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De Jean-Paul II.

Le poète à la rescousse du philosophe et du théologien pour évoquer la patrie… Quand je pense : Patrie


CC BY-NC-ND Todd Ehlers

Quand je pense : Patrie – je m’exprime et m’enracine, le cœur m’en parle comme d’une secrète frontière allant de moi vers les autres, nous embrassant tous en un passé plus ancien qu’aucun de nous :
c’est de ce passé – quand je pense : Patrie – que j’émerge pour l’enfermer en moi tel un trésor.
Sans cesse je me demande comment le multiplier, comment élargir l’espace qu’il emplit.
(…)

Faut-il toujours conquérir la liberté, ne peut-on la posséder tout simplement ? Elle nous vient comme un don, mais se maintient par la lutte. Don et lutte s’inscrivent dans nos cartes secrètes, évidentes pourtant.
Tu paies ta liberté de toute ta personne. Nomme donc liberté : qu’en payant ton prix toujours à nouveau, tu peux toujours être en possession de toi-même. Par un tel paiement, nous entrons dans l’histoire, nous pouvons aborder aux siècles.
Entre les générations, quelle est la ligne qui partage ceux qui n’ont pas payé le prix et ceux qui ont trop payé ? Et nous-mêmes, de quel côté sommes-nous ?
Dans le passé, une telle volonté d’auto-détermination ne fut-elle pas au-dessus de nos forces ? Ne portons-nous pas tout le poids de l’histoire comme un pilier, dont la fissure n’a pu se refermer ?
(…)

L’histoire enduit les luttes des consciences d’une couche d’événements. Dans cette couche, victoires et défaites palpitent. L’histoire ne les recouvre pas, elle les fait ressortir.
(…)

Il ne nous faut pas perdre des yeux cette transparence qui accompagne tout ce qui nous vient, égarés dans la tour incommensurable où l’homme sait, malgré tout, vers quoi il se dirige.
Seul l’amour équilibre le destin.
Il ne nous faut pas étendre les dimensions de l’ombre.
Que la lumière frappe les cœurs, qu’elle illumine les ténèbres des âges. Qu’un torrent de force pénètre la faiblesse. A la faiblesse, nous ne saurions nous résigner.

Faible est le peuple s’il accepte sa défaite, s’il oublie qu’il reçut mandat de veiller jusqu’à ce que vienne son heure.
Car sur l’immense cadran de l’histoire, les heures viennent toujours.
Voici la liturgie de l’histoire. La vigile est Verbe du Seigneur et verbe du Peuple, parole toujours acceptée à nouveau. Les heures deviennent le psaume des conversions à n’en pas finir : nous sommes en marche pour prendre part à l’Eucharistie des mondes.

Terre, nous descendons vers toi, pour te dilater en tout homme – terre de nos défaites et de nos victoires, qui montes dans tous les cœurs en un mystère pascal.
Terre, qui ne cesses d’être une parcelle de notre temps.
Ayant appris une nouvelle espérance, nous allons traversant ce temps en quête d’une terre nouvelle. Et toi, nous t’élèverons terre vieille, fruit de l’amour des générations, d’un amour qui passe la haine.

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2 Commentaires

  1. guillaume

    Merci beaucoup pour ce très judicieux article et cette incitation à la lecture qui vient à point nommé! Lui, JPII, c'est du roc, c'est même du "lourd" comme disent certains jeunes!  Nous avions justement un hors série sur JPII qui "traînait" depuis quelques jours dans le salon sans que nous y ayions prêté attention… Quel clin d'oeil! Je l'ai parcouru ce matin dans le RER et j'ai trouvé très puissantes ces phrases qu'Isabel Rodelet nous faisait partager également: "…il s'agit de la souveraineté par laquelle, en même temps, l'homme est suprêment souverain". Une vraie boussole par les temps qui courent! 
     

  2. Aujourd'hui, en Colombie, c'est aussi la fête nationale: toutes les maisons sont fières d'hexiber leur drapeau…
    il y a aussi une bonne façon d'être nationaliste, en etant simplement fier de son pays, en reconnaissant son caractère unique.