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Les « conversations avec Vladimir Poutine », documentaire réalisé par Oliver Stone et diffusé en juin dernier par France 3 malgré une certaine hostilité de la part des médias français, viennent de paraître chez Albin Michel. 

Résumées en quatre heures, ces cinquante heures d’entretiens d’Oliver Stone, tournées à Moscou, notamment au Kremlin et dans la résidence privée du président, mais aussi à Sotchi, chef-lieu administratif du pouvoir russe, abordent les grands thèmes concernant le président russe : sa vie personnelle, l’histoire de la Russie et des présidents qui l’ont précédé et les relations diplomatiques avec les Etats-Unis et l’Europe à travers sa perception personnelle de ces liens et de leurs enjeux. Sont aussi abordés des sujets plus délicats comme la question de la Tchétchénie, de l’Ukraine, de la Syrie et de l’affaire Snowden.

A sa sortie, les Conversations ont essuyé bien des critiques : « Un clip publicitaire, pas un documentaire », titre la journaliste Catherine Gouëset dans l’Express le 27 juin 2017, reprenant les propos de Cécile Vaissié, professeur en Études russes et soviétiques à l’université de Rennes 2. Ainsi, selon les experts, Oliver Stone aurait fait preuve d’un certain angélisme et d’une connaissance limitée de la réalité Russe. Pour beaucoup, le jugement est sans appel : ces entretiens sont consternants.

Poutine dit-il la vérité ? Ment-il ? Contrairement au débat ayant suivi la sortie de la première partie du documentaire, ces entretiens nous proposent d’aller plus loin que cette question tranchée. La caméra d’Oliver Stone s’approche du Président et cherche à cerner son style. Au fil des heures, elle permet d’équilibrer les jugements lapidaires des autorités américaines et européennes à son égard et révèle une situation plus complexe qu’elle n’est perçue par le grand public occidental.

Le documentaire ne trace pas de ligne de partage entre les gentils et les méchants. De fait, Vladimir Poutine ne s’y présente pas comme pur et innocent de tout péché. Il ne se pose pas non plus comme le détenteur du bien et du mal et ne se justifie pas en se cachant derrière les erreurs de ses prédécesseurs ou de ses interlocuteurs étrangers. Le Président russe se présente plutôt comme un homme politique qui travaille pour les intérêts de son pays, comme un chef d’État. Ses paroles sont mesurées et ont un poids politique. 

On le voit apporter un café à son interlocuteur américain ou encourager son épouse à venir visiter Saint-Petersbourg. Un visage humain apparaît. Mais dès qu’il s’agit de politique, il fait face. Il n’est pas en campagne électorale. Il ne cherche pas à se vendre, ni à se justifier. Sans se soustraire au débat, il prend le risque de partager ses jugements sur son pays, les relations internationales et les décisions de l’OTAN.

Ce sont avant tout des entretiens politiques et par conséquent les opinions et les jugements formulés par le Président russe sont nécessairement ouverts au débat. La politique est trop liée aux contingences pour qu’un camp puisse prétendre détenir la vérité absolue au sujet de chaque événement. Mais cela n’empêche pas celui qui se préoccupe du bien commun et de celui des personnes de s’en approcher du mieux qu’il peut en prenant au sérieux les multiples sources à disposition. 

Dans cette perspective, on comprend que le réalisateur et scénariste Oliver Stone fait preuve de déontologie journalistique. Même s’il ne cache pas son enthousiasme, le spectateur n’est pas pris en otage par ce qu’il entend. Il est invité au contraire à poser à son tour un jugement plus libre, parce qu’il part d’un regard sur la personne de Vladimir Poutine et de ce qu’on peut apprendre d’un homme qui déclare servir son peuple.

Mais pour un sujet aussi épineux, la polémque était prévisible. C’est ce dont témoigne le dernier échange des deux hommes : 

Poutine :  – Vous est-il déjà arrivé dans la vie de vous faire taper dessus ? 
Stone:  – Ohoui, j'ai déjà pris des coups.
Poutine : – Alors ça ne sera pas nouveau pour vous. On vous fera souffrir pour ce que vous avez fait (en parlant du documentaire). 
Stone : – Oh, oui bien sûr, je le sais, mais ça en vaut la peine si cela peut apporter un peu de paix et aider à une prise de conscience ».
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2 Commentaires

  1. Marc Bonhomme

    Merci pour cet article! Enfin un son de cloche différent, mesuré et clair sur ce travail d'Oliver Stone! Le mépris des prétendus intellectuels français fait de la peine: leur intelligence est la mesure de leur ouverture d'esprit.

  2. bekeongle

    Excellent, cet article devrait contribuer à ouvrir pas mal de chakras… L'ignorance, entretenue ou non, de nombre de nos concitoyens leur a fait oublier, si tant est qu'il l'ait lu, la voix de Soljenytsine qui, dans un de ses derniers opus, sinon le dernier, intitulé " Comment réaménager notre Russie ?", écrivait  entre autre que cela passerait nécessairement par un pouvoir fort et certainement pas par un concept aussi frelaté et tordu que celui de    "démocratie " ! Et précisément, Vladimir est arrivé, ce que l'on ne peut attribuer au hasard, d'où l'hystérie du camp occidentaliste.