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Bob Dylan, 70 ans : « Forever Young »

Bob Dylan a 70 ans aujourd’hui et 50 ans d’une carrière qui n’a jamais permis de le « classer ». Il n’a cessé de se renouveler, de chercher au niveau musical et spirituel.

Bob Dylan CC Badosa

Bob Dylan, alias Robert Zimmermann, est né de parents juifs, le 24 mai 1941 à Duluth, dans le Minnesota. Dès 18 ans, il abandonne ses études pour se lancer dans la musique. En 1961, il est découvert à New York et enregistre son premier disque. La dimension spirituelle de sa quête n’échappe à personne mais toutes les tentatives de le récupérer pour une cause ou un parti échouent : tantôt juif orthodoxe, rockeur biblique (« John Wesley Harding », 1968) protestant fondamentaliste (« Saved », 1981), pacifiste (« The Times they are a changing », 1964), poète du Cantique des Cantiques (« Empire Burlesque », 1985), poète intimiste surréaliste (« Blood on the track » 1975 ) il n’est jamais là où on l’attend. Plusieurs fois il est sifflé et hué par un public trop surpris par les brusques changements de style, c’est le cas par exemple lorsqu’il passe du folk traditionnel au rock’n roll. A l’instar de son premier succès, « Blowing in the wind », toute sa vie est une quête, une question :

« Combien de fois un homme doit-il regarder en l'air

Avant de voir le ciel ?

Oui, et combien d'oreilles doit avoir un seul homme

Avant de pouvoir entendre pleurer les gens ?

Oui, et combien faut-il de morts pour qu'il comprenne

Que beaucoup trop de gens sont morts ?

La réponse, mon ami, est soufflée dans le vent,

La réponse est soufflée dans le vent. »

Une voix de son temps

Sa quête spirituelle s’exprime d’abord dans sa voix si inimitable. On a souvent prétendu que Bob Dylan chantait faux, car il interprète la musique folk avec une approche diatonique plutôt que tempérée, introduisant des quarts de ton qui ne correspondent plus à notre oreille « classique ». Il retrouve ainsi l’origine du blues et de la folk dans le gospel et le chant traditionnel africain, un chant à la fois religieux et populaire, un chant qui introduit au Mystère, comme les grandes traditions diatoniques hindoues, grégoriennes, byzantines ou corses.

Son timbre rauque fut qualifié parfois de « nasillard ». Il est vrai qu’on y perçoit la souffrance et la nostalgie du blues, la rudesse de l’homme du Middle West, le cri vers la libération intérieure de l’artiste. Loin des voix policées ou des voix de têtes qui séparent le corps et l’âme, la voix de Bob Dylan cherche d’abord l’expressivité poétique. Il ne pense pas son chant, mais celui-ci jaillit de son cœur. Sa voix ne nous conduit pas à une fuite esthétique, mais elle fait résonner toute son humanité avec ses combats, ses questions et ses recherches.

Un homme libre

Sa voix comme sa poésie expriment une grande liberté. Admirateur dès sa jeunesse de Brecht, Rimbaud et Villon, Bob Dylan a exprimé dans ses textes son regard toujours nouveau sur la réalité et son désir ardent de libération. Il utilise la folk comme une chanson engagée pour se libérer du pouvoir, de l’argent, de la guerre, mais il pressent très tôt que la liberté est ailleurs. Dans son combat pour la paix au Vietnam il chante le célèbre « Knocking on heavens door » :

« Maman, pose mes armes à terre

Je ne tirerai plus jamais.

Ce long nuage noir descend

Je crois que je frappe aux portes du Paradis. »

Bob Dylan, Kocking on heavens door

Dans les années 60, le plaisir est idolâtré comme la source de la liberté, Bob Dylan scrute les désirs de son cœur et il expérimente la vacuité de cette recherche hédoniste. Son album « Highway 61 » (1965) se conclut par « Desolation row », un poème ironique et absurde sur le Carnaval des hommes qui conduit à « l’allée de la désolation » :

« Cendrillon semble si à l'aise

"Il faut en être pour les reconnaître" sourit-elle,

Puis plonge les mains dans ses poches arrières,

A la Bette Davis

Alors arrive Romeo qui gémit :

"Tu m'appartiens, je crois"

Et quelqu'un dit "Tu te trompes d'endroit, mon ami,

Tu ferais mieux de partir"

Et le seul bruit qui reste,

Après que les ambulances sont parties,

C'est Cendrillon qui balaie

L'Allée de la Désolation »

Maintenant Ophélie est sous la fenêtre,

Pour elle j'ai si peur

A son vingt-deuxième anniversaire,

C'est déjà une vieille fille

Pour elle, la mort est bien romantique,

Elle porte un gilet de fer

Sa profession est sa religion

Son péché est son absence de vie

Et bien qu'elle ait les yeux braqués

Sur le grand arc-en-ciel de Noé

Elle passe son temps à épier

Dans l'Allée de la désolation

La quête de bonheur qui brûle au cœur de chaque homme ne peut aboutir. Bob Dylan a expérimenté les joies familiales ainsi que la quête désespérée dans la drogue, il pressent pourtant très tôt que la liberté est un don qui dépasse ses forces et se reçoit : (« I’ll be realised ») :

« Ils disent que chacun a besoin de protection

Ils disent que chacun doit tomber.

Pourtant je jure que je vois mon reflet

Quelque part si haut au-dessus de ce mur.

Je vois ma lumière briller

De l'ouest jusqu'à l'est.

A tout moment maintenant, à tout moment maintenant,

Je vais être libéré. »

Après un grave accident de la route et trois années de recul et de convalescence, il se convertit de façon brutale au christianisme en 1979. Les trois albums suivants expriment la libération donnée par le Christ (« Slow Train coming », « Saved », « Shot of love »). L’album « Saved » reprend le drame de l’Apocalypse avec des relents de fondamentalisme évangélique (« are you ready ? »). L’album « Slow Train Coming » est un bijou instrumental, c’est aussi l’époque de sa rencontre avec Mark Knopfler, le guitariste de Dire Straits. Sorti de la drogue et de la course au succès, Bob Dylan découvre une nouvelle liberté dans le fait de servir quelqu’un : (« Gotta serve somebody ») :

« Vous pouvez être un ambassadeur en Angleterre ou en France,

Vous pouvez aimer jouer, vous pouvez aimer danser,

Vous pouvez être le champion du monde poids lourd,

Vous pouvez être membre de la jet-set avec un long collier de perles

Mais vous devrez servir quelqu'un, oui

Vous devrez servir quelqu'un,

…Vous pouvez être un fou du rock'n'roll qui se déhanche sur scène,

Vous pouvez avoir des drogues quand vous le voulez, des femmes en cage

Vous pouvez être un homme d'affaire ou quelque voleur de haut vol,

Ils peuvent vous appeler docteur, ils peuvent vous appeler Chef

Mais vous devrez servir quelqu'un, oui

Vous devrez servir quelqu'un, …

Vous pouvez être un prédicateur avec sa fierté spirituelle,

Vous pouvez être un conseiller municipal prenant des pots-de-vin en cachette,

Vous pouvez travailler chez un coiffeur, vous pouvez savoir couper les cheveux,

Vous pouvez être la maîtresse de quelqu'un, ou l'héritier de quelqu'un

Mais vous devrez servir quelqu'un, oui

Vous devrez servir quelqu'un, »….

Bob Dylan, Gotta serve somebody

Les deux divorces de Bob Dylan sont des épreuves très douloureuses. Il retrouve alors le blues et des paroles plus obscures, il s’étonne lui-même du succès de ses disques car il ne souhaite à personne de passer par le même chemin que lui. Tangled up in blues est un belle illustration de cette poésie intimiste  :

« Elle était mariée à notre première rencontre

En voie de divorcer

Je l'ai tirée d'embarras, je crois,

Mais j'y ai été un peu trop fort.

Nous avons conduit cette voiture aussi loin que nous pouvions

L'avons abandonnée dans l'Ouest

Avons rompu par une triste et sombre nuit

D'accord tous les deux qu'il valait mieux.

Elle s'est retournée pour me regarder

Comme je m'éloignais

Par-dessus l'épaule je l'ai entendu dire,

"Nous nous reverrons un jour sur la route",

Empêtrés dans le blues. »

Bob Dylan exprime sa souffrance, mais il n’accuse pas, il reconnaît qu’il a gaspillé l’amour  (« If you throw it all away »), mais que l’amour est l’unique chemin :

« L'amour, c'est tout ce qu'il y a, c'est lui qui fait tourner le monde,

L'amour, et rien que l'amour, c'est comme ça.

Quoi que tu en penses

Tu ne pourras simplement pas faire sans.

Suis le conseil de quelqu'un qui s'y est risqué.

Alors si quelqu'un t'ouvre grand son cœur,

Chéris cet amour, ne le laisse pas s'égarer,

Car une chose est certaine,

Pour sûr tu souffriras,

Si tu gaspilles tout. »

La vraie libération est la conversion du cœur, car la prison qui enferme l’homme dans la solitude est la maladie de l’orgueil. C’est le thème de son album « Oh Mercy » de 1989 et en particulier de la chanson « Disease of Conceit » :

« Beaucoup de gens souffrent ce soir

A cause de la maladie d'orgueil.

Beaucoup de gens luttent ce soir

A cause de la maladie d'orgueil.

Elle arrive sur la grand'route,

Droit devant toi,

Elle piétine ton bon sens

Traverse ton corps et ton esprit.

Elle n'a rien d'agréable,

La maladie d'orgueil. »

Son interprétation musicale est aussi très libre, il adapte, réinvente ses morceaux à chaque concert, il met en valeur chaque musicien et introduit ainsi de nouvelles harmonies. Il est libre de passer de la country au folk, du religieux traditionnel au pop, du jazz au rock. Il a toujours agi avec une liberté déconcertante face au monde du show-business, ne laissant jamais l’argent, le succès, les diktats du publique ou de ses agents guider sa carrière. Bob Dylan a ainsi fait passer la musique pop dans le domaine de l’art. Aujourd’hui, à 70 ans, il nous partage son élixir de jeunesse et de liberté : par la foi, la vie est une ascension jusqu’aux étoiles, nous pouvons écouter nos désirs les plus audacieux, trouver la joie dans le service et l’accueil de l’amour.

« May God bless and keep you      always,

May your wishes all come true,

May you always do for others,

And let others do for you.

May you build a ladder to the          stars

And climb on every rung,

May you stay forever young,

Forever young, forever young,

May you stay forever young. »

Que le Seigneur vous bénisse et vous garde toujours,

Que tous vos souhaits se réalisent,

Que vous serviez toujours les autres,

Et les autres vous servirons.

Que vous construisiez une échelle jusqu'aux étoiles

Et que vous montiez sur chaque barreau,

Que vous restiez toujours jeune,

Toujours jeune, toujours jeune,

Que vous restiez toujours jeune

 

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Pour continuer :

Le site de Bob Dylan en anglais

Le site de Bob Dylan en français

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3 Commentaires

  1. yannick et Isabelle

    Merci pour cet article qui je pense plaira beaucoup a Yann également.
    je l'ai beaucoup écouté et sans l'avoir enterré je l'avais déjà oublié, merci.
    Good r'n'r
    Yannick