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Europe 2014, un nouveau commencement est-il possible ?

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Le mouvement Communion et Libération est reconnu pour son engagement politique. Le responsable pour la France, Monsieur Silvio Guerra, donnera une conférence le jeudi 22 mai prochain à 20h30 à Saint-Germain-l'auxerrois (Paris 1). Il répond à nos questions sur les enjeux de ces élections.


Silvio Guerra © Points-Cœur

Il y a en effet une véritable crise de conscience européenne. Nous ne savons plus pourquoi l'Europe existe. Nous avons perdu de vue l'Europe unie. Ces élections ne sont-elles pas une occasion de revenir à la source non pas comme un retour en arrière mais comme une opportunité de retrouver l'élan initial, celui qui a motivé les pères de l'Europe ?

Silvio Guerra, responsable du mouvement Comunion et Libération en France, nous introduit à une reflexion de fond exprimée dans la revue Trace sous la forme d'un tract [1] : Europe 2014, un nouveau commencement est-il possible ? La contribution d'une expérience.

Monsieur Guerra, peut-on encore reconstruire l'Europe sur les bases anciennes ?

Le problème est que les valeurs constitutives de l'Europe unifiée allaient de soi jusqu'en 1980 parce que les pères qui l'ont fondée avaient une culture commune. Ils avaient des valeurs communes.

« Dans l'après-guerre, les leaders de pays qui quelques temps plus tôt s'étaient battus les uns contre les autres (De Gasperi, Schuman, Adenauer) décident de mettre de côté tout sentiment de vengeance ou de domination et jettent les bases pour une paix durable en mettant en commun leurs intérêts économiques respectifs ». Voilà les bases de l'Europe unie : la conscience qu'il était impossible d'éliminer l'adversaire.

Cela s'est exprimé ensuite de manière très concrète face au problème de l'acier et du charbon, des taxes douanières. Ils se sont dit d'un commun accord en 1951 : mettons ensemble les pays qui en ont besoin. Ils ont vu que c'était un bien réel pour tous. L'Europe devient alors un espace commun de libre circulation, de travail. C'est une vraie valeur parce que c'est une expérience véritable. Dès 1980, les intérêts particuliers prennent le dessus. Des choix politiques sont faits qui servent les intérêts individualistes. Désormais, il n'existe plus de substrat culturel clair mettant en évidence le fondement de la société. C'est une culture de droits qui s'installe et prévaut. Et cette culture juridique n'est pas celle de la personne.

Pour que l'Europe ait un avenir, il faut reconquérir ce pour quoi il vaut la peine de vivre, les valeurs. « Comme dans le passé, nous aussi Européens de 2014 devons reconquérir les raisons d'une unité qui ne va surtout pas de soi et qui peut toujours décliner ». Le problème aujourd'hui est que beaucoup d'hommes politiques défendent des valeurs qui sont détachées de leurs racines. Cela devient une imposition extérieure. Et dans la mesure où l’on défend une valeur du passé, une valeur sans substrat, cela devient réactionnaire. L'élan idéal s'est tari et c'est maintenant une logique de purs intérêts qui domine.

Peut-on dès lors encore croire à l'Europe ?

Le but du tract de Communion et Libération est de donner les critères qui permettent de croire encore à l'Europe. Les intérêts économiques ne suffisent pas à eux seuls pour repartir. Il faut chercher à comprendre pourquoi l'autre est un bien pour moi. Il s'agit d'envisager la personne comme condition de l'Europe car « la seule chose qui peut construire est un amour au reflet de vérité qui se trouve en quiconque. C'est un facteur de paix, qui construit une demeure humaine, une maison qui peut offrir un refuge même face au désespoir le plus extrême » (Don Giussani). Si l’on considère les personnes comme des adversaires et non comme un bien, cela aboutit à la stigmatisation et à la lutte stérile.

Aujourd'hui, la vérité consiste à introduire de nouveaux droits (droit au mariage et à l'adoption pour les couples de même sexe, droit de choisir son identité de genre, droit d'avoir un enfant, droit des transsexuels, droit de l'enfant à ne pas naître s'il n'est pas sain, droit de mourir…) parce que le désir de bonheur est confondu avec une image, une projection des instincts. Aujourd'hui, l'Etat est celui qui doit reconnaître que ce que je désire, j'y ai droit et alors « s'affirme une idée de l'Europe en tant qu'espace culturel et politique relativiste dont les structures cherchent à rendre licite et même à transformer en droit toute aspiration individuelle en faisant abstraction de ce qu'est la personne humaine ».

Avec ces nouveaux droits, on arrive à un éclatement de la société, à l'apparition de fractures sociales profondes. Cette mentalité du « J'ai droit » a fait faillite. Elle n'est plus viable. Les conséquences sont désastreuses. Elle détruit l'humanité qu'il y a dans l'homme c'est-à-dire ce désir de liberté infinie, de vérité infinie. Il faut trouver le moyen de repartir de l'autre qui est un bien. La vérité est une relation. Elle est un contenu reconnu par tous. On ne peut pas réduire la personne à une série de droits même si c'est le signe d'un désir qui dépasse simplement les droits. Si chacun défend ses intérêts, la vérité est une lutte d'intérêts. Dans cette recherche de la vérité, l'autre est un bien.

Sur ces bases des exigences infinies qui structurent le cœur de l'Homme, on peut rétablir une union entre les peuples de différentes cultures, de différentes croyances. « Dans la mesure où l'on fait appel à une expérience non réduite de l'homme, il est possible de ne plus fonder la politique européenne sur le choc d'intérêts opposés et sur un relativisme qui débouche sur le nihilisme, dans l'indifférence de tout le monde envers toute chose, mais plutôt sur un usage sensible de la vérité et sur un réalisme qui reconnaît l'autre non pas comme une menace mais comme un bien pour moi ». « Dans ce sens, les organismes européens devraient être les premiers à s'organiser en fonction d'une subsidiarité réelle. Cela favoriserait la responsabilité de chacun en évitant de créer l'illusion que les réponses tombent toujours et en tout cas d'en haut. Une Europe qui comprendrait cela n'aurait pas tendance à se fermer face à l'immigration, ne pratiquerait pas uniquement l'austérité économique mais la solidarité aussi, ne se replierait pas sur des nationalismes irréalistes et antihistoriques, ne travaillerait pas pour imposer une législation ayant pour but de casser tous les liens et cultivant l'obsession pour les nouveaux droits individuels, ne soutiendrait pas l'hostilité envers les fois religieuses et envers la foi chrétienne en particulier (trahissant notamment ce qui a construit l'Europe et qui l'a rendue grande dans l'histoire) ». [1]

Que veut-on ? Veut-on une Europe des compromis d'intérêts économiques ? Cela me semble très limité. Ou bien l'Europe retrouve une unité qui dépasse les centres d'intérêts des Etats, ou bien elle est vouée à disparaître. Car aucun Etat n'aura la force économique de résister face aux puissances émergentes.

Pour qui voter alors ?

C'est un problème en France car il faut voter pour un parti et non pour une personne. Il faut voter un discours, un programme. Et c'est le moins pire qui passe. Dimanche, il faudra aller voter. « Défendre cet espace de liberté pour chacun et pour tous est la raison définitive pour aller voter aux prochaines élections pour le renouvellement du parlement européen, pour une Europe dans laquelle il n'y ait pas d'impositions de la part de qui que ce soit ni d'exclusion en raison de préjugés ou d'appartenances à un groupe différent du sien. Votons pour une Europe dans laquelle chacun pourra contribuer à sa construction en offrant son témoignage, reconnu comme un bien pour tous, et sans qu'aucun Européen ne soit forcé de renoncer à son identité afin d'appartenir à cette maison commune qu'est l'Europe » (Notes du père Julián Carrón [2]).

Ces élections sont une occasion de regarder son chemin personnel. Il ne faut pas être naïf pour imaginer que des structures sociétales puissent résoudre le désir infini de l'Homme. C'est illusoire. Le vrai travail que nous devons faire est de nous poser la question : qui sommes-nous maintenant ? Et pour nous chrétiens, ce sont des vraies questions qui se posent à notre conscience. « C'est pour nous une occasion précieuse de vérifier la capacité de l'évènement chrétien à tenir le coup face aux nouveaux défis, parce qu'elle nous donne la possibilité de témoigner à tout le monde ce qui se produit dans l'existence quand l'homme croise l'évènement chrétien sur le chemin de sa vie. Notre expérience, dans la rencontre avec le christianisme, nous a montré que la lymphe vitale des valeurs de la personne ne consiste ni en des lois chrétiennes, ni en des structures juridiques ou politiques confessionnelles, mais qu'il s'agit de l'évènement du Christ. Pour cette raison, nous ne mettons notre espérance que dans le fait que l'évènement du Christ se manifeste de nouveau dans une rencontre humaine ». [2]

Soirée de présentation du tract de Communion et Libération sur les élections européennes
Jeudi 22 mai prochain à 20h30 à Saint-Germain-l'auxerrois – 2 Place du Louvre – 75001 Paris (M°: Louvre Rivoli)


[1] Tract de Communion et Libération à propos des élections européennes :
http://www.traces-cl.fr/default.asp?id=482&id_n=118
[2] Intervention du Père Julian Carron pour présenter le tract :
http://www.traces-cl.fr/default.asp?id=501&id_n=224

 

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