Home > Fioretti > La Syrie, à l’heure du silence

de Monseigneur Samir Nassar, Archevêque maronite de Damas   12 juillet 2012
Syrie

Monseigneur Samir Nassar a été pendant des années le curé de la paroisse du Point-Cœur de Beyrouth. Aujourd'hui archevêque maronite de Damas, il est un témoin privilégié des souffrances de son pays d'adoption. Libre de toute idéologie et de tout message politique déplacé, il constate la tragédie qui se joue en Syrie, ne cessant d'attirer l'attention sur cette situation inextricable dans laquelle semble s'enliser le monde arabe, où s'affrontent sans merci chiites et sunnites.


© Points-Cœur

A L'HEURE DU SILENCE

A ce stade de grande et aveugle violence la règle du silence s'impose.
D'ailleurs nos petites voix sont étouffées par ce long et lourd calvaire
d'un petit peuple d'un côté
et d'une complexité diplomatique qui bloque toute solution de l'autre côté…

Ce petit peuple s'enfonce dans la souffrance et la violence gratuite et ne voit toujours pas l'issue…
Le pouvoir central affronte des vagues de rébellion successives
qui se passent la main et ceci depuis plus de 16 mois dans un interminable conflit…

Sortir dans la rue à Damas c'est croiser les réfugiés en colère qui cherchent
un refuge et quelques assistances qui font défaut.
Le manque de structures de charité, l'embargo et les faibles moyens disponibles,
n'arrangent pas le problème et nourrissent l'angoisse.

En dehors des divisions politiques, le chômage prolongé et l'insécurité
ont favorisé la terrible vague d'enlèvements d'individus en échange de rançons.
La personne souvent enlevée à la sortie de l'école ou de l'usine,
est soit un fils, un frère ou un père d'une famille qui continue à travailler…
Il faut voir la panique et l'angoisse de la famille qui se démène
pour réunir la somme d'argent auprès des cousins, voisins, amis et paroisses
en vue de sauver un fils, un frère ou un père kidnappé.
Cette mauvaise pratique terrorise la vie sociale et paroissiale :
la pratique religieuse déjà affaiblie baisse encore,
les enfants ne viennent plus au catéchisme et aux activités pastorales.
Les familles terrorisées ne pensent plus qu'à l'exode rendu impossible par la fermeture des consulats
et l'interdiction officielle de laisser passer les familles aux postes frontaliers.
Situation déprimante…

Alors, la minorité chrétienne se tourne vers ses Martyrs qui remplissent
l'Histoire et la Mémoire Collective…
 « N'AYEZ PAS PEUR » (Jn 6,20) dit le Seigneur.
Nos Martyrs de Damas de 1860 ont été célébrés le 10 Juillet 2012 dans un avant-goût du Royaume.

 

Vous aimerez aussi
La compassion à la lumière de l’art
En Syrie, les pierres crieront
Au coeur des inondations au Pérou
« L’art c’est l’espérance et l’affection qui parfume les douleurs des hommes »

2 Commentaires

  1. Claire Fortin

     
     
    "La règle du silence s'impose"… Comme on aimerait que les médias entendent cela et cessent leur verbiage vain ! Mais il faut croire qu'aucune finesse humaine ne s'impose à eux au point qu'ils nous imposent un regard toujours plus extérieur sur cette tragédie, qui ne fait que nous éloigner chaque jour davantage de la vie quotidienne des Syriens.