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de Sophie Tessereau      3 novembre 2011

Le 27 octobre 2011, le Pape Benoît XVI avec trois cents représentants de traditions religieuses du monde entier et de non-croyants se sont faits « pèlerins de la vérité, pèlerins de la paix » dans la ville du Poverello. Ce pèlerinage se déroule vingt-cinq ans après la première rencontre historique d'Assise convoquée par le bienheureux Jean-Paul II qui souhaitait que l'« Esprit d'Assise » ne se tarisse pas…


Assise : rencontre des délégations par KTOTV

L'« Esprit d'Assise », expression créée par Jean-Paul II lui-même, est centré sur l'engagement des croyants des diverses religions à promouvoir une culture de paix. « Cette rencontre avait, selon Jean-Paul II, une force spirituelle explosive, elle était capable de libérer de nouvelles énergies de paix ».

L'« Esprit d'Assise » devait continuer à se diffuser dans le monde entier, suscitant en chaque lieu de nouveaux témoins de paix et de dialogue, s'opposant à l'esprit de violence, à l'abus de la religion comme prétexte pour la violence.

C'est bien ce que Benoît XVI a rappelé à tous les chrétiens à la veille de ce pèlerinage pour la paix : « Les chrétiens ne doivent jamais céder à la tentation de devenir des loups parmi les loups. Ce n'est pas avec le pouvoir, avec la force, avec la violence que le royaume de paix du Christ s'étend, mais avec le don de soi, avec l'amour porté à l'extrême, même à l'égard de ses ennemis. Jésus ne vainc pas le monde avec la force des armes, mais avec la force de la Croix, qui est la véritable garantie de la victoire. Et cela a pour conséquence pour celui qui veut être un disciple du Seigneur, son envoyé, d'être également prêt à la passion et au martyre, à perdre sa vie pour Lui, afin que dans le monde triomphent le bien, l'amour, la paix. » (Audience générale du mercredi 26 octobre 2011)

Dans son intervention à Assise, il réaffirme, « avec force et grande fermeté», que la religion ne peut être que «porteuse de paix» : «la vraie nature de la religion» n'est pas de susciter la violence. «Celui qui est en chemin vers Dieu, ne peut pas ne pas transmettre la paix. […] L'orientation de l'homme vers Dieu, vécue avec droiture, est une force de paix. » Puis se tournant vers les chrétiens, le pape souligne que « la Croix du Christ est pour nous le signe de Dieu qui, à la place de la violence, pose le fait de souffrir avec l'autre et d'aimer avec l'autre. »

Face à la violence motivée par la religion «qui met toutes les religions face à la question de leur nature, nous contraignant tous à une purification», il y a celle motivée par « l'absence de Dieu qui conduit à la déchéance de l'homme et de l'humanisme. »

Attentif à l'éclipse de Dieu, Benoît XVI a eu l'idée d'inviter à cette rencontre interreligieuse de prière pour la paix plusieurs non-croyants, déployant ainsi un nouveau volet de l'« Esprit d'Assise ». Il sait qu'« il existe aussi, dans le monde en expansion de l'agnosticisme, une autre orientation de fond : des personnes auxquelles n’a pas été offert le don de pouvoir croire et qui, toutefois, cherchent la vérité, sont à la recherche de Dieu. Des personnes de ce genre n’affirment pas simplement : « Il n’existe aucun Dieu ». Elles souffrent à cause de son absence et, cherchant ce qui est vrai et bon, elles sont intérieurement en marche vers Lui. Elles sont « des pèlerins de la vérité, des pèlerins de la paix ». Elles posent des questions aussi bien aux athées militants qu'aux croyants. […] Ces personnes cherchent la vérité, elles cherchent le vrai Dieu, dont l’image dans les religions, à cause de la façon dont elles sont souvent pratiquées, est fréquemment cachée. Qu’elles ne réussissent pas à trouver Dieu dépend aussi des croyants avec leur image réduite ou même déformée de Dieu. Ainsi, leur lutte intérieure et leur interrogation sont aussi un appel pour les croyants à purifier leur propre foi, afin que Dieu – le vrai Dieu – devienne accessible. »

Ainsi donc, en ouvrant la porte aux agnostiques et à tous les « hommes de bonne volonté », Benoît XVI met les croyants et les incroyants ensemble devant leur responsabilité et les engage à un nécessaire processus de purification pour « se retrouver dans cet être en marche vers la vérité… et servir ensemble la cause de la paix », « animés par le désir commun d'être des pèlerins de la vérité, des pèlerins de la paix ».

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2 Commentaires

  1. PARIS

    Bonjour,
    Merci pour cette analyse, qui pour moi exprime bien la philosophie de  Benoit XVI, son engagement,
    son sens des responsabilités de guide catholique et au delà d'un Chrétien et surtout Frère de Tous.
    Malheureusement, au quotidien, trop de "bons pratiquants" avec de bonnes intentions blessent ou
    repoussent leurs Frères.  A divulguer … ! chacun … !