Home > Arts plastiques > L’art au service de la personne

d'Aurélie Boquien        

Graciela Tayara est professeur d’art. Elle travaillait dans une province du nord de l’Argentine jusqu’à ce que des circonstances familiales l’amènent à la capitale. Elle découvre alors le monde hospitalier, et plus particulièrement celui des enfants qui la marquent profondément. Elle décide alors de travailler en milieu pédiatrique et de se former dans ce domaine. Cela fait maintenant une vingtaine d'années qu’elle accompagne les enfants à travers l’art. Elle participe également à la formation des professionnels au niveau national.

« Il est souvent difficile pour les enfants de verbaliser avec des mots ce qu’ils ressentent » souligne Graciela qui propose l’art comme « un moyen pour eux d’exprimer ce qu’ils vivent ». D’autre part, « il est essentiel que l’enfant soit auteur de sa propre vie, qu’il la crée et ne s’abandonne pas aux circonstances de sa maladie. Sa vie les dépasse. Il faut regarder l’enfant dans une unité de corps et d’esprit sans le réduire à sa maladie. Il s’agit de stimuler ce qui est sain en lui, de réveiller ses désirs ».

Les enfants ont souvent le désir de dessiner mais peu d’inspiration. Alors Graciela les visite avec ses amis peintres : elle se déplace toujours avec de nombreux livres d’art (sur Picasso, Miro, Van Gogh ou encore Michel Ange par exemple). « L’enfant ou le jeune ne peut user ses propres mots alors il faut lui permettre d’utiliser ceux des autres afin qu’il puisse, petit à petit, se réapproprier les siens ».

Laissons Graciela nous parler de sa rencontre avec Marcos : « Marcos a seize ans et a déjà subi dix-sept opérations à cause de fistules œsophagiennes. Lorsque je l’ai vu pour la première fois sur demande du médecin, il ne voulait pas parler. Il était prostré sur son lit et se cachait, dépressif. Au fil des rencontres, je me suis approchée avec les livres et lui ai présenté des peintres. Alors il s’est ouvert peu à peu. Tel le Petit Prince, il m’attendait impatient, me faisant des reproches si j’arrivais tard. Attiré par Picasso, il a commencé à le copier. Mais au fil du temps les reproductions se sont enrichies de sa touche personnelle, ont pris une autre couleur : partant des mots des autres  Marcos a pu exprimer  ce qu’il avait sur le cœur avec sa propre expression. Il s’est métamorphosé : le jeune difficile et râleur est devenu une personne capable de créer, de peindre de très beaux tableaux, un artiste ! Alors le regard et l’attitude des professionnels de l’hôpital aussi ont changé. Tout le monde venait passer des commandes à Marcos. »

En lien avec l’atelier d’artthérapie « Les Pinceaux à Paris » (http://www.lespinceaux.org), Graciela propose aux enfants de l’hôpital de correspondre par le dessin avec les jeunes Français. Ces derniers répondent à leur tour au dos du dessin en ajoutant quelque chose de leur réalité à celle évoquée par les argentins. Une exposition de ces travaux va être réalisée d’ici peu, grâce au soutien de la Fondation Telefonica.

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