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Conflit au Moyen Orient, l’exemple du Liban

C’est depuis Bruxelles que le Patriarche libanais des Maronites, Mar Béchara Boutros el Raï, a rappelé à la Communauté Européenne la souffrance des chrétiens, conséquence du conflit irano-saoudien. Selon lui, le “Printemps árabe” qui secoue toute la région du Moyen-Orient depuis des années menace le monde entier s’il n’est pas résolu. Extraits de son intervention du 27 avril 2016.

Les chrétiens, garants d’un islam modéré

« La crise que vit la région du Moyen-Orient a des conséquences directes non seulement sur les chrétiens mais aussi sur le Bassin Méditerranéen ainsi que sur l'Europe… […]

C'est dans cette région où Dieu a envoyé son Fils afin d'accomplir le salut de tous les hommes. Ainsi le christianisme est devenu rapidement un élément essentiel de sa culture. […] Malheureusement, les chrétiens et les autres populations de cette terre bénie expérimentent de manière dramatique les plus durs des conflits et des guerres. La montée du fondamentalisme islamiste et la croissance des organisations terroristes risquent de faire disparaître la modération musulmane que les chrétiens et les musulmans de cette région ont construite patiemment durant 1400 ans de vie en commun. Les chrétiens sont les garants de cette modération […] 

La présence chrétienne au sein de ce monde musulman est une nécessité vitale pour son milieu et pour l'humanité. Car chrétiens et musulmans échangent réciproquement leurs propres valeurs spirituelles, culturelles, morales et sociales, formant ainsi une identité commune dans chacun de leurs pays.

C'est pourquoi, nous insistons pour que les conflits et les guerres s'arrêtent, que des solutions politiques soient trouvées et que tous les déplacés et réfugiés palestiniens, irakiens et syriens rentrent dans leurs propres pays, pour préserver leurs propres identités. Il ne faut absolument pas céder cette terre aux fondamentalistes et la laisser champ ouvert aux organisations terroristes. Ceci menacerait la paix dans le monde. Nous faisons appel à la Communauté Européenne d'exercer son influence auprès des membres du Conseil de Sécurité, pour garantir le retour des déplacés dans leurs pays d'origine. » […]

Chrétiens et musulmans : l'exemple du Liban

« Nul n'ignore quelles pertes ont dû subir les chrétiens : la mort, l'expulsion, la migration massive, la destruction de leurs églises, de leurs monastères et de leurs maisons. Mais la perte la plus importante est la réduction de leur influence sur leurs sociétés et sur les cultures locales, suite aux conflits et aux guerres.

Les chrétiens ont toujours été les promoteurs de la convivialité pluraliste, de l'ouverture sur l'autre différent, des libertés, de la valeur de la personne humaine, des droits fondamentaux et inaliénables de tout être humain. Ceci grâce à la culture chrétienne bimillénaire enracinée dans la région. C'est pourquoi, ils ont été les pionniers de la Renaissance culturelle Arabe, et de l'arabité comme civilisation humaine et sociale. Car l'arabe ne veut pas dire l'Islam, et parler l'arabe n'est pas être musulman.

Le Liban a joué un rôle déterminant à ce niveau et il est appelé aujourd'hui plus que jamais à le développer. En effet, il est le seul pays du monde arabe qui sépare entre Religion et Etat. Il applique le système démocratique, reconnaît l'égalité entre chrétiens et musulmans sur la base de la citoyenneté, et se distingue par avoir un Président Chrétien Maronite en vertu du Pacte National de 1943. En cette qualité il est le point de mire des chrétiens du Moyen-Orient et des musulmans et tout. […]

Le Liban constitue un modèle dans ce sens. Il sépare entre Religion et Etat, mais il respecte chaque religion et communauté confessionnelle dans son identité et son patrimoine doctrinal. L'Etat libanais ne légifère rien qui soit contre la religion et la loi divine tant révélée que naturelle. Sur la base de cette séparation est greffée l'égalité entre les chrétiens et les musulmans du Liban. Cette égalité ne se trouve pas, en son essence, dans les autres Etats de la région lesquels adoptent le système politique religieux, où la Religion de l'Etat est l'Islam et le Coran est la source de la législation. D'où l'inégalité entre chrétiens et musulmans au niveau des droits de citoyenneté dans ces pays. » […] 

Le véritable conflit se situe entre les sunnites et les chiites

« La Communauté Internationale et le Parlement Européen sont sollicités d'user de tous les moyens pour : […] Agir sérieusement et diligemment en vue d'une réconciliation politique entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, afin de faciliter la réconciliation entre les Sunnites et les Chiites dans chacun des pays du Moyen-Orient. 

Il est clair que l'origine des conflits et des guerres, qui secouent la région, réside dans le conflit entre l'Arabie Saoudite et l'Iran. Ces deux puissances régionales ont chacune ses propres intérêts confessionnels, politiques, économiques et stratégiques. Il est connu que chacune est soutenue par ses propres alliés d'Orient et d'Occident.

Nous au Liban, nous subissons les retombées de ce conflit. En effet, le conflit politique entre les Sunnites et les Chiites cause la vacance du siège présidentiel depuis deux ans. Quelle paralysie au niveau des Institutions constitutionnelles et publiques de l'Etat libanais sans Chef ! Et quelle anarchie à tous les niveaux ! »

Une invitation faite à l’islam

Le patriarche a terminé son discours en appelant l’Islam à :

  • « se libérer du fondamentalisme, qui est le retour à la lettre de la " Charia " c'est-à-dire la lettre qui dépasse l'enseignement du Coran. Car, comme dit Saint Paul : " La lettre tue et l'esprit vivifie " (2cor 3 : 6). »
  • « A adopter la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et l'appliquer pour garantir le bien de tous les citoyens des pays sans distinction de race et de religion, et le respect de toute personne humaine. »

Source : fr.annahar.com

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1 Commentaire

  1. Clement Imbert

    Merci beaucoup pour cet article qui nous permet de remonter d'un niveau le débat, ce que les infos abondantes sur cette région du monde peinent (ou rechignent) à montrer. Il y a certainement des intérêts économiques, énergétiques, éventuellement quelques considérations humanistes, mais il y a surtout le grand conflit de toujours entre sunnites et chiites que les occidentaux ne savent absolument pas repérer car pour eux l'islam n'est qu'un grand bloc. 

    La proposition finale est très adroite (sur la déclaration universelle des droits de l'homme) et frappée au coin du bon sens, car elle rappelle un critère auquel beaucoup de grands pays sont sensibles et qui fut souvent mis en avant dans les cas d'ingérence de ces dernières années.  

    Enfin je voudrais partager une belle expérience : depuis quelques semaines le Point-Coeur de Vienne accueille un réfugié syrien chrétien. Lors d'un témoignage donné à des jeunes étudiants européens rassemblés pour une rencontre de prière, il partageait son souci de ne pas enfermer "l'islam" dans une conception trop étroite ou caricaturale. Il a vécu de longues années en Syrie en parfaite harmonie avec de nombreux musulmans, dont beaucoup d'amis. En ce sens, il fut un témoin direct de cet échange fécond dont parle le patriarche El Raï et qui à certains égards était aussi une réalité dans le pays voisin. Il tenait à dire cela alors même qu'il a dû quitter sa terre et sa famille à cause du radicalisme islamique.