Home > Spiritualité > Pèlerinage aux sources du Gange

De Pascal Charmette.

Le Gange est vénéré par tous les hindous comme une signe du Mystère. Sa source se perd dans les plus hauts sommets himalayens : il se cache d’abord au cœur des montagnes où les ermites viennent écouter son silence. A Rishikesh, il vient révéler son mystère pour irriguer les hommes et accueillir les foules qui y viennent en pèlerinage. Plus bas, le cours du Gange fait un « U »  et semble repartir vers la montagne. C’est Bénarès la ville sainte où le Gange emporte les cendres des défunts pour les ramener vers la Source. Partout le fleuve est un lieu de prière et de purification intérieure, il conduit chacun vers l’Océan de l’être. Récit d’un pèlerin.


Le Gange à Rishikesh © Thierry de Roucy

Le soleil à peine sorti des montagnes qui entourent Rishikesh inonde d’une lumière sereine le cours paisible du Gange. Il est là à quelques mètres, en contrebas. Le fleuve mystérieux vénéré par des centaines de millions d’indiens coule paisiblement, heureux de pouvoir se prélasser enfin dans de larges méandres de sable blanc après la rude course qu'il a menée à travers les gorges de l'Himalaya. Sur la berge, un groupe de pauvres pèlerins aux couleurs chatoyantes remonte le fleuve de temple en temple, venu sans doute du Rajasthan à en juger par leurs magnifiques turbans enroulés autour de la tête. A quelques mètres, un jeune "sadou" (moine hindou), s’est délesté de ses vêtements orange (la couleur du feu) et le regard tourné vers le soleil levant, il offre l'eau du Gange en action de grâce, puis s'immerge dans ses eaux glacées, purificatrices.

Rishikesh, c’est "la cité des rishis", ces sages des temps anciens qui ont eu les intuitions les plus profondes de l’Hindouisme. C’est aussi le point de départ des grands pèlerinages aux sources du Gange.
Il faut plus de 12 heures de bus pour parcourir le chemin entre Rishikesh et Gangotri, une des trois sources du fleuve sacré. 260 kilomètres de virages, au-dessus de précipices vertigineux, à travers des paysages somptueux de culture en terrasses et de forêts de mélèzes, parsemés d'œillets d'Inde et de pommiers en fleurs. Entrée dans les montagnes. Et quelles montagnes : des sommets parmi les plus élevés de la planète. Les petits écoliers en uniforme sortent de tous côtés et disparaissent aussitôt dans le talus pour rejoindre leur maison perdue dans la montagne. De part et d'autre de la chaussée, des femmes aux visages d'une beauté toute naturelle, serties de bijoux et enveloppées de châles multicolores, transportent leurs fagots de bois démesurés sur leur dos ou un tas de foin énorme sur la tête, qu'elles iront suspendre autour des troncs d'arbres et de leurs branches à défaut de granges. De temps à autre, on croise un groupe de femmes et d’hommes à l’apparence très pauvre, qui travaillent à réparer les mille éboulis et effondrements de la route, dus à la saison des pluies : moyens ridicules face à l’ampleur de la tâche.
Surtout, malgré la saison tardive, nous croisons en chemin quelques pèlerins des sources, pieds nus, drapés de pagnes rouges ou jaunes. Qu'ils se soient arrêtés un instant autour d'un des innombrables petits temples qui bordent la route, ou qu'ils aient pris un moment de pause au magasin de thé pour reprendre quelques forces, leurs yeux étincellants témoignent déjà de la "Rencontre" aux cimes qui les attend.

A mi-chemin entre Rishikesh et les sources du Gange, il y a Uttarkashi que nous rejoignons à la nuit tombée. Uttarkashi signifie littéralement la Bénarès du Nord. Ici aussi le fleuve est large et le lieu est vénéré par des foules d’hindous qui viennent s’y purifier et y brûler leurs morts.
Enfin, après ces longues heures de voyage éprouvantes, on finit par atteindre Gangotri. A peine arrivés, les pèlerins se ruent jusqu'au sanctuaire dédié à Ganga au coeur du village et s'y prosternent de tout leur corps. Ca y est, ils sont arrivés à destination… qui leur rappelle que ce n'est qu'un commencement. Car plus qu'un voyage extérieur, il s'agit avant tout d'une plongée en eux-mêmes, au sanctuaire le plus intérieur de leur être, à la source, là où tout n'est que "Sat" – "Etre", "Cit" – "Conscience", "Ananda" – "Béatitude".
Gangotri est un village de montagne, habité surtout par des "sanyasis" ou sadous, ces hommes qui se sont immergés dans le silence, qui sont comme des témoins immobiles et muets de l’Infini de Dieu qui habite le cœur des hommes. Il y aussi tous ces humbles hommes et femmes de passage, à la foi ardente en Shiva, le Dieu de la montagne, et Ganga, sa parèdre, qui a revêtu l'apparence d'un fleuve aux flots impétueux, déversant ses torrents de grâces célestes sur les habitants de la terre. "Ganga Mayi!", "Mère Gange" comme on l'interpelle ici !

La plupart des pèlerins repartent dès le lendemain, le cœur ému de ce geste qui est comme un contact avec le divin, avec sa source de grâce, comme le fleuve le symbolise si bien.
 


A Benarès, des pèlerins se purifient © Thierry de Roucy

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