Home > Style de vie > Naissance d’une crêperie

Un beau dimanche d'été, me voici, mon cher diatonique dans les bras, sur la terrasse de la famille L.. La mer est haute, la nuit est tombée. Les lumières des balises et des phares de Roscoff et de l'île de Batz se chargent, avec le bruit des vagues qui claquent contre les quais, de me rappeler que je suis bien dans le temps qui passe et non pas encore dans l'éternité. Léo, le fils de la maison, joue du Chopin sur le piano, La goutte de pluie.  Puis il nous rejoint dehors et j'entame avec ma voisine flûtiste, une valse écossaise, Spancill hill. Nous jouons, puis Vân la mère apporte deux énormes poulets rôtis, tandis que Luc le père débouche une bouteille de bon vin rouge et nous entamons le repas. 

Deux jours plus tard, Luc débarque dans mon jardin, et me fait cette proposition si étonnante : « voudrais-tu ouvrir une crêperie ? ». Ma première réponse est non. C'est trop surprenant : je suis jardinier et je travaille dans les champs, cette proposition ne rentre pas dans mon cadre ! De plus je connais à peine Luc et sa famille, ils vivent dans un monde qui m'est tellement étranger ! Nous ne roulons pas dans les mêmes voitures, nous ne mangeons pas dans les mêmes lieux, nous n'avons pas les mêmes salaires ! Etc. Luc me dit : « réfléchis bien et dis-moi ».

Aujourd'hui le projet de crêperie voit le jour. Nous avons les locaux : une belle demeure de corsaire de 1530, avec un escalier à vis, avec des cheminées imposantes, avec un jardin plongeant sur la mer. Nous avons l'aval du maire et des bâtiments de France et nous espérons ouvrir en juin 2018. Et un objectif : par le biais de la nourriture, de la musique, de la peinture et de la sculpture, du costume traditionnel et de la beauté de l'architecture, proposer aux personnes vivant ou passant dans Roscoff un lieu où la beauté aide à la Rencontre. Au rez-de-chaussée, deux salles seront dédiées à la table. A l'étage, deux salles serviront de lieu d'exposition. Au grenier, nous aménageons déjà quatre chambres, pour les saisonniers et pour les gens de passage. 

De mon côté je rêve blé noir, caramel au beurre salé, confit d'oignon, normes d'hygiène, température de cuisson de l'artichaut et du chou-fleur, et j'apprends à disserter sur la différence flagrante entre l'utilisation d'une spatule en inox de 22 cm et une de 24 cm. J'apprends à essuyer un verre à pied sans laisser de trace, à peser 50g d'emmental sans balance, à affûter un couteau d'office pour lui rendre son fil. 

J'apprends surtout toujours un peu plus ce qui m'avait été montré lors de mon temps passé au Point-Cœur : tout naît de la rencontre, de l'amitié, et c'est ça le vrai progrès. Je n'avance pas dans mon amitié pour le Christ si je n'avance pas dans mon amitié pour mon voisin et pour le réel, qui peut me sembler la plupart du temps tellement terre-à-terre.  Cette crêperie qui aurait pu être une poissonnerie, ou une quincaillerie, c'est avant tout l'expression d'une amitié et la tentative d'un amour plus profond de la réalité. 

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3 Commentaires

  1. ARNAUD

    Il est beau de relier le fait de se lancer dans un projet comme celui là avec l'aventure Points coeur vécue initialement. Car il s'agit bien de cela pour Point coeur: être une école de vie qui aide chacun, au moment opportun, à avancer plus en profondeur et à se laisser provoquer par le Christ qui nous emmène toujours plus loin et même…vers une crêperie. Bravo pour cette initiative qu'il me tarde d'aller soutenir gustativement. 

  2. jean

    C'est grandiose ! Quelle belle intuition de meler tous ces éléments de la vie autour d'une bonne galette de sarrasin ! Un Puy du Fou culinaire? Un hymne à la Bretagne? Un nouveau Points Coeur? Hate de découvrir ce lieu en tout cas !