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« Depuis l’incarnation, tout le créé est porte ouverte vers "l’invisible incendie" que les poètes nous décrivent. "CECI EST !" Est-il d’autres points de départ ? Un pot, un bol, une bouteille et un fruit… Crèche extraordinaire dans l’intensité offerte. Parfois, je passe comme à travers le pot, le bol, la bouteille et le fruit, et sans pour autant quitter CEUX-CI, je goûte davantage à Celui qui EST… »


© Frédéric Eymeri

 

Il serait impossible de quantifier le nombre de choses vues depuis notre naissance – des choses belles et d’autres qui le sont moins, parfois peut-être, des choses insoutenables, ont, selon l’expression, croisé notre regard. Seules nos nuits de sommeil interrompent pour un moment l’incessante projection. L’immense catégorie des choses qui entrent dans le champ de notre conscience par ce sens qui est la vue, attend notre réveil pour aussitôt nous solliciter. Penser avec sérieux à ce qui pourrait être comme un long film, projeté depuis l’enfance jusqu’à ce jour, nous étourdit. Il est possible que la quantité (pour ne parler que d’elle) ait émoussé notre capacité à véritablement regarder. J’ai appris ces jours-ci que pour un tableau apprécié, les visiteurs d’un musée ne passent pas plus de 40 secondes devant l’œuvre. C’est une chose si courante, de chaque instant, de pouvoir regarder quelques objets, un paysage ou un visage,  à tel point que nous avons transformé cet acte de haute noblesse en une banalité aux seules fins utilitaires. Regarder, regarder vraiment, est devenu une chose rare ! Et pourtant…

N’est-ce pas extraordinaire de pouvoir regarder quelque chose sans a priori, posément, attentivement, avec simultanément une extrême attention et un libre détachement. Recevoir ainsi l’objet dans sa force native, avec la conscience qu’il est donné ainsi, sous cette forme singulière, dans ce lieu-là, à ce moment précis de mon histoire, et que cela n’est pas vain, a du sens.

CECI EST ! N’est-ce pas juste merveilleux que de pouvoir passer sa vie à réconcilier les deux termes de cette équation : « CECI EST ! » Je passe la plus grande partie de mon temps à regarder des pots, des vases, des légumes et des fruits, des fleurs…. Ils sont ma crèche ! Ma contemplation vivante, mon pain de chaque jour… « CECI EST ! » Je les regarde comme un don précieux, peut-être comme les rois mages regardaient le Fils de l’homme… « IL EST ! » Ils voyaient l’enfant. Ils le voyaient dans sa forme tangible, pouvaient suivre les courbes de son corps, juger la finesse de son visage, se perdre dans les nuances de la teinte de sa peau… Ils voyaient l’enfant, et au-delà… Le regard, les mains, les langes même, n’étaient plus que le présent d’un infini plus brûlant de douceur. C’est pour cet « infini présent » que les mains s’ouvrent,  que nos richesses peuvent trouver un juste chemin, que nos chemins peuvent trouver du sens à chaque pas, aussi difficile soit-il à poser. 

Depuis l’incarnation, tout le créé est porte ouverte vers « l’invisible incendie » que les poètes nous décrivent. « CECI EST ! » Est-il d’autres points de départ ? Un pot, un bol, une bouteille et un fruit… Crèche extraordinaire dans l’intensité offerte. Parfois, je passe comme à travers le pot, le bol, la bouteille et le fruit, et sans pour autant quitter CEUX-CI, je goûte davantage à Celui qui EST….  

J’ai bien conscience d’être encore à l’école, de balbutier, de n’être qu’un apprenti peintre ; je vois les maladresses et les crispations laissées sur la toile. Mais j’ai également conscience du chemin qui est le mien. Je suis un peintre de Noël, du commencement, de l’affirmation de la présence des choses, de l’état natif, jaillissant, de ce qui est simple, lisible aux cœurs simples… mais à eux seuls ! 

C’est sur ce chemin-là que je cherche à peindre, entre l’objet et sa source, voir CECI pour que peut être, davantage de ce qui EST puisse se dévoiler, pour qu’à force de respect, d’amour et d’attention, se soulève un peu le voile des apparences.

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4 Commentaires

  1. Claire

    Merci pour ces peintures et pour ce texte, qui rappellent combien Noël est en chaque chose offerte à notre contemplation. Depuis l’Incarnation… Quelle joie que ce monde offert en Lui !

  2. Merci de cette belle invitation à la contemplation et du lien vers vos œuvres, donnant à voir la concrétude, la matérialité d’une petite framboise à la pulpe vermeille, de fruits épluchés, objets tout simples du quotidien, vases et récipients plus vrais que nature. Un appel à nous arrêter et nous émerveiller du don si réel et précieux de la vie !