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Dolores Ibárruri, la révolutionnaire qui avait retrouvé la foi

Dolorès Ibarruri, la « Pasionaria » communiste de la guerre civile espagnole, avait retrouvé la foi de son enfance avant sa mort en 1989. C’est ce que révèle sa correspondance avec le jésuite José Maria de Llanos, publiée en 2013.

Elle fut une figure emblématique du communisme au XXème siècle. Née en 1895 dans une famille catholique de mineurs basques, Dolorès Ibarruri Gomez s’engage très tôt dans l’action révolutionnaire. Dés 1916, elle rompt avec le catholicisme en épousant un militant socialiste athée. En 1918, elle utilise pour la première fois le pseudonyme  La Pasionaria dans un article du journal El Minero Vizcaino[1]. En 1920, elle participe à la création du parti communiste espagnol qui adhère à la 3ème  internationale fondée par Lénine. Populaire au sein des militants, elle monte progressivement dans la hiérarchie du parti et fait en 1933 un premier séjour à Moscou comme représentante au Komintern.

En 1936, elle est élue députée avec la victoire du Front Populaire. Elle se distingue par des discours d’une extrême violence contre la droite et l’Eglise. Au début de la guerre civile, elle soutient ardemment les combattants républicains avec son célèbre slogan : no pasaran ! La légende – et sans doute la propagande franquiste – veut qu’elle ait tué elle-même un prêtre, ce qu’elle a toujours nié. Il n’en demeure pas moins que 6300 prêtres, religieux et religieuses ont été assassinés pendant la guerre civile[2].

Après la victoire des nationalistes, elle part en URSS où deux de ses enfants l’ont précédée. Son fils Ruben s’engagera dans l’armée russe et sera tué à Stalingrad. Elle poursuit ses activités politiques en venant en aide aux réfugiés espagnols. En 1942, elle devient secrétaire générale du PCE en éxil : elle conservera ce poste jusqu’en 1960, date à laquelle elle laisse la place à Santiago Carrillo. Elle devient présidente du parti jusqu’à sa mort. En 1966, elle publie son autobiographie[3].

Après la mort de Franco en 1975, elle revient en Espagne au moment de la « transición democratica » et sera élue députée aux Cortès en 1977, à 82 ans. Election surtout symbolique, dans un climat d’amnistie réciproque : la vieille combattante s’est apaisée depuis longtemps et ne joue plus qu’un rôle honorifique. Elle meurt d’une pneumonie en 1989, à 93 ans, à la même époque que les derniers acteurs de la guerre civile.

Le récit de la vie de Dolorès Ibarruri aurait pu s’arrêter là. Mais en 2013 parait la biographie d’un jésuite espagnol, le Père José Maria de LLanos[4] (1906-1992). « Padre Llanos » fut très populaire  pour son action pastorale et sociale dans le « barrio de Tio Raimundo » un quartier très défavorisé de Madrid où il arrive dans les années 1950. Classé comme «cura rojo » par certains pour son engagement auprès des pauvres, mais profondément attaché au Christ et à son ordre, il avait des relations dans tous les milieux politiques. On trouve dans le livre des courriers échangés entre le prêtre et la vieille dame qui révèlent une conversion de Dolorès, voire un certain mysticisme. Ainsi, dans une lettre au père Llanos écrite le 6 janvier 1989, peu avant sa mort, la Pasionaria écrivait : « Voyons si les petits vieux que nous sommes devenus pourront utiliser le temps qu'il nous reste à vivre en un chant de louanges et d'action de grâce au Dieu-Amour, comme une préparation de notre vocation éternelle ». Elle mourut réconciliée avec l’Eglise par la confession et la communion.

Notes :

[1] Wikipedia : article sur Dolorès Ibarruri

[2] Chiffre avancé par Bartolomé Bennassar dans La guerre d’Espagne et ses lendemains, ed. Tempus 2006

[3] No pasaran ! réédité en livre de poche en 2010 après la mort d’Ibarruri.

[4] Azul y rojo. José María de Llanos du P. Pedro Miguel Lamet sj, éd. La Esfera de los Libros, 2013

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