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Sylvie Derely : Une tendre compagnie de bronzes

Du 9 mars au 6 avril 2013, la galerie Michel Estades de Toulon expose les sculptures de Sylvie Derely. Découvrez la préface du catalogue de l'exposition :

« De passage à Tokyo, nous décidâmes, avec un ami, de visiter l’un de ces immenses magasins que les Japonais envahissent. En peu de temps, nous sommes épuisés : trop de couleurs ! Trop d’objets ! Trop de lumières ! Trop de gens ! Nous voilà même perdus entre deux étages quand notre regard est attiré par un espace tout blanc, apparemment vide ou presque. Spontanément, nous nous en approchons. C’est une galerie de bonne taille où sont exposées un petit nombre de poteries, magnifiquement mises en valeur : quelques coupes à saké, de petits bols de riz, quelques plats. Nous nous arrêtons auprès de chaque objet. L’artiste, un homme trapu de la région de Kyoto, dont la famille travaille au tour depuis cinq générations, nous regarde observer. En peu de temps, ce travail d’une beauté sobre finit par nous reposer en profondeur. Et, plusieurs fois, au cours de notre visite de ce magasin sans fin, nous y revenons, comme pour reprendre souffle.

Lorsqu’en novembre 2004, je découvris dans une galerie lyonnaise les sculptures, alors en plâtre, de Sylvie Derely, cette découverte causa en moi le même effet : un immense repos des yeux, une incroyable paix du cœur. Je tournais et retournais autour d’elles, comme pour entrer dans le monde tout simple qu’elles évoquaient, comme pour pénétrer leur mystère fait d’affection discrète, de gestes presque maladroits, de regards tendres, éclairés d’un soupçon de malice. Secrètement, j’attendais qu’elles me proposent de partager le tronc d’arbre sur lequel elles étaient assises, ou de lorgner sur les pages du livre qui les absorbait, qu’elles me laissent entrer dans leur ronde ou m’invitent à jouer avec elles. Pourtant, il semblait dangereux d’approcher de trop près ces fins personnages tout blancs : ils paraissaient si fragiles ! On aurait risqué de violer leur secret. De les faire tomber et de les briser. En face d’eux, nous combinions la maladresse et la prudence d’un homme portant un tout nouveau-né. Après un long moment, je finis par me résoudre à quitter la galerie, mais je ne pus me résigner à quitter le monde créé par Sylvie Derely. Il continuait à m’inviter silencieusement. Maintes fois, j’y revins en pensée. Et, toujours, j’en ressortis plus simple, habité par une sorte de bonne et joyeuse naïveté, d’une tendre compassion.

Avec le temps, ces statues se sont définitivement installées en moi comme des membres de mon propre univers, comme des amis qui jouent, qui lisent, qui se promènent, qui s’embrassent, comme des proches que je reconnais à leur démarche ou à leur regard. Elles sont devenues plus solides. Il est vrai qu’à présent elles sont en bronze ! Le miracle – qui est celui de tout art véritable – s’est produit : ces statues ne sont plus de simples morceaux de bronze sortis du moule, elles ont pris chair, elles sont devenues une présence qui accompagne la vie, une lumière qui permet un regard plus vrai sur la réalité, elles ont des noms, elles sont proches, comme des amis. Entre elles, entre elles et nous, circule un courant de vie, quelque chose de l’amour gratuit de Dieu. C’est pourquoi elles sont un baume appliqué sur nos complications et nos indifférences. Un baume qui renouvelle le cœur comme une Pâque. »

Par Thierry de Roucy

Liens :
www.sylvie-derely.fr
www.estades.com/fr/galerie-toulon.htm

 

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1 Commentaire

  1. frederic

    Beaucoup de tendresse " domestique " dans ces personnages, une tendresse si épaisse qu'elle semble prendre source dans la vraie vie, qu'elle ramène là avec le désir d'y être meilleur.