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Les enjeux compliqués de la rencontre entre le Pape François et le Patriarche Cyrille : la situation de l’Église Grecque Catholique d’Ukraine

La rencontre des deux patriarches à La Havane, le 12 février prochain, est assurément déjà un événement majeur dans l’histoire des relations entre l’Église Catholique et l’Église Orthodoxe. L’enthousiasme qu’elle suscite ne peut cependant faire oublier la situation extrêmement complexe qui l’entoure. Parmi les principaux enjeux œcuméniques se trouve l’incontournable existence de l’Église Grecque Catholique d’Ukraine qui sera sûrement évoquée par le Pape François et le Patriarche Cyrille.

Comme le souligne Georges Weigel dans une tribune récente, cette rencontre est paradoxalement à la fois un big deal et devrait être une habitude depuis longtemps. « C’est un big deal, parce que l’évêque de Rome n’a jamais rencontré le chef de l’Orthodoxie russe. Et pourtant, cette première rencontre aurait dû avoir lieu depuis longtemps. Cela devrait même être devenu une sorte de routine : des échanges de vues importants et réguliers à propos de questions d’intérêt mutuel, comme ceux que le Pape peut avoir avec les autres responsables chrétiens ».

Pourquoi a-t-il donc fallu attendre si longtemps ? Et pourquoi faut-il tant de précautions, comme par exemple, celle de se rencontrer sur un terrain neutre aussi improbable que celui de l’aéroport de La Havane ? « C’est une histoire compliquée » continue Weigel, que celle des relations entre le Siège Apostolique et le Patriarcat de Moscou, « une histoire pleine de nobles intentions, de naïveté, de malice et de basses logiques politiciennes. Comprendre pourquoi cette rencontre a été si difficile à organiser est crucial pour comprendre tout ce qu’implique l’événement du 12 février prochain et ce qui en découle :

  • pour le Pape François et sa relation tant avec le monde orthodoxe qu’avec les Églises catholiques orientale (byzantines par rite et gouvernance, mais en pleine communion avec Rome) ;
  • pour le Patriarche Cyrille et sa relation, tant avec Vladimir Poutine qu’avec le reste du monde orthodoxe ;
  • pour l’Ukraine ;
  • pour l’avenir du dialogue entre le Catholicisme et l’Orthodoxie ;
  • et bien sûr pour la Russie elle-même ».

L’histoire mouvementée des relations de l’Église orthodoxe russe avec le pouvoir

Dans sa tribune, le fameux biographe de Jean-Paul II commence par rappeler les différentes étapes significatives de la situation des orthodoxes en Russie, à partir de la Révolution de 1917. Après une période sanglante de recherche d’extermination systématique commencée sous Lénine, l’invasion allemande de juin 1941 va provoquer un changement d’attitude des soviétiques. L’Église russe orthodoxe entre alors dans une période trouble marquée par le droit d’exister mais aussi par sa compromission avec le pouvoir.

Le début de la « Grande Guerre Patriotique » contre l’armée allemande pousse en effet Staline à rechercher toutes les « ressources possibles d’un patriotisme russe traditionnel » et donc à ressusciter « l’Église russe orthodoxe sous les décombres communistes ». Cet effort de ralliement a cependant un prix et, « en échange du rétablissement d’un cadre politique culturel qui avait prévalu sous le régime tsariste, l’autorité de l’Orthodoxie russe d’après guerre devint un adjoint du régime soviétique ».

À partir de ce moment, les choses se compliquent grandement. En effet, « une des premières choses que l’autorité de l’Orthodoxie russe fit dans la période de l’immédiate après guerre fut de travailler étroitement avec le NKVD, la police secrète sous Staline, pour mettre en œuvre un pseudo "concile" de l’Église, le Sobor de Lviv de 1946, en Ukraine soviétique. Au cours de ce "concile"’, la plus importante des Églises catholiques orientales, l’Église Grecque Catholique Ukrainienne [UGCC : Ukrainian Greek Catholic Church], "abrogea" (le canon sur la tempe) l’Union de Brest de 1596, qui avait à l’époque restauré une pleine communion avec Rome. L’UGCC fut ainsi "réunifiée" avec l’Orthodoxie russe. Les évêques de l’UGCC et ceux de son clergé qui refusèrent d’accepter cette réunification avec Moscou furent assassinés ou envoyés au Goulag, où la majorité d’entre eux mourut. Les institutions de l’UGCC (qui avaient été le dépôt de l’identité et de l’aspiration nationales de l’Ukraine) ont alors été détruites ou détournées au profit de l’Orthodoxie russe ; et pour les presque cinq décades suivantes, l’UGCC fut la plus grande institution religieuse des catacombes dans le monde, célébrant des services religieux dans les forêts, formant ses prêtres clandestinement ».

Jean XXIII, Paul VI : une nouvelle ère des relations du Saint Siège avec Moscou et les trois principes directeurs de la diplomatie vaticane

Le bon Pape Jean pour commencer, puis Paul VI vont mettre fin à « la rhétorique anti-communiste qui avait caractérisé les interventions du Vatican sous les pontificats de Pie XI et de Pie XII ». Des relations étroites peuvent ainsi s’établir avec l’Église orthodoxe russe et le Siège apostolique, permettant notamment à des observateurs russes orthodoxes de participer au Concile Vatican II.

Weigel note cependant que, par ce biais, le KGB chercha alors de plus en plus systématiquement, et donc aussi avec de plus en plus de succès, à infiltrer le Vatican. Par ailleurs, dans le sillage œcuménique du Concile, le Conseil Pontifical pour l’Unité des Chrétiens adopta une ligne de conduite fondée sur trois principes [default positions] :

  • « la clé de l’unité des chrétiens se trouve dans les relations entre le Catholicisme et l’Orthodoxie ;
  • la clé du monde orthodoxe se trouve dans l’Orthodoxie russe ;
  • et donc tout doit mis en œuvre pour maintenir des relations cordiales avec le Patriarche de Moscou ».

Et Weigel d’ajouter que « ces trois principes sont encore en œuvre aujourd’hui », malgré une parenthèse marquée par le pontificat de Jean-Paul II et son attention pour l’Église Grecque Catholique, martyre des soviétiques et chantre exceptionnel de la liberté religieuse.

Cette parenthèse est aujourd’hui refermée. « Ainsi, alors que le Pape François assure les évêques de l’Église Grecque Catholique d’Ukraine de son soutien pour leur indépendance et de son admiration pour leur rôle vital dans la construction de la société civile en Ukraine, le Conseil Pontifical pour l’Unité des Chrétien et la Secrétairerie d’État du Vatican semblent trop souvent regarder l’UGCC comme un facteur compliquant les relations entre les Catholiques et les Orthodoxes russes ».

Et en effet, « la simple existence, mais aussi la vitalité religieuse et institutionnelle de l’Église Grecque Catholique d’Ukraine, sont un rappel vivant de l’imposture du Sobor de Lviv de 1946 et de la complicité de l’Orthodoxie russe dans cet acte de répression. Et ce rappel "complique" les relations du Vatican avec l’autorité de l’Orthodoxie russe qui continue d’insister, souvent même de façon agressive, sur le fait que ce qui a eu lieu en 1946 fut le retour d’une Église volage dans le sein Orthodoxe ».

Par ailleurs, dans la situation politique récente, « l’UGCC, qui a travaillé en coopération avec de nombreuses juridictions orthodoxes en Ukraine depuis la révolution de Maïdan en 2013-2014, défie la prétention du patriarcat de Moscou d’être la seule expression légitime de la Chrétienté dans le monde russe, le russkii mir ».

Quelques enjeux de la rencontre du 12 février

Weigel toujours explique ainsi que « la situation historique que le Pape François affronte, vieille de plus de quatre siècles, comme les points actuels de tension dans les relations entre le Vatican et le Patriarcat de Moscou sont compliqués à l’extrême ».

Si les enjeux de cette rencontre pour le Saint Père ne pourront manquer d’évoquer la situation de l’Église Catholique en Russie, et en Crimée particulièrement, où elle est tout simplement menacée d’extinction, la principale difficulté touchera bien sûr d’une part aux relations qu’entretiennent encore l’Église orthodoxe russe et le pouvoir, et d’autre part à la situation de l’Église Grecque Catholique d’Ukraine. François est en effet conscient que « si le communiqué, qu’il va signer avec Cyrille à la Havane, devait inclure quoique ce soit qui puisse être interprété comme une reconnaissance de la prétention russe quant à la légitimité du Sobor de Lviv de 1946 (ce qui signifierait l’illégitimité de l’actuelle UGCC), la plus importante des Églises orientales catholiques en sera très profondément offensée, et sa capacité à maintenir son indépendance en Ukraine en sera amoindrie, au moment où, dans l’histoire mouvementée de l’Ukraine contemporaine, le Président Petro Proshenko pourrait être tenté, une fois de plus, de presser la mise en place d’une juridiction unique de l’Orthodoxie ukrainienne, comme d’une sorte d’Église nationale ».

De l’autre côté, si le Patriarche Cyrille semble venir à cette rencontre dans une certaine position de faiblesse, due notamment à une tragique baisse de la pratique religieuse en Russie, l’attitude de la diplomatie vaticane, combinée aux objectifs de collaboration en faveur des chrétiens du Moyen Orient fixés par le Patriarcat, facilitent visiblement sa tâche. Par ailleurs, comme le pense Weigel, « il est quasiment certain que Cyrille est beaucoup plus intéressé par le très prochain "grand et saint concile" du monde orthodoxe (qui doit se réunir en Crête en juin prochain), et donc par le renforcement de sa position dans le monde orthodoxe. […] La rencontre avec François va l’aider à établir le fait de son leadership. Ayant obtenu de rencontrer le Pape dans un lieu de son choix, il va apparaître, de facto, comme le primus inter pares de l’Orthodoxie ».

Cette analyse des enjeux nous aide en tout cas à comprendre que si, à l’instar de l’archevêque majeur Sviatoslav Shevchuk, actuel chef de l’Église Grecque Catholique d’Ukraine, et de l’évêque Borys Gudziak, responsable du département des affaires extérieures de l’UGCC, nos amis ukrainiens se réjouissent d’une telle rencontre entre François et Cyrille, ils vont cependant en suivre le déroulement et tout ce qui en sortira avec une très grande attention. Comme chacun de nous.

Pour lire l’analyse complète de Georges Weigel, voir la source (en anglais) : National Reviview 
[trad. VB]
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13 Commentaires

  1. Thibault

    merci pour cet article fort interressant. On en ressort avec un certain malaise. Tout semble politique, surtout du côté orthodoxe, mais aussi du côté latin… Il semble que même dans la tête du Pape il faille aller jusqu'à se demander s'il faut lâcher des catholiques qui furent fidèles jusqu'au martyrs? Est-ce raisonnable de penser que l'Eglise pense ainsi? J'ai du mal à y croire. Et puis du côté orthodoxe, y a-t-il des raisons spirituelles de se rapprocher de l'Eglise Catholique? 

    1. Vincent
      Vincent

      Cher Thibault,

      Merci pour ta réaction et ta franchise. C'est vrai que cet article présente la rencontre sous un jour très politique. A vrai dire, tu iras voir l'original de Weigel et tu verras que c'est encore plus fort chez lui… Mais, c'est bien la situation de nos amis greco-catholiques d'Ukraine. Il était difficile de ne pas en parler. C'est une vraie souffrance pour nos amis, et une vraie souffrance pour toute l'Eglise. Et cela montre à quel point le chemin de l'unité n'est pas une chose simple. Quant au pape François, je crois qu'il faudrait creuser un peu avant d'affirmer qu'il a une conception de l'unité différente de ses prédécesseurs. Je crois pour ma part qu'il les suit plutôt. Et s'il peut aujourd'hui rencontrer le patriarche ce n'est pas parce qu'il est argentin et que JPII était polonais! C'est très réducteur d'affirmer cela! La rencontre des deux patriarche devient possible en raison d'un travail acharné de la part du Saint Siège depuis des décennies. JPII avait notamment envoyé le père Werenfried en émissaire auprès du patriarcat de Moscou, lui demandant d'aider autant l'Eglise latine que l'Eglise Orthodoxe. Il a, par ailleurs reçu personnellement des envoyés du patriarcat de Moscou. Bref, c'est le fruit d'un long travail. 

      Pour Bruno Anel, sachez que le terme "uniatisme" fréquemment utilisé est très péjoratif pour ceux qu'il désigne.

      1. Bruno ANEL
        Bruno ANEL

        Vincent, le terme "uniatisme" n'a rien de péjoratif : il est trés mal perçu par les orthodoxes ce qui est différent. Jean-Paul II l'emploie en 1993 pour désigner une attitude historique de l'Eglise catholique qui n'est plus d'actualité.

        1. Petro

          « Le terme Uniate est utilisé par certains pour désigner ces Églises orientales unies à Rome, mais nous ne l'utilisons jamais parce que d'autres en font un qualificatif désobligeant, voire injurieux. » – Le Pape en Ukraine : Dieu pourra-t-il écrire droit avec des lignes courbes ?  – Entraide d’Églises (Réseau M.O.I.S.E.), juin 2001

          Bref, c'est un terme courament utilisé, souvent de manière neutre par de nombreux catholiques, y compris en théologie, mais qui blesse les grecos-catholiques parce que les orthodoxe, mais aussi beaucoup de latins qui voyaient en eux des catholiques douteux, l'utilisaient de manière désobligeante, voir injurieuse.

  2. Bruno Anel
    Bruno Anel

    Le pape François semble avoir de l'oecuménisme une conception différente de ses prédécésseurs. Jean-Paul II, pour des raisons liées à son origine polonaise et aux circonstances liées à la fin de l'URSS, a favorisé l'uniatisme et l'extension catholique vers l'est européen, au risque de mécontenter le patriarcat de Moscou.. Benoît XVI avait adopté une attitude plus circonspecte mais avait curieusement renoncé à son titre de "Patriarche d'Occident" pourtant apprécié par les orthodoxes pour qui, précisément, la juridiction de l' évêque de Rome ne concerne que l'Occident. Pour François, l'uniatisme ne semble plus à l'ordre du jour. Son utilisation fréquente du simple titre d' "évêque de Rome" semble indiquer que la question de la primauté est moins importante pour lui que l'union dans la charité mutuelle pouvant déboucher sur une communion véritable. L'approche du protestantisme est beaucoup plus délicate , mais sa décision de s'associer à la commémoration du 500e anniversaire de la Réforme va dans le même sens.

  3. Antoine Rigalleau

    Serait-ce naïf de simplement se réjouir de cette rencontre et de rendre grâce ?

    Evidemment la lecture politique a son poids mais même si elle est faite par le biographe de Jean-Paul II, elle reste politique.

    "Le voyage de 1000 lieues commence par un seul pas". Devra-t-on encore analyser combien ce pas est périlleux, risqué, maladroit ? Ou bien encourager, prier, rendre grâce, inviter à la confiance ? Après 1000 ans de gel, malgrés quelques échauffements ces dernières années, il est normal que les membres soient un peu crispés !

    Désolé je ne vois pas le lien entre cette lecture géopolitique et l'approche de ce que veut être Terre de compassion (ou en tous cas de ce que j'en ai compris).

    PS : A quand un pas diplomatique entre Vincent et Bruno 😉 ? car ce gel-là aussi m'échauffe…

    1. sic transit gloria mundi

      Bonsoir Antoine,

      Je me permets de vous recopier ci-dessous un court passage du paragraphe présentant le blog (onglet "à propos"):

      "C’est donc tout naturellement que nous avons senti le besoin d’élargir cette expérience en nous éduquant à regarder toute la réalité. Nous avons appris à ne pas restreindre ce que nous avions compris de la compassion à telle ou telle activité circonstancielle (les bidonvilles, les artistes, etc.). Bien plutôt, cette expérience nous a encouragé à  partager notre regard sur l’actualité."

      Ce brillant compte-rendu révèle l'une des facettes de la rencontre de ce jour entre le chef de l'Eglise catholique et le chef de l'Eglise Orthodoxe. Perso, j'ai trouvé ça instructif et ça va pas m'empêcher de rendre grâce avant et après

    2. Denis Cardinaux
      Denis Cardinaux

      Bonsoir Antoine, merci pour le commentaire. Il est certain que l'approche de Weigel est très politique et que cela représente certaines limites avec le risque éventuel de réduire la vie de l'Eglise à des luttes de cet ordre. Je t'accorde encore un point : il n'est pas naïf ni déplacé de se réjouir et de prier.

      Cependant, je ne comprends pas bien ta critique sur la place d'un tel article sur tdc. Les éléments qui te paraissent politiques et calculateurs informent la vie quotidienne de millions d'ukrainiens. Pour eux c'est de la real-politique. A aimer un peuple, nous faisons nôtres ses questions, et nous tentons de prendre la mesure de son drame vécu et de sa Croix. 

      Ainsi, le fait de se réjouir de la rencontre, n'empêche pas d'essayer de comprendre pourquoi elle a une importance capitale et quels sont les enjeux qui l'encadrent. L'article a le mérite de nous en dire un peu plus que beaucoup d'analyses dans les médias : "Du jamais vu !" ou "Encore un coup de Poutine". De plus, tenter de percevoir la lourde responsabilité qui repose sur les épaules du pape comme sur celles du patriarche Cyrille est pour moi une invitation à vivre la compassion et à prier d'avantage pour eux. 

      En Ukraine, d'où j'écris actuellement, nos amis sont très attentifs, comme le souligne l'article. La blessure est profonde et les réactions parfois fortes, mais il y a de grandes âmes qui regardent avec beaucoup d'espoir. Hier quelqu'un me disait : « tout ces évènements sont surprenant et nous n'attendons pas de miracles, mais il ne faut pas oublier un critère : Dieu » (rappelle-toi qu'ils sont en guerre depuis longtemps et que le Patriarcat de Moscou a pris des positions fortes au moment de l'anexion de la Crimée). 

      Il faudrait ajouter à l'article cet élément pour comprendre : l'espoir partagé par tous les ukrainiens que le patriarcat orthodoxe de Kiev soit reconnu en tant que tel (pour l'instant, ce n'est pas le cas), ce qui résoudrait bien des questions diplomatiques avec celui de Moscou. En effet, les évènements de Maïdan ont créé un sentiment de profonde unité entre les chrétiens ukrainiens (les grécos-catholiques, le patriarcat autocéphale (datant du communisme), et celui de Kiev entretiennent de très bonnes relations, les gens qui se reconnaissent du patriacat de Moscou sont respectés et aimés, car ils se sentent ukrainiens et que les ukrainiens ne sont pas anti-russes, mais le contexte de la guerre suscite beaucoup d'incompréhensions). Bref, je ne suis pas spécialiste et peut encore moins présumer des voies de la Providence, mais je prie car un tel évènement serait une solution inouïe et ouvrirait des voies pour l'unité à une échelle bien plus grande. Car c'est la vocation de l'Ukraine que de porter ce mystère de division et d'unité et d'être un pont entre l'orient et l'occident.

      Les ukrainiens sont si beaux et si grand qu'ils vaut bien la peine de faire cet effort pour éviter les "bonnes intentions" trop faciles qui sont souvent l'expression d'une ignorance ou d'un oubli des personnes réelles qui vivent une histoire réelle. Vrai, l'article est politique, et propose une vision, qui a première lecture parait très acerbe, mais il nous donne un peu plus accés à la blessure cachée derrière cette rencontre. Or on ne comprend le remède que si on essaye de prendre la mesure de la blessure.

      Cher Antoine, je n'ai pas non plus la prétention de tout comprendre à la compassion, ni à l'unité des chrétiens, ni à l'Ukraine, mais voilà les rélfexions que je voulais te partager. Au plaisir de te lire ! 

      1. Rigalleau Antoine

        Cher Denis,

        C'est effectivement la lecture aridemment politique que je pointais du doigt. Pour un peu j'ai cru m'être égaré sur le site de Sandro Magister…

        Or si effectivement la blessure de la division doit être montrée dans ses boursouflures et ses chairs pourries, sans occulter aucun recoin (sous peine de rechute), il est bon aussi de mettre ce baume de la miséricorde dans cette plaie béante. C'est bien là pour moi le sens de ce blog.

        Et ce baume, ce "quelque chose comme du miel" est là quand tu parles de cette personne rencontrée qui te dit "tout de même il ne fut pas oublier un critère : Dieu". C'est large, ça sent bon, on respire !

        Amitiés

         

  4. thibault

    Est-ce dépassé que d'espérer l'unité de l'Eglise ? C'est-à-dire de retour à l'unité d'une seule Eglise? "Uniatisme" est un terme péjoratif semble-t-il mais ce qui s'est passé dans le passé fut un acte de foi dans l'Eglise qui a été confié à Pierre. L'unité passe par la reconnaissance de la place de Pierre au sein des Apôtres, comme leur chef, celui sur lequel le Seigneur construit son Eglise et par lequel il confirme ses frères dans la foi. Quand à savoir comment s'exerce le ministère de Pierre, espérons que François et Cyrille en parleront pour trouver une solution qui respecte le dogme catholique (notamment de Vatican I) et les Eglises orthodoxes, leur forme canonique particulière. Ces dernières auraient tout à gagner de retrouver l'unité tant l'unité entre elles semble difficile, justement parce qu'il n'y a pas de centre d'unité effective, objective comme le Pape pour l'Eglise catholique.

    1. Bruno ANEL
      Bruno ANEL

      "L'unité passe par la reconnaissance de la place de Pierre au sein des apôtres", écrit Thibault. Le problème, c'est que c'est là un point de vue…catholique, même s'il a quelques fondements scripturaires. Je connais un peu les coptes d'Egypte: ils considèrent qu'Alexandrie est l'un des cinq patriarcats fondateurs avec Jérusalem, Antioche, Rome et Constantinople. Leur patriarche est dans la succession directe de St Marc.  Pour eux, on peut discuter entre patriarches, d'Orient et d'Occident, d'égal à égal, de tout sauf de "primauté". L'unité de l'Eglise n'est-elle pas affaire de charité plus que de juridiction ?