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Marion Maréchal le Pen : l’initiative de Mgr Rey

Inviter une députée à une table ronde politique semblerait quelque chose de tout à fait anodin. La polémique provoquée par la présence de Marion Maréchal le Pen à l'université d'été de l'observatoire politique à la Sainte-Baume montre que ce geste de Mgr Rey dépasse largement les limites du diocèse de Toulon et brise un certain nombre de tabous.

Le premier tabou concerne une dérive du système majoritaire qui permet depuis plus de trente ans de nier à une partie de la population ses droits civiques puisque près de 30% des électeurs français n’ont que 2 députés, Mitterrand ayant réussi à organiser le débat politique en fonction de l’exclusion du FN. La polémique actuelle montre qu’il était jusqu’alors tabou de proposer un dialogue « pour tous », ce qui est la contradiction même du système démocratique. Le « front républicain » qui exclut a priori du dialogue des opposants politiques sape le fondement même de la démocratie.

La deuxième tabou est davantage moral et s’appelle le manichéisme. Dans les différents débats qui ont émaillé la vie politique française ces dernières décennies, ce qui est frappant vu de l’étranger est cette culpabilisation à outrance de la part de l’opinion dominante. Le premier ministre actuel, évoque souvent la victoire du « bien », le « camps du progrès », l’esprit du 11 janvier, le « front républicain », etc… Ces slogans ont une grande force de rejet de l’autre, d’intimidation et de culpabilisation. Cette façon de faire la politique en fonction d’un ennemi à combattre, de décrire ses adversaires politiques non en fonction de l’efficacité et de la pertinence de leurs propositions mais à partir d’un manichéisme moral qui met les bons d’un côté et les mauvais de l’autre est profondément destructrice pour une démocratie.

Le troisième tabou est celui de la laïcité à la française qui a réussi à diviser et à opposer le domaine politique et le sens de la vie. La politique est ainsi limitée à la défense de « valeurs » et les catholiques ont le choix entre la solidarité d’un côté et le mouvement « pro life » de l’autre. Un symptôme de cette fracture est la désunion des chrétiens à l’occasion de la Manif pour tous où l’Institution était quasi absente. Cette « absence » s’étend aussi au débat politique où les chrétiens divisés sont livrés à leurs opinions et doivent se contenter de principes moraux abstraits et parfois tiers-mondistes, sans possibilité d’un véritable dialogue franc et ouvert. L’événement de la Sainte-Baume ouvre une porte pour une réflexion plus concrète sur l’apport des chrétiens en politique. Cette initiative bouscule les bastions et répond au désir des laïcs d’une vraie réconciliation basée sur la recherche bienveillante de la vérité.

Le quatrième tabou est celui de la division de la presse catholique. La polémique a été suscitée et alimentée par des journaux catholiques de gauche qui se sont offusqués tandis que d’autres ont d’abord regardé Marion Maréchal le Pen comme personne, comme catholique et comme toute politicienne recherchant le bien commun. D’un côté, la dénonciation, le dénigrement et le procès d’intention ; de l’autre un vrai souci, à la suite du pape François, d’écouter et d’accueillir avant de juger. Si les chrétiens ne donnent pas l’exemple de l’écoute miséricordieuse et du dialogue respectueux entre eux, quelles sont les valeurs politiques et évangéliques qu’ils prétendent apporter au reste de la société ?

Enfin le débat politique, en particulier avec le Front National, est souvent basé sur la provocation. Les personnes qui ont écouté Marion Maréchal-Le Pen ont été frappées au moins par sa liberté vis-à-vis de son propre parti et par la nouveauté de ses réflexions. Citant Benoît XVI, elle évite les clichés sur l’immigration en montrant que l’accueil « humaniste » et « généreux » de l’immigré dont parle souvent le pape François n’évacue pas une réflexion urgente aujourd’hui sur la politique migratoire. Si on peut contester certaines interprétations et opinions de Mme Maréchal le Pen, on ne saurait affirmer que sa démarche de foi soit « électoraliste ».

On ne peut que se réjouir de ce pas de réconciliation suscité par Mgr Rey, certes minime mais symbolique, et espérer qu’il soit suivi de beaucoup d’autres pour que la présence chrétienne en politique soit source de liberté, de dialogue et d’une prise en compte de tous les citoyens et de tous les aspects de la réalité.

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16 Commentaires

  1. Laurent

    Merci, pour cet article, qui recherche une objectivité si absente dans le débat politique hexagonale (si passioné, voir sentimentaliste!!) . Est-il possible de se procurer l'intervention de Marion Marechal Le pen?

  2. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    D'abord une remarque: le système majoritaire à deux tours n'exclut a priori aucun parti. Les communistes, les écologistes, les radicaux ont des députés parce qu'ils ont passé des compromis avec des partis plus importants. Le parti de Marion Maréchal n'est pas, pour l'heure, dans cette culture du compromis qui le rendrait acceptable comme partenaire de la droite classique. Sa rupture avec son fondateur, adepte de formules inadmissibles , est un premier pas dans ce sens. Pour ma part, je ne suis pas choqué par un dialogue avec Marion Maréchal. Elle représente un parti important et surtout une nouvelle génération. Mais elle doit savoir qu'il y a des limites à ne pas franchir: elles ont été rappelées par le P.Ribadeau-Dumas au nom de la CEF. Il doit y avoir une régulation de l'immigration, mais le rejet de l' "autre" est inadmissible. Il y a 4 ou 5 millions de musulmans en France, il faut trouver un modus vivendi avec eux. Ces questions ne sauraient se contenter de formules expéditives, mais elles peuvent donner lieu à un débat constructif. Pour le reste, tout est discutable, même les positions du FN sur l'Europe que je juge absurdes, même certaines propositions démagogiques qui ne sont pas sans rappeler celles du Front…de Gauche. 

    1. Patrick_UK

      Qu'essayez-vous d'expliquer ?

      Avez-vous un instant songé à définir ce "rejet de l'autre" plus inadmissible, si je vous comprends bien, que l'invasion organisée à laquelle nous assistons ?

  3. BILLOT

    Etonnant qu'on puisse citer un organisme aussi muet que la CEF lorsqu'il s'agit de lutter contre une dérive immigrationniste qui ne date quand même pas d'hier …. Et puisqu'il faut, selon ces belles envolées, accueillir, accueillir, accueillir sans limites ou presque, que fait la CEF avec son patrimoine foncier devenu totalement obsolète dans la majorité des diocèses vu l'énorme succès des "plans" pour appeler des vocations qui, bizarrement, n'ont guère tendance à émerger ….

    Et puis l'accueil, OK ! mais je m'étonne que depuis 1975, pas un seul diocèse ne se soit doté d'au moins 1 maison d'accueil pour les femmes confrontées au choix douloureux de l'avortement !!!! La maison Magnificat, combien la connaisse ?

    Allo ! Il ya quelqu'un ???? 

    1. Bruno ANEL
      Bruno ANEL

      C'est une chose de fixer des limites à l'immigration et cela relève du politique. C'en est une autre quand les immigrés sont déja chez nous, c'est à dire dans l'UE, surtout s'il s'agit de demandeurs d'asile. Jean-Claude Juncker a fait à ce sujet des propositions réalistes. Quant à l'Eglise, il est faux de dire qu'elle ne fait rien. Pour ne prendre qu'un éxemple, je citerai l'association des cités du Secours Catholique qui héberge plusieurs milliers de personnes en France, dans la discrétion.

  4. Serge

    La participation de Mlle Maréchal Le Pen est en fait assez accessoire puisqu’il y avait en tout 6 intervenants pour une table ronde de 45 minutes. Bref, un non-évènement. 

    De plus, le thème de la table ronde n'était pas Marion Maréchal Le Pen, contrairement à ce qu'on pourrait croire en cliquant sur google, ni même "les relations de l'Eglise et de l'extrême droite, Ah ! Là là !", mais : "Politique et Médias".

    Pour autant, son intervention était légitime puisqu'il s'agit d'une citoyenne, d'une élue de la république, et qu'elle intervient sur un domaine dont elle commence à avoir une bonne expérience, à savoir, celui de la relation entre les médias et la politique…

    En tout état de cause, savoir si on est d'accord ou pas avec les opinion que représente cette femme politique, savoir si on doit su justifier de sa propore position lorsqu'on demande son opinion à un tiers, ou qu'on se demande sans idéologie quelles sont les perspectives politiques pour un pays, enfin savoir si on peut inviter un élu de la république à se pronnoncer sur un avis qui concerne la société, je ne vois pas en quoi cela pose question. Si cela pose problème, il faut se poser d'urgence une autre question, plus fondamentale. Or ce sont les questions d'une grosse partie des médias dont le rapport à la vérité était justement questionné.

     

  5. Anonyme

    Notre politique d’accueil est une honte en France quand nous voyons l’effort que la France a fait pour l’accueil des syriens. Heureusement que quelques autres pays d’Europe se mouillent davantage! Arrêtons avec cette peur de l’étranger alimentée par des partis comme le FN ou par les médias.. Sinon OK pour discuter avec tout le monde et même avec une Mme maréchal le pen!

  6. MCD

    J'ai découvert ce matin la photo insoutenable de ce gamin syrien gisant sur une plage de Bodrum dans "Bild" et oui ds Bild avec le commentaire suivant" Cette photo est un message au monde entier  enfin uni pour agir afin de ne plus voir un seul enfant mourir "en fuite" …car qui sommes-nous, quelles sont nos valeurs si nous laissons faire ce qui se passe?….ok il est difficile de voir ces gens ds la détresse et notre devoir est d'être charitable…mais j'avoue que je préférerai que ces réfugiés prennent le chemin des riches pays du golfe plutôt que d'être "accueillis" par défaut chez nous .D'ailleurs le terme "accueillir" est inapproprié ,car il signifie pour moi inviter,offrir l'hospitalité, saluer et même fêter..nous sommes ds un tout autre cas de figure, puisqu'on force nos portes..avec d'autres coutumes religieuses ..soyons vigilants! et prions l'ange Gabriel (Jibril) pour qu'il revoit sa copie avec Mahomet.MCD

     

  7. sylvain

    Si le reste de la classe politique n'est manifestement pas à la hauteur, cela ne devrait pas empêcher les catholiques de rester très vigilants vis-à-vis du FN, dont on ne voit pas, par quelque bout que l'on prenne la question, comment il pourrait pas représenter une solution à nos problèmes.

    Les paroles fortes du Cardinal Decourtray en 1985 sont toujours d'actualité :«Quand je lis des propos qui manifestent de toute évidence le rejet des étrangers, (…) quand je lis qu'il y a des êtres inférieurs, je dois dire tout simplement au nom de l'Evangile, je ne suis pas d'accord.»

  8. Bérenger

    Oui ! Photo difficile à contempler sans se demander: quelle saloperie cache-t- elle?
    Et on a vu le résultat !!!! Le niveau de la mer a monté devant ce dégueulis lacrymal mondial !
    Sauf que…… Il semblerait que le bon papa de ce malheureux enfant voulait se refaire les dents.
    Direction: L’Allemagne (car en France, les sans-dents ne sont pas bien vus….)
    Mais par dessus le marché, Mossieu était le seul à avoir un gilet de sauvetage ( on va quand même pas dépenser pour une femme et un gosse !)
    Donc, de grâce, tâchez d’adopter une règle simple mais une règle d’or devant ce que les médias vous balancent:  » Qu’est-ce que ces crétins veulent que je crois devant cette photo, cette vidéo, ce reportage  »
    Allez ensuite dans la direction qui est à l’exact opposé de celle où ils voulaient vous emmener !
    Vous grandirez !

    1. Bruno ANEL
      Bruno ANEL

      Tout cela est à vérifier. Il est peu probable que les Syriens fuient leur pays pour aller chez le dentiste… Quelles que soient les circonstances de la mort d'Aylan, il est bien là, victime innocente de l'éxil.

  9. philippe

    difficile de lire les propos sur la mort de ce petit syrien sans réagir.

    On peut deviser à l'infini sur les problèmes de l'immigration économique. Mais là il s'agit de dizaines de milliers de gens qui fuient la persécution, les massacres, l'esclavage, en espérant seulement pouvoir donner un avenir à leurs enfants. . Dans Terre de COMPASSION, nous devrions y être particulièrement sensibles. Et si c'était nous, à leur place.  Points coeur, de ce que j'en ai compris, c'est vivre avec, partager la vie des plus démunis, leur offrir notre amitié.

    Ecoutons plutôt la parole de "François" qui invite toutes les paroisses d'Europe à accueillir une famille syrienne ou irakienne.

    Pour enrichir notre regard, lisez ce beau livre d'un éducateur italien Fabio Geda, "dans la mer, il y a des crocodiles", qui raconte l'histoire d'un petit garçon hazara parti à 10 ans sur les routes pour échapper à la mort.

    Derrière les nombres, il y a autant d'histoires individuelles, de personnes dont nous aurions pu faire partie.

    La compassion !

    Philippe

  10. Bekeongle

    Curieux comme l’on se soucie de vérifier la rumeur concernant le dentiste mais que l’on gobe sans piper la photo de ce malheureux enfant.
    Allez voir sur le site du Salon beige et vous y trouverez 2 photos qui semblent bien montrer une belle manipulation….
    Et puis cette famille, syrienne, exilée en Turquie à cause de ces salopards d’américains -anglais -européens qui ont laissé dévaster la Syrie pour des questions de gaz, il faudrait que je batte ma coulpe pour savoir comment l’accueillir ??
    Non ! Refusé !
    Si des ecclésiastiques français mesurent les conséquences criminelles de leur prise de position en 2011, où au moins l’un d’entre eux appelait à bombarder Bachar, s’ils reçoivent des centaines de migrants musulmans dans leurs bâtiments et séminaires vides, alors je m’interrogerai sur ce que je peux faire avec eux…
    Qu’ils bougent les premiers au lieu de donner des leçons..Ce siècle a la tripe molle et le coeur sec ( pour paraphraser Bernanos)