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Guerre des gangs au Salvador : de la trêve à la paix ?

de Thomas de Parscau et Anne Beneteau.   

En cette période estivale toutes les destinations exotiques sont proposées. L’idée du Salvador peut tenter, mais un seul clic sur internet nous fait changer d’avis. En effet, en 2011 on comptait en moyenne 15 assassinats par jour, sur un territoire géographique équivalent à un département français. Cette violence provient des maras. Il s’agit de groupes mafieux qui rançonnent par la menace la population. Leur extrême violence dissuade toute résistance. La ms 13 et la 18 sont les noms des deux grandes maras qui s’affrontent quotidiennement impliquant de très nombreuses victimes. Le 9 mars dernier, les chefs des deux principales maras se sont rencontrés pour s’entendre sur une trêve.


Les mareros déposent leurs armes aux pieds de Monseigneur COLINDRES
CC BY-ND Departamento de Seguridad Publica OEA

Le 13 juillet 2012, ces maras ont livré symboliquement une centaine d’armes comme preuve de leur volonté de poursuivre un processus de paix. Les armes ont été déposées aux pieds de plusieurs figures, dont Monseigneur Fabio COLINDRES, évêque aux armées, présent depuis le début de ce processus historique.

Les chefs des différentes maras se sont rencontrés puis accordés sur une trêve. « Nous avons reçu, en premier lieu, la demande des familles des mareros incarcérés pour que soient considérées avec plus de dignité leurs conditions. L’idée était de leur promettre, s'ils trouvaient un accord entre eux pour réduire le nombre de morts, une évaluation juridique de leurs situations, de la dignité de leur traitement, notamment pour ceux qui sont en fin de vie… C’est la première fois qu’il y a un accord de cette nature qui porte sur la dignité des mareros incarcérés et non sur un accord politique ou financier. »

Jusqu’alors, il y a eu beaucoup de tentatives pour mettre fin à cette violence : politique pénale très dure, répression violente et durcissement des conditions carcérales. Toutes ces tentatives n’ont conduit à rien de concret. Au contraire. Répondre à la violence par elle-même, nous dit Monseigneur COLINDRES, conduit inévitablement à toujours plus de violence. « Jusqu'à aujourd'hui les réponses que nous avions face aux maras étaient la répression, la condamnation, la mort, faire des règlements plus durs au sein des prisons, les opprimer plus et les traiter de manière plus violente. Mais ceci n’a pas donné de résultats. Cela a seulement créé plus de violence et plus de morts. On avait atteint 18 morts par jour… Actuellement, c’est la première fois que nous vivons avec un indice de seulement 5 morts par jour. »

Certains salvadoriens accueillent avec beaucoup de réserve cette trêve. Monseigneur COLINDRES répond : « Un processus comme celui-ci est très difficile parce que il n’y a aucune garantie que cela fonctionne… On peut compter environ 70 000 mareros, familles comprises, au Salvador. Ils ont une structure hiérarchique très bien organisée. Bien qu’étant en prison de haute sécurité, les leaders se font respecter et obéir dans tout le pays. Mais certains mareros refusent la trêve et décident de continuer la même vie de séquestrations, rentes et assassinats. Il faut expliquer que tous n’ont pas accepté de faire la trêve. Il faut le savoir et c’est pourquoi subsiste une certaine violence. » Les salvadoriens sont exaspérés par cette situation, mais ce sont aussi les mareros qui, las de tant de violence, participent à la trêve. Ils aspirent à autre chose pour eux-mêmes mais surtout pour leurs enfants et pour leur pays.

Ce processus de dignité est également au service des victimes même si celles-ci ne le comprennent pas toujours.  « Certaines victimes se sentent trahies par ce processus. Beaucoup de victimes m’ont demandé si je ne ressentais pas leur douleur. La réponse est de dire que c’est justement parce que nous connaissons cette douleur que nous voulons que jamais plus cette douleur ne se reproduise. » Finalement, il semble que tout le peuple salvadorien, mareros et victimes, souhaite parvenir à un climat de paix durable pour le bien du pays.

Cela ne pourra se faire que dans un cadre strictement légal et en toute conscience des enjeux. « L’idée n’est pas de sortir les mareros de prison, ni de réduire leurs peines. Cela signifie pour ceux qui sont libres, la possibilité de ne pas continuer dans ce cercle générationnel selon lequel on entre dans la mara de père en fils … Certains groupes continuent de faire du mal et à ce niveau les autorités doivent réagir selon la loi. » On ne peut pas négocier hors du cadre légal. Monseigneur COLINDRES n’est pas négociateur, il se fait juste le porte-voix d’une réelle volonté de parvenir à la paix. « La remise des armes confirme la volonté qu’au-delà d’une trêve, eux-mêmes se montrent disposés à faire un geste, en pensant à un désarmement total. C’est un premier signe qui peut en amener d’autres. »

Lorsqu’on interroge Monseigneur COLINDRES sur ce qui l’anime, il évoque sans hésiter les souffrances d’un pays meurtri et le désir d’une paix durable : « Ce qui me pousse vraiment à agir c’est la seule idée de croire que ce processus peut conduire notre peuple salvadorien, qui a déjà beaucoup souffert, à un état de paix durable ».

 

Les leaders des maras demandent pardon (vidéo en espagnol)

Les mareros déposent leurs armes (vidéo en espagnol)

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