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Un temps d’appauvrissement et de découverte

de Thierry de Roucy   13 février 2013
Temps de lecture 3 mn

Chaque année, la liturgie du mercredi des Cendres nous remet devant la vérité de notre destin : « Tu es poussière et tu retourneras en poussière. »

Et chaque année, entendant cela, nous nous disons « cette fois, je ne peux plus me dispenser "de me convertir et de croire à l'Evangile". Il me faut bannir de ma vie tout ce qui n'est pas conforme à l'idée que je me fais de la sainteté : ces répliques sarcastiques, ces quelques mensonges, ces jugements malveillants, ces whiskys en trop, ces cigarettes inutiles. Tout cela doit disparaître. Je vais en faire l'affaire de ce Carême ». J'ai ainsi la prétention de croire que ma volonté aura vite fait de régler ces problèmes.

Survient le deuxième ou le troisième dimanche de Carême. Je me dois de faire un premier bilan : l'angoisse que me cause la seule idée d'avoir à arrêter de fumer jamais ne m'a poussé autant vers la cigarette et je compense la privation de quelques verres de whisky par un redoublement d'agressivité. Bref, ce Carême – tout d'ailleurs comme les précédents – tourne à la catastrophe. Jamais, je n'ai eu de moi-même une idée à ce point négative : jamais aussi, je ne me suis senti aussi incapable de sacrifices, de renoncements, voire de religion.

J'ai alors le choix. Ou je tourne la page des efforts de Carême et renonce définitivement à toute pratique religieuse ou je cherche à comprendre cette inaptitude et à grandir dans ce qui paraît un effondrement.

De fait, ce temps nous est donné, comme le rappelle l'oraison du premier dimanche de Carême, pour « progresser dans la connaissance de Jésus-Christ » et, curieusement, il semble que nous le connaissons mieux lorsque nous découvrons l'immensité de notre faiblesse que lorsque nous réalisons que nous sommes très capables d'ascèse et que nous savons accomplir parfaitement nos résolutions. Dans ce dernier cas, nous risquons de ne rencontrer que nous-mêmes et notre pseudo-perfection et de laisser l'orgueil s'infiltrer en nous. Qu'il serait alors curieux le fruit de notre Carême ! Dans le premier cas, la prise de conscience de notre misère nous dispose à accueillir, si toutefois nous le voulons bien et osons ne pas nous appesantir sur notre faiblesse, la présence du Sauveur, le salut de Celui qui est mort et ressuscité pour nous et dont nous célébrons l'amour d'une façon toute spéciale pendant le triduum pascal.

Bref, notre inaptitude à tenir, bien malgré nous, nos résolutions de Carême peut être une bénédiction en nous ouvrant à la connaissance de Jésus-Christ et en nous faisant expérimenter ce qu'Il est pour nous : Miséricorde !


Supplication 1
© Sculpture de Paul Crochat, 2007

Pour mieux connaître Thierry de Roucy :
http://france.pointscoeur.org/Biographie-du-Pere-Thierry-de-Roucy.html

Autres textes de Thierry de Roucy :
http://terredecompassion.com/tag/thierry-de-roucy/
http://www.evangelium-vitae.org/documents/3039/archives/divers/jesus-aime-judas-pere-thierry-de-roucy.htm

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