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Présomption d’innocence ou présomption de culpabilité ?

Réhabilitation d'un frère de Saint-Jean.
Le 28 octobre dernier, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné la Suisse pour violation de la présomption d'innocence. Par cette décision, le Père Benoît-Emmanuel Peltereau-Villeneuve se trouve pleinement réhabilité dans son honneur et son sacerdoce. Son combat vécu dans la foi est un signe d’espérance pour l’Eglise toute entière.


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Résumons les faits : en 2008 une tempête médiatique s’abat sur la communauté Saint-Jean de Genève suite à des accusations d’abus sexuels. Les accusations sont faites par des femmes, adultes au moment des faits allégués. Du fait de l'ancienneté des faits, il y a prescription. Malgré cela, ils sont dénoncés de façon honteuse à l’autorité civile par le vicaire général du diocèse. L’accusé nie les faits et l’affaire est classée par la justice civile. Cependant, le procureur général de Genève, Daniel Zappelli, rédige alors une ordonnance de classement en exprimant outrageusement son sentiment sur la culpabilité du Père Peltereau-Villeneuve.

Après la presse, c'est au tour de la justice ecclésiastique – par le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg qui saisit la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – de s’emparer de l’affaire. A partir des affirmations scandaleuses du procureur, elle condamne le Père Peltereau-Villeneuve à la réduction à l'état laïc. Suite au recours qu'il a présenté, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi l'a rétabli pleinement dans son sacerdoce.

En condamnant la Suisse, à l'unanimité des magistrats, la Cour Européenne achève de réhabiliter entièrement le père Peltereau-Villeneuve, en faisant tomber définitivement toute la procédure canonique.

Auparavant, l'Eglise de Genève avait aussi été condamnée aux Prud'hommes pour n'avoir pas défendu le prêtre qu'elle employait.

Le Père Peltereau-Villeneuve se réjouit mais souligne qu’il ne s’est pas seulement battu pour sauver son honneur personnel, mais aussi pour défendre le principe de la présomption d’innocence qui est si bafoué aujourd’hui.

La remarque superfétatoire du procureur de Genève avait permis un véritable lynchage médiatique, et l’autorité ecclésiastique avait voulu montrer sa fermeté et son zèle en prenant cette affirmation du procureur comme une preuve de culpabilité. Quel scandale pour un Etat de droit de condamner une personne, sans même qu'il y ait eu d'instruction ni de procès, par l'intermédiaire d'un procureur qui outrepassait totalement sa fonction !

Durant ces sept longues années de combats, il y aurait eu 100 fois l’occasion de désespérer, d’abandonner ou de tomber dans l’amertume. Le Père Peltereau-Villeneuve a choisi de publier un très beau livre sur le Père Marie-Dominique Philippe, fondateur de la Congrégation Saint-Jean. Sa profonde reconnaissance envers le charisme reçu et l’amitié du Père Marie-Dominique explique sans doute qu’il soit encore debout aujourd’hui.

Lien d'une émission où est intervenu l'avocat du père Peltereau-Villeneuve, de 12 mn 45 à 19 mn.

Gerhard Gösser

Replay – Léman Bleu Télévision

 

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Tribune de Genève

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6 Commentaires

  1. Ludovic R

    Suite aux scandales très médiatisés impliquant des ecclésiastiques ces dernières années, l’Eglise derrière le pape émérite Benoit XVI a pris des mesures vigoureuses pour montrer qu’elle non plus ne tolérait pas ces crimes. Mais si ce zèle est gouverné par la peur du scandale et pas par la Miséricorde du divin Maître, cela conduit à des situations aussi ubuesques que celle-ci: réduction à l’état laïc d’un prêtre dont la culpabilité n’a pas été avérée et toutes les souffrances qu’une telle mesure peut occasionner à ceux qui confient en lui, qui comptent sur lui, qui reconnaissent Jésus Grand Prêtre en lui.
    Prions pour que ce prêtre ne garde aucune amertume et retrouve un ministère fécond et joyeux.

  2. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Réduction à l’état laïc… La réduction est « l’action de rendre plus petit » nous dit le dictionnaire Robert. On ne saurait mieux souligner la hiérarchie existant dans le peuple de Dieu, alors que tous les baptisés sont d’une dignité égale, devant Dieu en tout cas. Pourquoi les traducteurs du code de droit canonique ont-ils traduit le verbe latin « reduscere » par « réduire » alors qu’il veut dire « reconduire » ce qui est très différent ? Par habitude, sans doute. Comme quoi l’idéologie peut s’insérer jusque dans l’ecclésiologie. (PS: c’est un ministre ordonné « élevé » à l’état clérical qui écrit ces lignes)

    1. Marc, infime laic du haut de sa conscience

      En revanche, vous conviendrez que le mot "présomption" est assez égalitaire pour convenir potentiellement à tout le monde.

      En ce qui concerne le quidam insignifiant que je suis -qui se préoccupe de ces byzantinismes comme de son premier biberon- du haut de sa petite conscience, il est juste assez grand pour noter qu'il y a bien eut une "réduction" d'un innocent à l'état de coupable en dépit de la loi (écclésiastique comme civile), et, grâce à cette décision de la CEDH, une reconduction d'un paria à l'état de sujet de droit.

      On pourra en effet déplorer les problèmes écclésiologiques (comme vous dites) qui conduisent à de telles négation de la dignité humaine. Mais il me semble qu'ils ont trait à une autre petitesse et à une autre grandeur que celles dont vous parlez (toute fonctionnelle).

      Aussi misérable que vous me voyez, je n'ai pas besoin qu'on me consièdre ou non l'égal du pape pour vénérer l'honnêteté, l'amour du bien et de la justice. Et si je reconnaîs une grandeur à ceux qui font parti de la hiérarchie, cela me prend, mais alors comme une espèce de vénérarion à la limite de l'idolatrie, lorsqu'ils défendent le Christ crucifé dans ses innocents au lieu de se réfugier derrière des calculs politiques et les lieux communs de la bien-pensance.

    2. Maple

      Oui, la hiérarchie existe dans l'Eglise, elle se fonde dans le Christ et dans l'Ecriture et n'a jamais été démentie par la tradition, elle concerne les fonctions exercées, sans porter préjudice à la dignité de tous les baptisés. Le décret Presbyterorum Ordinis souligne tous ces aspects. Faut-il toujours les opposer, et n'en vivre que l'un ou que l'autre, de manière incomplète ? Il est intéressant de souligner une inexactitude de langage, mais n'en faisons pas un procès, il y en a assez comme ça ! Merci à l'auteur de l'article, qui a le mérite de contribuer à restaurer la vérité, et faire reconnaître la dignité et le courage de ce prêtre ! 

       

  3. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    Après avoir longtemps fermé les yeux sur certains délits commis par des ecclésiastiques, l’Eglise donne parfois l’impression d’un excès de zèle dans la recherche de coupables ou présumés tels. Dans le cas de ce prêtre, c’est la justice civile qui est en cause, mais l’Eglise a semble-t-il été prompte à ajouter sa propre sanction (la reconduction à l’état laïc) à la peine civile et se voit contrainte de la lever par une autre juridiction civile, ce qui est assez étonnant. Certains ecclésiastiques ne font-ils pas les frais d’une vigilance tardive et ne paient-ils pas à la place de confrères décédés avant que leurs erreurs aient été dénoncées , quitte à être accusés à tort ? La liturgie de ce dimanche de la Dédicace nous rappelle opportunément que si l’Eglise est la préfiguration de la Jérusalem céleste, elle n’est pas pour autant la société parfaite qu’on se plaisait jadis à évoquer. Ce n’est pas pour rien que dans toute assemblée dominicale nous commençons par nous reconnaître pécheurs: chacun d’entre nous a des jugements hâtifs à se reprocher.

  4. bekeongle

    Une partie de cette question vient, vous le savez bien, de ce que le lynchage médiatique est assuré contre toute personne que vous accusez de vous avoir regardé comme un « objet sexuel ».
    Dans ce monde décérébré, qui ne pense, à l’échelle des médias, que par le plus petit bout de la lorgnette possible, cela mérite un mépris total envers les articles, contributions, effets d’annonce, de tous ceux qui, peu ou prou, osent utiliser ce type de calomnie.
    Y compris dans les medias qui se présentent comme « catholiques » (mais je ne sais pas si Dé-Golias se considère comme tel …..)
    Cela veut dire : se désabonner », par exemple, car il n’y a rien qui ne les atteignent plus que la question du fric (abonnement + subventions)
    Force est, également, de constater que ceux qui, au sein des Communautés et Mouvements, ont une forme de teinte qu’on peut qualifier de « traditionnelle » dans le sens où ils se réfèrent explicitement par exemple à la Communion avec le Pape ou à l’amour de la Sainte Vierge, toutes choses honnies par une frange majoritaire des baptisés, ceux-là seuls font l’objet de ces calomnies.
    Prochainement, dans un bon diocèse de France, on va projeter dans un Etablissement dit catholique, un film explicitement issu du lobby LGBT : pas un mot des « responsables » c’est-à-dire de ceux qui, littéralement, doivent « répondre » à leurs administrés …..seules les AFC ont alerté l’opinion ! çà va peut-être réagir ….
    Et il n’y pas si longtemps, on n’avait rien trouvé de mieux pour ‘éclairer’ les animateurs en pastorale scolaire, que de faire venir une philosophe française fervente adepte du « gender ».
    Il a fallu une pétition adressée à Mgr Pontier pour que décision soit prise de renoncer à cette stupidité, non sans attirer l’ire du Mgr responsable de tout ce cirque parce que , d’après lui,
    « l’Eglise fait dialogue » !!!!! alors là ! faut le faire comme dit l’autre ! déjà on « faisait église » mais maintenant, faut « faire dialogue »
    Bref ! accuser un Frère de St Jean, c’est moins risqué que d’accuser quiconque collabore activement à l’esprit du monde : c’est pas nouveau, tout çà !