Home > Politique > Le Christ fascine de plus en plus de personnes au Moyen-Orient où Il prépare une nuée de témoins

Le Christ fascine de plus en plus de personnes au Moyen-Orient où Il prépare une nuée de témoins

Marc Fromager est le directeur de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) dont la mission est de dénoncer les persécutions visant les chrétiens dans le monde entier mais aussi d’accompagner les réfugiés chrétiens et de soutenir les besoins pastoraux de l’Eglise dans 150 pays. L’AED soutient activement près de 6000 projets par an, grâce à la générosité de ses donateurs. En 2015, ce sont plus de 36 millions d'euros qui auront été collectés en France.

En septembre dernier, à l’occasion d’un voyage en Syrie, il signe une tribune dans le Figaro, dans laquelle il affirme sans détour la responsabilité de la péninsule arabique dans la guerre en Syrie. Il réaffirme et développe son point de vue quelques semaines plus tard en publiant un livre particulièrement éclairant : Guerre, pétrole et radicalisme. Les chrétiens d’Orient pris en étau (éditions Salvator, 2015)

Marc Fromager, êtes-vous retourné en Syrie ou au Moyen Orient ces dernières semaines ? La nouvelle donne politique – la fin du blocus iranien – influence-t-elle déjà la situation sur le terrain ?

Effectivement, je suis récemment retourné dans cette région où je me rends régulièrement. Mes derniers déplacements au Moyen-Orient ont été au Liban, au Qatar et au Bahreïn. La fin du blocus iranien a évidemment un impact important dans le sens où cela ne fait qu’augmenter la tension entre ce pays et l’Arabie Saoudite qui sont en lutte pour une certaine hégémonie. Ce revirement stratégique américain s’opère au même moment où les iraniens bénéficient sur le dossier syrien de l’appui russe. L’Iran gagne donc sur tous les tableaux, ce qui déplait forcément non seulement à l’Arabie Saoudite et au Qatar mais aussi à l’ensemble des sunnites de la région. 

La levée récente du blocus iranien sonne-t-elle la fin de la domination sunnite dans la région, et donc aussi de l’Etat Islamique ?

La fin du blocus signe incontestablement le retour de l’Iran sur le devant de la scène et bouleverse de fait le rapport de forces entre sunnites et chiites, sans l’inverser pour autant. Cette nouvelle donne va renforcer l’Iran et donc accroître la pression sur l’Etat islamique puisque les seuls à réellement se battre contre ces djihadistes étaient l’armée syrienne, les kurdes et les iraniens dont leurs supplétifs du Hezbollah. 

Néanmoins, il n’y a pas que l’Etat islamique. Il faut également compter avec la population sunnite du Moyen-Orient et on sait par exemple que le nord-ouest irakien, essentiellement sunnite, a largement soutenu l’Etat islamique. Il ne suffira donc pas d’affaiblir militairement ce monstre mais de trouver une solution politique pour garantir aux sunnites irakiens un partage du pouvoir dans leur pays, pouvoir manifestement confisqué par les chiites grâce au brillant bilan de l’intervention américaine. Dans l’actuelle tension qui oppose les sunnites et les chiites, on ne voit malheureusement pas qui réussirait à formuler et faire appliquer une solution politique qui conviendrait à tous.

Dans votre livre, nous avons été frappés par la souffrance des populations et par le cynisme mercantile des diplomaties occidentales, dont la France. Face à cela, les chrétiens d’Irak ou de Syrie, rayonnent d’une foi toujours plus affirmée. D’où vient leur force ?

Il nous faut toujours distinguer les décisions politiques d’un gouvernement à un instant donné et le peuple de ce même pays. Que la France ait pris, dès le début du conflit syrien, fait et cause pour la stratégie de la péninsule arabique consistant à soutenir la rébellion en vue de faire tomber le régime syrien, on peut en effet le regretter. Outre les destructions massives et les souffrances ainsi imposées de l’extérieur à un peuple qui n’en demandant pas tant, il faut voir que c’est notre propre sécurité nationale qui est également mise en péril par cette ineptie. La destruction de la Syrie a contribué à créer une matrice djihadiste d’où est sorti l’Etat islamique qui aujourd’hui nous menace à notre tour. On peut difficilement imaginer que les mercenaires français partis se battre là-bas ne continueront pas leur combat une fois rentrés chez nous. Nous avons ainsi nous-mêmes provoqué les conditions de notre propre insécurité.

Concernant les chrétiens d’Irak et de Syrie, la plupart n’ont effectivement pas la possibilité de fuir mais ils avaient toujours la possibilité de se convertir à l’islam. C’est ce que l’Etat islamique leur a proposé. Or, à ma connaissance, tous ont préféré partir en perdant tout plutôt que de renier le Christ. C’est le témoignage que nous donnent aujourd’hui nos frères chrétiens d’Orient.

Avec l’AED, vous êtes une voix particulièrement écoutée de la souffrance des communautés chrétiennes, et vous parlez de leur vocation essentielle au milieu des populations musulmanes. Peut-il y avoir la paix au Moyen Orient sans les chrétiens ?

A court terme, on ne voit pas les conditions d’une paix éventuelle se mettre en place. Les chrétiens ne sont plus assez nombreux pour réellement peser dans cet affrontement hystérique qui déchire dorénavant les sunnites et les chiites. Faudra-t-il attendre un écœurement généralisé face à nombre trop important de souffrances pour enfin imaginer d’autres solutions que la violence? Nous n’en sommes visiblement pas encore là. Concernant le Liban, même si les chrétiens sont divisés, on peut difficilement leur imputer toute la responsabilité de l’absence de président dans ce pays alors que ce territoire demeure le terrain de jeu d’un ensemble de puissances étrangères, à commencer par l’Arabie Saoudite et l’Iran qui y poursuivent méthodiquement la guerre froide qui les oppose.

Vous pointez la responsabilité du morcellement chrétien au Moyen Orient. La récente entente des frères ennemis libanais montre que le désir de l’unité est très fort. Peut-on rêver de voir émerger des solutions pacifiques qui s’inspireraient de ce modèle ailleurs au Moyen Orient ? 

Il est évident que le Liban demeurait – et le demeure sans doute encore – une exception dans cette région mais il faut se demander d’où venait cette exception. Or, celle-ci provenait justement du fait que c’était un pays majoritairement chrétien, dans une région majoritairement musulmane. On voit difficilement dans ces conditions comment l’exemple libanais pourrait être appliqué dans les autres pays du Moyen-Orient, d’autant plus que la tendance lourde de notre époque est malheureusement de séparer les communautés, séparer les arabes des kurdes, séparer les sunnites des chiites, etc… Bien entendu que la seule solution pour le Moyen-Orient serait d’entendre et de mettre en pratique le message du Liban qui est une invitation expérimentalement vérifiée de la possibilité du vivre ensemble, mais ce message semble bien faible aujourd’hui.

Dans votre livre vous dites que les chrétiens du Moyen Orient ont un rôle à jouer auprès de leurs frères d’Occident. Avez-vous le sentiment que leur voix est de plus en plus écoutée en Occident ?

La férocité de leurs souffrances a amplifié leur voix et nous savons maintenant à quel point leur situation est tout simplement terrible. Hormis quelques professionnels du dialogue islamo-chrétien, visiblement intoxiqués par l’idéologie de leur propre soumission volontaire, les français en général et les catholiques plus particulièrement ont bien pris conscience du danger que représente aujourd’hui l’islam radical. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas dialoguer mais ce dialogue ne peut plus s’exercer sur un déni permanent de la réalité. Or, la réalité objective et factuelle, c’est que nous assistons à une radicalisation de l’islam qui a tendance à se répandre et qui se manifeste de plus en plus par des métastases violentes. Certains évoquent même la possibilité d’une implosion de l’islam si cette religion ne parvenait pas à produire des anticorps suffisants pour se guérir de cette fuite en avant radicale.

En conclusion de votre livre vous donnez des raisons d’espérer, comme l’augmentation exponentielle de la population chrétienne sur la péninsule arabique (+ 1500 %), ainsi que ce que vous appelez le verrou égyptien. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Il y a en effet de plus en plus de chrétiens dans la péninsule arabique mais ils sont tous étrangers et leur présence est nécessairement provisoire. Il faut donc nuancer l’enthousiasme que cette réalité pourrait soulever. Concernant l’Egypte, le pays se trouve à la croisée des chemins et les frères musulmans n’ont pas reconnu leur défaite. Que ce soit dans la péninsule du Sinaï ou à l’ouest dans le sud libyen, l’Etat islamique maintient la pression et cherche à se saisir de l’Egypte. Si cela se produisait, il y aurait une continuité territoriale entre les groupes islamistes de la bande sahélo-saharienne et ceux de l’Asie centrale. La situation deviendrait extrêmement périlleuse. 

Une des raisons d’espérer réside dans la redistribution des cartes qu’a opéré l’intervention russe en Syrie et qui permet d’imaginer que ce pays sera peut-être sauvé du projet initial de sa fragmentation qui aurait entraîné une implosion du Moyen-Orient. L’autre raison d’espérer, c’est le nombre considérable de conversions de musulmans au christianisme, malgré le danger que cela représente pour eux. Le Christ fascine de plus en plus de personnes au Moyen-Orient où Il prépare une nuée de témoins.

Propos recueillis par Vincent Billot pour Terre de Compassion

 

Site de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) : http://www.aed-france.org


Acheter le dernier livre de Marc Fromager

Vous aimerez aussi
« Chrétiens d’Orient », exposition à l’Institut du monde arabe
Le terroriste
En Syrie, les pierres crieront
« L’art c’est l’espérance et l’affection qui parfume les douleurs des hommes »

1 Commentaire

  1. David Bailly

    Merci Vincent pour cet éclairage très intéressant sur la situation au Moyen-Orient.

    Serait-il possible d'en savoir plus sur ces conversions évoquées en fin d'article ?