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La vie chrétienne, une histoire d’amitié

Nouveauté : publication en français du livre de don Giussani « Engendrer des traces dans l’histoire du monde »

En cette année du jubilé de Vatican II, les éditions « Parole et Silence » viennent de publier le livre de don Giussani qui synthétise de façon simple et organique les cinquante années d’expérience du mouvement « Communion et Libération ». Ce livre peut nous aider à relire les grandes intuitions du concile Vatican II à la lumière d’une expérience d’amitié concrète.

 

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Jean-Paul II a plusieurs fois souligné que le concile voulait apporter un nouvel humanisme chrétien au monde pour répondre au drame de l’humanisme athée. Entre l’idéologie collectiviste-étatique d’un côté et l’individualisme utilitariste de l’autre, l’Eglise a « sauvé » le sens profond de la personne. Le livre de Giussani est profondément personnaliste, il montre comment la personne naît et se comprend elle-même à partir de trois expériences fondamentales : la rencontre (amitié), la liberté et le don de soi.

Personne et communion

La première expérience de Saint Pierre est une rencontre qui le remplit de stupeur et qui lui donne un nom nouveau. La première expérience qui permet à l’homme de se comprendre comme personne est la préférence dont il est l’objet. J’ai été choisi, élu, estimé, préféré, aimé. Faire l’expérience de ce regard gratuit est le point de départ de la conscience de soi, un fait extérieur et imprévu qui me remplit d’émerveillement et de gratitude. Cette expérience ne peut rester uniquement « passive », elle réveille le désir le plus profond de l’homme : celui d’appartenir, d’être fils, de dépendre d’un autre au point de s’identifier à lui, comme Saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis … ». L’appartenance à un autre devient le cœur de ma personnalité. La préférence de Dieu réalise le plus grand miracle qui est celui de l’unité, par l’élection de chaque membre. A travers ces amitiés, l’homme n’est plus condamné à s’affirmer de façon individualiste pour « exister » ou à nier son « je » dans un « on » collectiviste, il peut engager sa personne, toute sa personne, en disant « nous », en vivant une solidarité qui s’étend jusqu’aux ennemis.

Liberté et responsabilité

La personne se dévoile aussi dans l’expérience de la liberté que Giussani définit comme une responsabilité, une réponse à la rencontre que j’ai faite. La liberté n’est pas la licence de suivre l’instinct ou l’émotion du moment mais au contraire la possibilité d’adhérer pleinement à ce que j’ai reconnu et jugé comme le plus attirant, le plus vrai, le plus satisfaisant pour ma vie : « …La parole  "responsabilité" est la source principale du goût de la vie. Si tu n’es pas responsable de ce qui te plaît ou qui t’attire, si tu n’y participes pas d’une manière ou d’une autre avec responsabilité, cela n’est pas à toi. Voilà pourquoi le paradis implique ta décision et ta responsabilité : parce que le paradis est pour l’homme et l’homme est libre ».

La liberté est donc essentielle pour la formation d’une personnalité mûre et une condition de l’éducation. La liberté est le rapport avec le destin comme dit Giussani, à savoir le but ultime de tout, le Mystère, voilà pourquoi l’acte humain est moral s’il est posé en fonction de la totalité, s’il ouvre la raison à la réalité « dans la totalité de ses facteurs », s’il ouvre le cœur à aimer profondément toute la réalité : « L’amour est un jugement provoqué par une Présence connexe à mon destin, que je découvre, que j’entrevois et pressens comme liée à mon destin. Lorsque Jean et André l’ont vu pour la première fois et se sont entendu dire : "Venez chez moi, venez et voyez", ils sont restés plusieurs heures pour l’écouter, ils ne comprenaient pas encore mais pressentaient déjà que cette personne était intrinsèquement liée à leur destin ».

Dans chaque acte vraiment libre, l’homme révèle et comprend sa personne, il est placé devant un absolu d’amour et de responsabilité.

L’offrande

Enfin la personnalité de l’homme émerge lorsqu’il donne sa vie. Giussani affirme : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour l’œuvre d’un Autre ». Découvrir sa personnalité, c’est découvrir à qui l’on veut donner concrètement tout ce que nous sommes. Dans son « oui », Saint Pierre remet au Christ la clé de sa vie, conscient de ses fautes, de sa misère, de ses trahisons passées et futures, il mendie au Christ la grâce de pouvoir offrir son humanité blessée. Le don de soi est gratuit, sans retour, pour la gloire humaine du Christ. L’appel à la mission n’est pas un « à côté », il ne concerne plus quelques « spécialistes » mais s’enracine dans le baptême, parce que nous avons été choisi, nous sommes envoyés, donnés au monde, offerts pour la gloire de Dieu. Puisque le Christ a eu compassion de l’homme au point de s’incarner, tout ce qui est dans le monde est à lui. La mission des laïques n’est pas de remplacer le clergé mais de s’engager pleinement dans toutes les ramifications de la vie et de l’activité humaine, pour « tout restaurer dans le Christ ».

Le Christ s’est incarné pour nous permettre de retrouver la beauté de notre humanité, car l’homme est complètement démuni pour se connaître : l’appartenance est un don, la liberté est don, la mission est un don, l’être est don : c’est l’expérience originaire et l’évidence première de l’homme : je ne me suis pas fait.

Charisme et personnalité

L’expérience d’un mouvement est co-essentielle à l’Eglise puisque c’est le lieu où je peux vivre une appartenance pleinement humaine et incarnée, où ma liberté est éduquée vers le bien ultime, et où je peux donner ma vie pour la mission selon le plan éternel du Père. Le charisme est pour Giussani un don qui rend le chemin vers le Christ attirant, engageant, pédagogique, attrayant, qui ouvre à la totalité de la réalité. « Engendrer des traces dans l’histoire du monde » explicite la dimension personnelle, humaine et théologique d’un charisme, par lequel les circonstances de ma vie s’intègrent aux mystères de la vie du Christ. 

Une culture qui peut tout valoriser

Le charisme offre aussi une culture nouvelle, fondée sur la rencontre avec le Christ qui permet de tout intégrer et de tout valoriser, ce qui est le sens authentique de l’œcuménisme : « L’oecuménisme part de l’avènement du Christ qui est l’avènement de la vérité de tout ce qui est, de tout le temps et l’espace, de l’histoire. C’est l’avènement de la vérité dans le monde : le Verbe s’est fait chair, la vérité s’est faite présence humaine dans l’histoire et demeure dans le présent. Cette Présence investit – tend à investir – toute la réalité. Lorsque l’on a la conscience claire de la vérité suprême qui est le visage du Christ, on peut alors découvrir quelque chose de bon dans tout ce que l’on regarde. L’oecuménisme n’est plus alors une tolérance générique qui peut laisser l’autre encore étranger, mais un amour de la vérité qui est présente, ne serait-ce que par un fragment, en chacun. Chaque fois que le chrétien rencontre une réalité nouvelle, il l’aborde positivement, parce que celle-ci possède un certain reflet du Christ, un certain reflet de vérité …Les limites accablantes sautent aux yeux de tous, par contre la vraie valeur des choses ne peut être décelée que par celui qui a la perception de l’être et du bien, celui qui fait connaître et aimer l’être, sans effacer, couper, fermer ou nier quoi que ce soit, parce que la critique n’est pas une hostilité aux choses mais un amour pour celles-ci.»

Pardon et miséricorde

Devant l’expérience du mal et de la souffrance, le chrétien ne reste ni dans la révolte, ni dans la paralysie ou le désespoir  : « La douleur pour ses propres péchés apparaît comme le début historique d’un amour qui attend un secours. L’homme s’accepte et se remet, il s’abandonne à un Autre, pour être changé. C’est cela la douleur. …C’est toutefois une douleur qui rit, comme celle des enfants qui sont tombés et ont le visage plein de larmes et de pleurs à cause de la douleur qu’ils ressentent, mais ils sourient à leur mère ou à leur père présent. Le miracle est de s’accepter et de s’en remettre à un Autre présent pour être changés, en étant devant Lui, en mendiant. »

Le désir de pardonner à son tour, d’être instrument de miséricorde révèle toute la beauté de la personne et de sa mission.

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Sans le présenter comme tel, ce livre « traduit » le concile « en acte », car comme l’écrit don Giussani : « Le christianisme n’est pas une doctrine religieuse, une suite de lois morales, un ensemble de rites. Le christianisme est un fait, un événement ». Le « fait » qui a accompagné et suivi le concile est la naissance des mouvements ecclésiaux, voilà pourquoi Jean-Paul II a désigné ces mouvements comme le premier fruit du concile.

La confusion qui a suivi le Concile a provoqué de nombreuses crises, hémorragies, souffrances au sein de l’Eglise. On peut espérer que le livre de don Giussani, en apportant enfin une lumière théologique sur ce qu’est un charisme, puisse favoriser la compréhension et l’accueil de ces communautés ainsi qu’un nouvel élan missionnaire.

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