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Un film pour la réconciliation franco-algérienne

Il y a quinze jours, est sorti sur les écrans un film qui a déjà fait beaucoup parler de lui : Ce que le jour doit à la nuit. Réalisé par un cinéaste français né en Algérie – Alexandre Arcady –, d'après le roman du même nom écrit par Yasmina Khadra, écrivain algérien.

Une très belle fresque des années 30 en Algérie jusqu'à l'indépendance du pays se déroule devant nous : Younes, jeune arabe élevé par son oncle Mohamed et sa tante Madeleine – couple franco-algérien –, vit dans l'insouciance de l'amitié avec Simon, Jean-Christope, Dédé, Fabrice, Isabelle et Emilie dans le village de Rio-Salado. Sur fond d'histoire d'amour impossible avec Emilie, fille de colon, Younes, lui-même victime et témoin d'injustices, finira par prendre fait et cause pour son peuple à l'heure venue de la révolte, qui plongera le pays dans le bain de violence et de sang que nous connaissons.

Cette réalisation est avant tout le fruit d'une rencontre entre l'auteur, arabe, ancien membre de l'Armée de Libération Nationale et le cinéaste, fils de pied noir, ayant quitté le pays à l'âge de 12 ans. « Quand j'ai rencontré Alexandre, je n'ai pas vu un réalisateur, j'ai vu un algérien qui revendiquait son droit de dire son pays ! » a déclaré Yasmina Khadra lors de la présentation du film à Alger le 7 septembre dernier, devant des officiels algériens et français et une salle comble.

Le film n'a pas la prétention d'apporter une solution ou des réponses à la question de la relation entre les deux pays. Jusqu'à la fin, la question reste ouverte : A qui appartient cette terre ? A ceux qui l'ont habitée en premier ou bien à ceux qui l'ont fait fructifier ? Il se veut avant tout un message pour aujourd'hui : « Ce film n’est pas là pour refaire le monde mais pour dire simplement qu’on n'a qu’une vie et quand l’amour se présente, il ne faut pas laisser passer l’amour, qui est la chose la plus importante, et qu’entre la France et l’Algérie, on a peut-être laissé passer cet amour. » Le souci du réalisateur est vraiment tourné vers les nouvelles générations : « Je pense aux jeunes franco-algériens qui sont dans cette double-culture, partagés, déchirés, quelquefois désorientés… », « …Qu'on oblige à choisir, alors qu'il ne faut pas choisir ! » poursuit Yasmina Khadra dans une interview commune aux deux.

La clé du film est peut-être alors dans une phrase sortie de la bouche de Madeleine. Younes, déchiré au plus profond de lui-même, l'interroge alors sur la genèse de son histoire d'amour avec Mohamed. Racontant que leurs deux familles les ont reniés en raison de leur union, elle finit par déclarer, malgré la souffrance : « C'est toujours l'amour qui gagne ! »

A l'occasion des 50 ans de l'indépendance de l'Algérie, puisse cette belle aventure d'amitié, cet amour et cette fascination communs pour la  beauté de leur pays, ce souci de contribuer à construire l'avenir des générations d'aujourd'hui, apaiser les esprits encore meurtris par un passé douloureux et ouvrir les cœurs à des horizons nouveaux.

 

 

 

 

Photo page d'accueil : © CC BY-NC [john]

 

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