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Oscar Niemeyer : architecte, maître de la courbe

d'André Schreuer   5 janvier 2012
Temps de lecture 3 mn

Quand disparaît une personne qui a marqué son temps par des créations artistiques remarquables, cela ne laisse pas indifférent. L’homme s’en va, mais ses réalisations demeurent, en témoignage à l’œuvre de sa vie. C’est d’autant plus le cas quand il s’agit d’un centenaire, que d’aucuns auront peut-être cru immortel. Alors on s’arrête pour reconsidérer l’héritage laissé et s’accorder le temps d’une forme d’hommage, en reconnaissance…


Vue de l'intérieur du musée Niteroi CC BY Guilherme Jófili

Jean Nouvel (architecte) : «  Si on veut faire une comparaison avec la peinture, on peut dire que Le Corbusier a été le Picasso et Oscar Niemeyer le Matisse de l’architecture. »

Né en 1907 à Rio de Janeiro, l’architecte brésilien Oscar Niemeyer est décédé à presque 105 ans en cette fin d’année 2012. Assurément, il fait partie des grands maîtres de l’architecture. Ses réalisations sont implantées dans le monde entier. Le siège de l’ONU à New York, celui du parti communiste français à Paris, les bâtiments remarquables qui ont participé à la création de la ville de Brasilia…

Profondément marqué par l’architecture moderne du début du 20ème siècle, proche de l’architecte Le Corbusier, Oscar Niemeyer prétendait se détourner délibérément des lignes droites et des angles droits, qui caractérisent généralement l’architecture, afin de s’inspirer des lignes de la nature, avec toutes les formes de courbes qui s’y développent. Une façon de libérer son expression architecturale, en lui donnant une poésie particulière. Le recours au béton, qui autorise la mise en œuvre de formes inattendues et novatrices, a participé à cet élan. Cela constitue certainement une libération pour l’homme lui-même, qui échappe ainsi à la contrainte des conventions.

Communiste affiché et athée, il est cependant parvenu à donner une intensité profondément spirituelle aux édifices religieux qu’il a créés, comme par exemple la cathédrale de Brasilia et l’église Saint-François-d’Assise à Belo Horizonte. Oscar Niemeyer : « Le principal, c’est que l’homme arrive à comprendre la vie. Il faut comprendre qu’il est important de changer le monde. »

Personnellement, je retiens le musée d’art contemporain de Niteroi, élevé en bordure de la baie de Rio entre 1991 et 1996, comme illustration parfaite de cette expression toute faite de courbes propres à Oscar Niemeyer. D’emblée, il a cherché à implanter ce musée comme une fleur, naturellement intégrée dans le paysage… Une sorte de soucoupe volante, tout juste supportée par un mat central. Le visiteur est invité à parcourir une longue rampe courbe qui le mène à l’intérieur de l’édifice après s’être détaché du sol. Avant même d’être entré dans le bâtiment, un sentiment particulier est suggéré : comme s’il s’agissait de s’ouvrir à une autre dimension pour pouvoir accéder aux œuvres d’art contenues dans ce musée. On n’entre donc pas n’importe comment dans ce lieu ! A l’intérieur, une galerie périphérique ouvre sur tout le paysage alentour, avec la ville de Rio située sur le côté opposé de la baie. Ainsi, une relation s’impose entre l’intérieur et l’extérieur, tandis que les salles d’exposition se développent au cœur du bâtiment.


Musée d'art contemporain Niteroi CC BY nicolasnova

Tout au long de sa vie, Oscar Niemeyer n’a jamais cessé d’affirmer l’importance du dessin, de la courbe, de la sensualité, mais plus encore du social, du vivre ensemble et de la liberté. Déjà centenaire, il disait encore à des étudiants que « la vie est si courte, qu’il faut s’ouvrir aux autres et chasser les conflits. »

Pour aller plus loin :
Diaporama sur 20 minutes
Museu de Arte Contemporanea – Niteroi (Rio – Brésil) http://www.macniteroi.com.br/

Documentaires sur Oscar Niemeyer

 

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