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Liban : « Nous faisons partie de ceux qui ressuscitent »

Le lundi 18 janvier 2016 sera un jour historique pour tous les libanais. Une réconciliation des deux partis chrétiens en vue de la présidence a été conclue entre deux figures qui ont marqué l’histoire de ce pays des cèdres : Samir Geagea (Forces Libanaises) et Michel Aoun (Courant Patriotique Libre). 

Samir Geagea (photo de gauche) soutient la candidature du Général Michel Aoun

Depuis la fin de la guerre civile, soldée par l’exil en France pour Aoun et la prison pour Geagea, une haine a divisé le pays, surtout les chrétiens, en deux partis politiques : le Courant Patriotique Libre (Aun), appuyé par la Syrie et l’Iran, et  le parti Forces Libanaises (Gaegea), soutenu par l’Arabie Saoudite et l'Occident. Cette division était à l'origine de la vacance de la présidence libanaise depuis le 25 mai 2014 : 34 séances parlementaires ont eu lieu pour essayer d’élire un président. Toutes ont échoué, faute de communion entre les chrétiens et à cause de l’influence de l’Iran et de l’Arabie Saoudite.

Cette réconciliation interchrétienne fut une immense surprise. La rencontre tant attendue entre les deux opposants s'est déroulée cette semaine à Maarab, tout près de la Vallée Sainte au Liban, lieu de résidence de Geagea, où ce dernier annonce à tous les libanais son soutien pour la candidature du Général Aoun à la présidence. Cette réconciliation est précieuse dans le contexte douloureux du Moyen Orient.

Il est aussi important de noter que cette réconciliation récente n’est pas un simple coup médiatique, mais le fruit d’une amitié entre deux personnes, qui, pendant plus d’un an, ont travaillé dans le secret, loin des médias et des pressions internationales. Une amitié de longue date lie Ibrahim Kanaan (député et membre du Courant patriotique libre) et Melhem Ryéché (conseiller de Geagea et membre des Forces libanaises). Une amitié vraie puisqu’elle les a aidé à dépasser les intérêts politiques, les pressions internationales et la haine qui séparait leurs partis politiques respectifs, pour regarder le Bien commun, celui de l’unique pays qui rassemble tant de confessions et de différences.

Ils ont préparé pendant plus d’une année cette rencontre entre Aoun et Geagea, car ils ont perçu que la communion entre les chrétiens du Liban ne viendrait jamais de l’Iran ni de l’Arabie Saoudite, mais de l’expérience de pardon donné et reçu, apprenant des fautes du passé. Cette réconciliation est le fruit de beaucoup de travail, l'aboutissement d'une longue série de concertations qui se sont étalées sur plusieurs mois et qui ont débouché sur un document en dix points.

De gauche à droite : Melhem Ryéché, Samir Geagea, Michel Aoun et Ibrahim Kanaan.

 

Ibrahim Kanaan, il y a un an, a souligné l'importance d'un accord sur la déclaration d'intentions signée avec le parti des Forces libanaises et a comme prophétisé ce miracle d’aujourd’hui en disant : « Nous avons décidé de transformer l'impossible en possible, de passer de l'ombre à la lumière. » Et revenant sur le passé des chrétiens dans la région, il a ainsi souligné qu'« il y a cent ans, ils ont voulu faire de nous un souvenir (…). Nous avons une nouvelle fois prouvé que nous faisons partie de ceux qui ressuscitent. »

Michel Aoun, a commenté avant sa conférence de presse d'hier : « La rencontre de Maarab est excessivement importante pour les chrétiens. Elle est même plus importante que la présidence de la République. J'ai senti à quel point le patriarche (maronite, Mgr Béchara) Raï en était ravi. »

La prochaine séance pour la présidentielle, est prévue le 8 février. Que cette 35ème séance soit la bonne ! 

Inchallah !

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1 Commentaire

  1. PETER

    Merci de nous partager cette lueur d'espérance venue du Levant. Cette réconciliation apparaît effectivement comme un miracle vu la violence qui a divisé les deux camps pendants des années – pendant et après la guerre civile… Je ne peux oublier le quartier de notre Points-Coeur à Nabaa au Sud Est de Beyrouth qui avait été le théâtre d'affrontements meurtriers entre chrétiens en 1990 ou 91… des années après les murs étaient encore troués et surtout les mémoires meurtries. Oui, espérons qu'une réonciliation se réalise, acte de pardon réciproque pour un bien plus grand, celui du Pays et de la région toute entière pour qui aucun autre chemin valable ne se présente. Tant de fois au Moyen Orient les chrétiens ont été des témoins (martyrs !) du pardon comme en témoignait la petite Mariam de Qarqoush (http://terredecompassion.com/2015/04/08/miriam-ou-la-grace-de-lorient/)