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Le Puy du Fou : « donner la France à aimer »

En 1977, un jeune énarque de 28 ans, Philippe de Villiers, découvre les ruines d’un château oublié, le Puy du Fou, alors qu’il cherche un lieu pour son spectacle nocturne sur l’histoire de la Vendée. 37 ans plus tard, le Puy du Fou est connu mondialement pour sa célèbre cinéscénie, mais aussi pour son parc devenu le 2ème parc le plus visité de France avec près de 2 millions de visiteurs en 2014. Sa créativité a été récompensée pour la 2ème fois aux Etats-Unis avec le titre de meilleur parc au monde. Aujourd’hui, le savoir-faire du Puy du fou s’exporte en Hollande, en Grande-Bretagne et en Russie, avec des projets d’ouverture de nouveaux spectacles et parcs dans le monde entier. Quelles sont les raisons d’un tel succès ? Ne sont-elles pas à découvrir dans l’intuition initiale elle-même ? Au-delà d’un simple lieu de divertissement, le Puy du Fou apparaît comme une réponse à un enjeu de civilisation…

Une intuition : un  parc historique et culturel

Alors que la cinéscénie existe depuis quelques années et que Philippe de Villiers est secrétaire d’Etat à la culture, Disneyland fait son arrivée en France.  Cet événement est pour lui force de provocation : n’est-il pas aussi possible d’imaginer un parc, mais qui soit fondé sur l’histoire et la culture française ? Ainsi naît le Grand Parc du Puy du Fou, en 1989. Si d’aucuns lui prédisent un échec : « L’histoire, tout le monde s’en moque, d’ailleurs, on ne l’apprend même plus dans les écoles (!) », la réalité le dément. Chaque année, près de deux millions de personnes viennent s’y « promener dans l’histoire de France ».           

Racontant les débuts du Puy du Fou, Philippe de Villiers explique qu’en voulant créer la cinéscénie, il s’agissait pour lui de payer une double dette : une dette morale à son père et à sa mère pour une enfance heureuse, marquée par l’enracinement dans le terre vendéenne,  et une dette pour réparer l’injustice faite à la Vendée, car l’insurrection vendéenne, lors de la révolution française était alors considérée comme un « détail de l’histoire de France ». « Je voulais faire un hymne » explique t-il. [1] Hymne à la Vendée, fille de France, hymne étendu à la France avec l’ouverture du Grand Parc. 

Photo du spectacle « Mousquetaires de Richelieu »

Depuis 1989,  le grand parc s’est étoffé de nombreux spectacles,  animations, villages et même lieux d’hébergement témoignant de l’histoire de notre pays et en retraçant les périodes marquantes. [2] Les spectacles mettent en exergue les figures d’hommes et de femmes, connus ou inconnus, qui ont marqué par leur courage et leur engagement, le cours de notre histoire. Mais ces spectacles  laissent aussi large  place à l’intervention de la grâce.  Ainsi, l’histoire nous est aussi présentée comme le lieu de la découverte de la présence de Dieu, de l’alliance, de la révélation. [3] Parce qu’histoire et culture sont indissociables, le Grand Parc rend également hommage à la culture française, par de grands noms et figures incontournables et propose une découverte ou re-découverte de la culture française par le théâtre, le Verbe,  la poésie, la musique. [4]

Pour Philippe de Villiers, il s’agit, au fond, de transmettre aux visiteurs « des racines », « des émotions » (au sens où les spectacles provoquent chez ceux qui les regardent une « mise en mouvement »), et de leur donner d’entrer « au niveau du cœur et de l’âme ».  [5] Comme s’il s’agissait de faire redécouvrir  à l’homme toute sa noblesse.

Un lieu où préside la beauté

« Je n’ai pas fait le Puy du Fou pour faire le bien, mais pour faire le beau. A 18 ans, j’ai été marqué par cette phrase de Dostoïevski que j’ai faite mienne : « La beauté sauvera le monde ». On ne peut pas attacher les gens au bien abstrait. C’est le beau qui conduit au bien et au vrai. A force de vivre dans le beau, notre âme devient belle, c’est naturel. Les parents doivent montrer le beau à leurs enfants. J’ai eu une enfance très heureuse durant laquelle j’ai été inondé par des éblouissements. Ce qu’ont déposé en moi mes parents, mes instituteurs, l’église de mon enfance, la nature, ce n’est pas de l’ordre moral, c’est de l’ordre du beau. J’ai restitué tout cela ici. » [6]

De fait, la beauté est omniprésente au Puy du Fou.  Comment ne pas s’émerveiller face à la beauté de la nature, si bien mise en valeur ; au décor grandiose de stadium gallo-romain ; à la splendide chorégraphie finale du spectacle « les mousquetaires de Richelieu » ; aux cascades incroyables des cavaliers du « feu de la lance » ; au ballet des oiseaux de la fauconnerie ? Cette beauté s’exprime aussi dans le soin apporté au détail, notamment pour les costumes et les accessoires, et dans une certaine forme de gratuité, par la présence d’objets « non-indispensables » comme un pigeonnier incrusté dans le toit des toilettes ou la « maison aux hérissons » près des volières aux oiseaux.

La vallée fleurie au Puy du Fou

« Si je fais une œuvre belle, si je passe par le poétique plutôt que le politique, je vais fédérer, car la beauté unit »[7] pressentait Philippe de Villiers. Non seulement la beauté unit-elle, mais elle se manifeste aussi sous forme d’un rayonnement, d’une unité.  Cette unité rayonne au Puy du Fou : l’amour de la nature et des animaux et leur préservation est intégré à un amour plus vaste de la nature humaine, en témoigne la somme d’argent importante reversée récemment à la fondation Jérôme Lejeune [8]. Cette unité est aussi manifestée par la grande gentillesse des employés, leur sourire, leur amabilité exprimée par des services très concrets.

Ainsi,  pour le visiteur au Puy du Fou la journée se déroule dans l’impression constante de se voir offrir un cadeau. Cette unité, le rayonnement de cette beauté l’amènera peut-être même à se poser la question : « Qu’est-ce qui sous-tend une telle Oeuvre ? ». Ce à quoi  son fondateur répondra « le Puy du fou est un acte d’amour ». [9]

La beauté n’est-elle pas la forme de l’amour ? [10]

L’Art du Puy du Fou, mission et transmission

On peut parler d’un certain « art du Puy du Fou », en tant que l’art est « l’expression d’une nécessité et d’une passion ». [11]  Cet art est transmis en interne par la formation des jeunes générations puyfolaises, au sein « d’académies junior ». Au nombre de 24, elles sont créées pour répondre à un besoin artistique ou technologique et gage de la constante innovation et créativité du Puy du Fou. Ainsi sont transmis les quelques 60 savoirs-faire du Puy du Fou, des plus anciens (tonneliers, tailleurs de pierres) aux plus innovants, qui sont parfois même uniques au monde, notamment dans le domaine de l’hydrolique aquatique.

Dernière innovation en date, les drônes porteurs de décors, qui viennent clôturer la cinéscénie. Des brevets ont été déposés et  d’ores et déjà, les organisateurs des Jeux Olympiques de Sydney souhaiteraient les utiliser ! Des experts du monde entier demandent à venir au Puy du Fou pour y découvrir ses savoirs-faire.

Au fond, l’ancrage du Puy du Fou dans l’histoire, dans une forme de tradition, et la conscience de sa mission de transmission ne sont-ils pas la source de cet enthousiasme, de cette confiance en l’avenir qui ouvre les portes à la créativité et à l’innovation ? ne sont-ils pas nécessaire d’avoir des racines pour se découvrir des ailes ?

Photo du spectacle « le bal des oiseaux fantômes »

De fait, le  petit Puy du Fou des débuts prend son envol. La transmission ne s’effectue plus désormais seulement en interne : Le « modèle » Puy du Fou s’exporte aujourd’hui en Hollande, en Grande-Bretagne et en Russie.  

Le modèle juridique du  Puy du Fou est une association loi 1901, qui réinvestit la totalité des bénéfices pour un plus grand développement du Parc et de la Cinéscénie.  Ce modèle laisse une liberté absolue dans la conception et les idées, qui ne sont soumises à aucune pression économique, politique…. Son modèle artistique repose sur l’ingéniosité et l’instinct français : au Puy du Fou, pas de marketing et de bureaux d’études, mais une grande conscience de la grandeur de ce qui doit être transmis, et beaucoup de passion. Enfin, son modèle pédagogique est fondé sur la transmission : les enfants des académies y reçoivent une formation culturelle générale, puis technique, fondée non sur des « droits », mais sur des « devoirs ». Ainsi, la première génération  des 20/25 ans vient d’être formée.

« Nous avons choisi de leur donner la France à aimer »[12] explique Philippe de Villiers, évoquant l’une des devises du Puy du Fou, reposant sur l’intuition que « c’est par la culture qu’on change les cœurs et les esprits ». Si l’on considère la mission internationale du Puy du Fou, cette devise pourrait s’élargir à « Nous avons choisi de leur donner leur propre pays à aimer ».

Après avoir visité le Puy du Fou, beaucoup témoignent, à travers des lettres, que quelque chose a changé dans leur vie. Au fond, à travers l’histoire, la culture, la beauté, n’est-ce pas leur propre vie qui leur a été donnée à aimer ?

 

Le signe du triomphe, spéctacle mettant en scène le martyr chrétien

 


[1]  Conférence donnée par Philippe de Villiers  lors  du  Colloque « Catholiques en Action » 2014 : Le Puy du Fou un exemple d'action culturelle dans la durée, à consulter ici

[2]  Les splendides spectacles retracent les moments clés  de la vie de notre pays depuis l’occupation romaine jusqu’à la première guerre mondiale, avec pour pédagogie une forme « d’expérience » : pour découvrir la première guerre mondiale, il est donné au spectateur d’entendre la correspondance entre un poilu et son épouse, pour découvrir l’occupation de la Gaulle par les romains, les spectateurs sont eux-mêmes installés dans les gradins qui entourent l’arène où seront punis les rebelles à l’occupant…

[3] Dans le spectacle « le feu de la lance », dont Jeanne d’Arc est protagoniste,  le chant final, dans la voix d’une enfant, fait remarquer  que  pour Jeanne, « son secret n’est pas la guerre, son vrai secret, c’est la lumière ».  Le spectacle du stadium  gallo-romains  exalte le courage des chrétiens prêts à donner leur vie pour leur foi. Quant aux « amoureux de Verdun »,  il s’achève sur le chant « douce nuit », signe discret que la paix véritable ne peut venir que d’en-haut, qu’elle est un don.

[4] A travers quelques grands noms comme Cyrano de Bergerac, les trois mousquetaires, le Cardinal de Richelieu, Merlin l’enchanteur, la Fontaine, Lully …

[5] Conférence donnée par Philippe de Villiers  lors  du  Colloque « Catholiques en Action » 2014 : Le Puy du Fou un exemple d'action culturelle dans la durée à consulter ici

[6] Interview donnée par Philippe de Villiers : "A force de vivre dans le beau, notre âme peut devenir plus belle", famille chrétienne n°1956 du 11 au 17 juillet 2015, p 35.

[7] Conférence donnée par Philippe de Villiers  lors  du  Colloque « Catholiques en Action » 2014 : Le Puy du Fou un exemple d'action culturelle dans la durée à consulter ici

[8] Lire le discours de l’intervention de Jean-Marie Le Méné à la Grande soirée humanitaire du Puy du Fou au cours de laquelle la Fondation Jérôme Lejeune recevait un Prix, le 3 juillet 2015 : http://www.fondationlejeune.org/blog/blog-evenement/10-evenement/1154/combattre-par-des-realisations-qu-on-accroche-a-contre-pente

[9] Conférence donnée par Philippe de Villiers  lors  du  Colloque « Catholiques en Action » 2014 : Le Puy du Fou un exemple d'action culturelle dans la durée à consulter ici

[10]  « La beauté est la forme de l’amour », Norwid.

[11]  Citation du début du spectacle « le bal des oiseaux fantômes », sur l’art de la fauconnerie.

[12] Conférence donnée par Philippe de Villiers  lors  du  Colloque « Catholiques en Action » 2014 : Le Puy du Fou un exemple d'action culturelle dans la durée à consulter ici

 

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8 Commentaires

  1. Denis Cardinaux
    Denis Cardinaux

    Merci pour cet article magnifique. Les grandes oeuvres font leurs preuves avec le temps. Et voici l'hymne Puyfolais, chanté à la fin de la cinéscénie qui fait honneur à cette intuition : 

    Peut-être les enfants
    Sauront-ils deviner
    Dans les humeurs du jour
    Et portées par le vent
    Tout là-haut la voix d’autres enfants
    Qui se souviennent et chantent en foulant
    Cette terre de géants et de genêts en fleurs
    Cette terre de Vendée, et de France.

  2. Jean Cétreaux

    Rambart ! Magnifique et original de présenter ce rapport à la beauté. Merci de souligner aussi ce modèle de liberté qui laisse place à l'ingéniosité et à l'instinct français : ce fameux "french flair" du Rugby que nous envient les anglais…  Tout cela est loin du paradigme bureaucratique dont on nous explique (est-ce par désespoir ?) qu'il est la seule option possible, et qui, à la manière d'un certain catholicisme libéral dénnoncé par Mgr Hollerich dans un article précédent, "ne porte pas de fruit". Pour poursuivre l'analogie, je constate aussi que le Puy du Fou n'est pas enfermé dans une image figée du passé, car en partant du martyr d'une Vendée sacrifiée sur les autels idéologiques, ils peuvent revaloriser l'histoire et permettre aux français de retoruver leur dignité. La Vendée : une fenêtre ouverte sur la réalité ! RAMBAAAAAAAAAAAART  !!!!!!!!

  3. Denis Cardinaux
    Denis Cardinaux

    Cher Jean, cher van den Lulu,  je vous rappelle que ce blog se doit de respecter la bien séance et le "vivre-ensemble" dans un "aller-vers" pour une appréciation du "faire-quoi-donc" par un "toujours-en-de-par… pour… avec… hop". Merci de modérer vos ardeurs vendéennes, à défaut de vos commentaires, même si je les trouve par ailleurs bien excusables… Lulu, n'oubliez pas que les bretons sont nos alliés et qu'ils sont bien contents de bénéficier d'un tel exemple à quelques km à peine de chez eux… Comprenez aussi qu'après, je doive passer des heures à tout expliquer à mes amis bretons pour les calmer…  

    Je n'ai donc qu'un mot à dire :

    RAMBAAAAAAAAAAAAART ! 

  4. NordenFranken

    oui c'est une belle histoire la France Eternelle. Sauf que 250 automnes ont fait tomber les feuilles des arbres depuis cet "âge d'or" et que la France à écris un certain nombre de pages avec une encre moins bleue que celle que les de Villiers mettent en scène, et que d'autres français venant d'horizons différentes ont fait leur entrée, forcée ou désirée, dans ce livre. La beauté est rayonnante, certes, mais souvent cache temporairement la laideur qui nous habite. Notre pays a voulu dominer le monde. Il en résulte qu'il appartient au monde. L'histoire de France universelle parce que non propriété d'une minorité blanche catholique bien pensante d'un ouest préservé mais bien de tous ceux qui ont subit le joug  de sa domination et qui malgrès eux mais de bon coeur font vivre sa langue et sa mémoire.

  5. Vincent
    Vincent

    Merci à Norden Franken pour son commentaire, à la fois très beau et très juste. Cela dit, il me semble que le Puy du Fou n'est pas d'abord un hymne nostalgique à la France d'un certain âge d'or perdu. Dans notre pays en effet, nous souffrons d'un mal chronique depuis 250 ans, celui de ne plus avoir le droit d'aimer nos racines, et donc d'aimer ce que nous sommes. Depuis la Révolution, la France est divisée en clans qui se détestent et s'insultent régulièrement. Dans un camp, comme dans l'autre, cette atmosphère est désolante. C'est un pays déchiré par la haine de tout ce que l'autre peut ou pourrait représenter. Entre autres à cause de cela, le mal français, c'est d'avoir honte de l'être, parce que la France sera aussi toujours représentée par l'autre bord. La seconde guerre mondiale aurait pu unir à nouveau le peuple français, mais c'est le contraire qui est arrivé. Et l'affreux clivage a même été renforcé au moment de la victoire par une certaine politique d'accusation et de vengeance. Le Puy du Fou par son succès révèle à quel point les foules ont finalement soif d'aimer. Je pense que par cette oeuvre, qui n'est peut-être qu'un signe, beaucoup d'entre nous réalisent qu'il y a ainsi un très fort désir de réconciliation et d'unité. C'est un très grand signe d'espérance pour nous tous. Merci à soeur Aurélie pour son travail et pour cet article qui révèle très bien ces enjeux auxquels nous sommes attachés.

  6. thibault

    La beauté du clip promotionnel 2015 en dit long sur ce qui anime Philippe de Villers et son équipe. Le Puy du Fou est un chef d'oeuvre. Le spectacle de Noël que j'ai vu cet hivers montre aussi que c'est une oeuvre de foi. La foi en Dieu bien sûr, source de toute beauté, mais aussi la foi en la vie qui au long des siècles sème son cortège de génie et de courage qui jaillit du coeur de l'homme. Merci soeur Aurélie pour ce magnifique article et… vive la France!

  7. Frédéric
    Frédéric

    J'ai passé hier la journée au parc avec mon épouse et mes enfants C'est véritablemant magnifique ! Le plus émouvant des spectacles? J'ai vu des milliers de gens s'émerveiller. Je l'ai ai vu jouer, je les ai entendu rire, je les ai vu heureux… Et j'étais l'un d'eux.