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Du foyer d’accueil au Metropolitan Museum of Art

de Regine Fohrer      19 novembre 2011

New York, Lettre du 14 novembre 2011.

J’aimerais vous présenter un nouveau visage. Il s’agit de Marie qui habite au foyer pour femmes que nous continuons à visiter tous les jeudis. Marie est haïtienne et ne parle pas anglais. Son visage fermé et si triste m’a tout de suite interpellée et lorsque je me suis approchée d’elle pour l’inviter à se joindre à notre groupe et qu’elle a découvert que je parlais français, elle n’a cessé de répéter : « Je suis seule ! Je suis seule ! Je suis toute seule ! »


Marie et Laetitia © Paul Anel
 

Un jour, elle me demande de l’accompagner chez le médecin car la dernière fois qu’elle y était allée, elle s’était complètement perdue ! Nous allons donc ensemble à Woodhull Hospital et très vite je me rends compte à quel point Marie est vulnérable, pauvre, terriblement pauvre. Dans sa poche, il n’y a qu’une carte de métro aller-retour, pas même un cent. Elle ne peut pas lire les panneaux, ne comprend pas ce que nous dit la personne qui nous accueille à l’hôpital et est complètement dépendante de moi comme le serait une enfant. Nous attendons pendant une bonne heure pour voir le médecin, un psychiatre hispanique qui ne pourra communiquer avec Marie que via une interprète et qui lui prescrit les médicaments dont elle a besoin. Puis il nous faut attendre une autre bonne heure à la pharmacie. Lorsque les numéros sont appelés, Marie n’est pas capable de reconnaître s’il s’agit de celui qu’il y a sur son ticket… Et pourtant pas une plainte de sa part ni de remarque amère sur la situation… Elle attend, elle me fait complètement confiance, nous sommes là ensemble et cela suffit… Lorsque nous parlons un peu de sa situation, elle m’explique que ses parents sont décédés, qu’elle n’a pas de frères et sœurs, qu’elle est venue aux USA avec son mari et ses quatre enfants, mais qu’à présent tout le monde est mort ! Il est difficile de savoir ce qui s’est vraiment passé… À la fin, Marie me regarde avec son bon sourire et me demande : « Est-ce que tu connais le livre de Job ? » Je réponds timidement « Oui un peu… » « Dieu a donné. Dieu a repris. Que Dieu soit béni ! C’est cela ma vie ! »

Il y a deux semaines j’ai proposé à Marie et à Kelly (qui vient des Philippines) d’aller visiter le Metropolitan Museum car ni l’une ni l’autre n’avaient été dans un musée avant et n’osent pas trop s’aventurer à Manhattan toutes seules. Nous nous étions donné rendez-vous à la cathédrale St-James pour la messe de 10 h 30. Toutes les deux étaient déjà en train de prier dans la cathédrale lorsque je suis arrivée. Elles s’étaient faites belles en prenant soin de leur coiffure, en se maquillant, etc. Dès que la messe est finie, elles se tournent vers moi pour me demander : « Alors, c’est bien aujourd’hui que nous allons au musée ? » Nous voici donc parties et le premier geste qui m’a émue fut Marie qui me tend une carte de métro. Elle avait demandé à son « case manager » une carte en plus pour moi ! Quelle grande délicatesse ! Arrivées au musée, je me demandais par quoi commencer car il y a tant à voir ! Je propose l’art médiéval en me disant que ce sera plus facile pour elle pour une première fois. Nous entrons dans la salle principale ou trône une magnifique Vierge tenant l’enfant. Kelly se précipite sur la statue pour l’embrasser ! Le garde quant à lui se précipite pour nous dire que nous ne pouvons pas toucher les œuvres d’art ! Et Kelly de se tourner vers moi et de me dire : « Mais sister Regina, elle est tellement belle ! » J’ai passé le reste du temps à essayer de convaincre Kelly que vraiment nous ne pouvions pas nous approcher trop près ni toucher et toujours la même réponse « Mais c’est tellement beau ! » Elles étaient comme deux enfants ! Puis nous sommes allées faire un tour dans Central Park que toutes les deux découvraient également et Kelly nous a offert des cacahuètes, un geste complètement gratuit (alors que le moindre dollar est compté !). Lorsque je leur ai dit en souriant « Et si je vous laisse là, pouvez-vous retrouver le foyer toute seules ? » « Surtout ne nous abandonne pas ! Nous n’avons aucune idée de là où nous sommes ! »

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