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L’Afrique n’a pas d’avenir… Elle en a un !

Le 8 mars 2011 avait lieu à Dakar (Sénégal) la cérémonie de dédicace du livre, « Moi, petit africain », de Bruno d’Erneville. Autobiographie d’un homme qui veut donner un message d’espérance aux Africains, les raisons de croire en eux-mêmes. Le dernier paragraphe de son livre terminé d’écrire en 2008 a des tons prophétiques quand on voit les évènements qui se déroulent en Lybie et en Tunisie : « Nous sommes au début, c’est une évidence, d’un profond mouvement sénégalais et africain de vraie libération, animé par les aspirations des peuples et de leur diaspora puis catalysé par les moyens de communication moderne » [1].

Bruno d’Erneville est né au Sénégal d’une famille métissée. installée en Afrique depuis le XVIII° siècle. Il part en France faire des études et obtient un diplôme à l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat, à la suite de quoi il est embauché dans l’entreprise de contrôle technique de la société Alpave. Sa situation de cadre supérieur se passe bien, avec sa femme Pauline qui l’a rejoint à Dijon. Mais tout bascule le jour où leur premier enfant Naomi meurt dans des circonstances suspectes à l’hôpital. Après un temps de profonde révolte et de poursuites judicaires le couple, touché par la foi chrétienne, décide de pardonner. Avec le temps un projet mûrit dans le cœur de Bruno, celui de quitter la France et son confort pour retourner au pays. Quand tous les Africains rêvent d’aller en Europe ou aux Etats-Unis, alors que sa famille et ses amis en France cherchent à l’en dissuader, il dit avoir « répondu à un appel fort, un appel de Dieu car d’un point de vue humain on est craintif ». Il voulait répondre à cette question : « Pourquoi vivre ? ». Leur retour est « le résultat d’une réflexion dont le cœur du postulat résidait dans l’importance supérieure que nous accordions à donner un sens à notre vie de couple et de famille en le mettant au service des autres.[2] »

Ce service, ils vont l’apporter en fondant une société de contrôle immobilier, Alpages, la première du genre au Sénégal, qui aujourd’hui emploie trente personnes et couvre quatre pays de l’Afrique de Ouest : Sénégal, Gambie, Mali et Guinée, et qui est missionnée dans de nombreux autres pays.

Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là car Bruno croit au renouveau de l’Afrique en général et du Sénégal en particulier. Le sous-développement [3] et les guerres chroniques ne sont pas le fruit d’une « tare génétique » mais d’un contexte socio-culturel qu’il est possible de transformer comme le firent Nelson Mandela en Afrique du Sud, le Général Rawleings au Ghana ou même le Général Amadou Toumaki Touré au Mali. Des hommes qui sont animés de valeurs, détachés des bien matériels, tournés vers le service de leur pays. Les espoirs de Bruno se fondent sur les richesses naturelles du continent, sur « la qualité indéniable » des jeunes Africains ayant réussi à franchir le cap des études supérieures et qui souvent enrichissent les pays qui les accueillent quand ils fuient l’Afrique. Cette diaspora est un vivier à récupérer car on ne développe pas une économie seulement en injectant les millions de dollars dans les caisses des ministères (corrompus) mais en donnant à ceux qui en ont les compétences les postes dûs à leur mérite. Provoquer une immigration à l’envers, en somme, en donnant à cette élite qualifiée l’envie et les conditions de revenir en Afrique pour la servir. 

© Points-Coeur

Monsieur d’Erneville accompagne ces faits d’une vision du développement qu’il appelle « la troisième voie ». Ni la première voie de l’enfance empruntée par les pays africains après les indépendances et qui ont entretenus avec leurs frères ainés colonisateurs un rapport de dépendance irresponsable, ni la deuxième voie de l’adolescence qui tout en étant dépendant, cherche sa voie dans la pure opposition ; mais la troisième voie, celle de la maturité, où l’on est ce que l’on est : l’ipséité de l’homme (de la nation) qui reste elle-même. « La jeune expérience [4] » de Bruno d’Erneville, mais aussi l’histoire singulière de sa famille aux origines française mais profondément ancrée dans le peuple du Sénégal est comme l’illustration de cette troisième voie qui reçoit sa singularité de la sagesse africaine et de sa foi dans le Christ. Il s’agit « d’accepter pleinement la vie qui nous est donnée [5] », en n'en relevant les défis « pour la victoire de l’amour sur la haine, de l’espérance sur le désespoir, de la culture de vie sur celle de la mort [6] ». Ce nouveau développement en somme ne peut se baser uniquement sur les indices de taux de croissance, mais doit être complété « par de nouveaux référentiels tel que l’indice de développement humain, voire d’autres concepts, moins scientifiques, de ‘bonheur’ [7] ». Et nous savons, pour ceux qui ont eu la chance de vivre en Afrique, combien ces peuples sont riches de cette dimension humaine, de la solidarité qui existe au sein des familles, dans les villages, du sens de l’accueil, du respect pour la nature. Peuples qui voient comme toute première richesse l’homme et qui fonde sa fierté dans les enfants ou les vieillards parce que au-delà des concepts d’utilité et d’efficacité, il y a le respect de l’être, de la vie comme un don de Dieu et comme une connaissance intérieure plus grande que les pompes de ce monde. Un proverbe africain dit : « Ce qui compte, ce n’est pas le nombre de battements du cœur, mais l’intensité de ces battements » : c’est la loi de la vie qui s’enrichit dans la mesure où l’on rentre dans son épaisseur, sa vérité, son rythme lent et mystérieux. Voilà le modèle de développement que peut s’offrir l’Afrique avant tout pour elle-même et donner à ses enfants les lendemains qui lui correspondent !

Bruno d’Erneville ne cache pas que ce sursaut doit aussi passer par un changement politique, une profonde transformation des mentalités et des habitudes. Les « Assises nationales » de 2008 ont lancé un grand mouvement d’espoir en faisant émerger des candidats hors des partis officiels qui tiennent le pouvoir depuis l’Indépendance. Ainsi les élections locales du 22 mars 2009 ont élu de nouveaux hommes politiques, donnant aux citoyens sénégalais la possibilité de choisir, avec une grande mobilisation, une nouvelle voie « ni libérale, ni socialiste, tout simplement citoyen [8] ». C’est la force de Bruno d’Erneville, ce « petit Africain », de croire que c’est possible. « L’Afrique n’a pas d’avenir » ? Pour Bruno, elle en a un ! Cet avenir est à construire sur la richesse d’un continent à peine exploitée avec la ténacité de la foi en l’homme… et en Dieu : « Pour gravir la montagne, il faut mettre un pied devant l’autre, puis encore et encore remettre le cœur à l’ouvrage ! [9] »  


[1] Bruno d’Erneville, « Moi, petit africain », Société des écrivains, 2011, p. 167

[2] Idem, p. 132

[3] Idem, p. 155 

[4] Idem, p. 158

[5] Idem, p. 141

[6] Idem, p. 141

[7] Idem, p. 165

[8] Idem, p. 166

[9] Idem, p. 162

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