire. Le deuxième défendait la parole morte, couchée sur le papier, transmise sans contact avec le lecteur, en décalage temporel et géographique.
    Qui peut les départager ? Qui a raison ? La vérité est que l'écriture est l'une des plus belles inventions de l'homme dont on ne pourrait se passer. Pourtant, elle n'a pas remplacé la parole vivante. Mais Aristore avait peur que la tradition orale disparaisse. Heuresement, il a tout de même mis son génie sur papier, et aujourd'hui son courant de pensée est une base solide pour nos sociétés.
    Je suis convaincu que la question "Internet est-il une bonne au mauvaise chose ?" est une fausse question. La vraie question est "Est-ce que j'en fais bon usage ?"
    Je crains que votre méfiance d'Internet provoque les mêmes désastres qu'il en a été avec la télévision. Une bonne idée à la base, que tous les catholiques ont fui. Et aujourd'hui, c'est une boîte à débilités. Ne  faisons pas de même avec Internet ! Soyons présents sur l'outil qui connecte le monde ! Apprenons à l'utiliser, car d'autres le font mieux que nous et détournent son usage de manière hideuse : pornographie, violences, etc. Soyons responsables de ce que nous faisons sur Internet, mais aussi de ce que nous ne faisons pas !
    Les américains l'ont bien compris. Avec le site "Catholics Come Home" visant les catholiques qui ne fréquentaient plus l'église, 500 000 catholiques américains disent avoir retrouvé la foi et recommencé à fréquenter l'église.
    Sur nos smartphones, il existe une application appelée "Bible" sur iPhone et Android. Pendant près de 5 ans, cette application gratuite était dans le top 50 des applications les plus téléchargés (comptez 700 000 applications sur iPhone et plus d'un million pour Android). Quel succès ! Quel bonheur ! Mais sans une certaine honte de constater que cette application disponibles dans toutes les langues ne contient que des versions de la bibles protestantes. Pas de version catholique.
    Le Christ nous a investis de la mission d'annoncer la bonne nouvelle à toutes les nations. St Paul nous as exhorté à "vivre comme des frères". Quel autre moyen sinon Internet pour proclamer l'évangile à la terre entière ? Utilisez Internet, utilisez-le sans modération. Mettez des cours de cathéchisme en ligne, mettez vos evêques sur Twitter pour suivre leur ministère, suivez l'action des ordres religieux à travers le monde, soutenez les 200 millions de chrétiens persécutés, publiez des chants de louange, témoignez de votre foi ! Il y a tant de choses à faire, à chacun son ministère comme disait St Paul, mais je suis certain qu'il y a une place pour vous aussi bien dans le monde réel que sur la toile.