Home > Eglise > La paternité de Benoît XVI

Jeudi dernier, à 20 heures, Benoit XVI a quitté le ministère pétrinien pour se retirer dans la prière et la contemplation de celui qu’il a servi et aimé toute sa vie comme un « humble serviteur de sa vigne ».

Lorsque les cloches ont sonné pour l’annoncer, le peuple de Dieu s’est senti seul. Nous entendions des sanglots discrets dans la cathédrale de Dakar. Il nous manque. Nous pourrions redire avec les disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin ? » (Lc 24, 32).

Plus que des discours, c’est une présence qui nous manque. La présence rassurante d’un père, d’un bon pasteur, d’un rocher sur lequel on peut s’appuyer, qu’on peut regarder surtout.
Il y a une beauté dans la personne de Benoit XVI qui attire le regard. Ce n’est pas la beauté de ce monde, la beauté esthétique des formes, mais c’est la beauté d’une attitude de toute sa personne qui nous a touchés, empreinte de simplicité, de vérité, de noblesse, la noblesse du don et du service, la noblesse de faire l’œuvre d’un Autre.

Le 8 février, le Saint Père donnait une dernière leçon aux séminaristes du Latran, comme un testament. Il disait ceci : « Nous sommes les héritiers, non pas d’un pays déterminé mais de la terre de Dieu, de l’avenir de Dieu. L’héritage est quelque chose qui appartient à l’avenir, et ainsi ce mot dit surtout que, comme chrétiens, nous avons l’avenir : l’avenir est à nous, l’avenir est de Dieu. Et ainsi étant chrétiens, nous savons que l’avenir est à nous et que l’arbre de l’Eglise n’est pas un arbre mourant, mais un arbre qui recommence toujours à pousser. L’avenir est à nous. »[1]

Voilà ce que le vieux Pape veut nous léguer : la certitude que l’avenir est à nous. Non pas tant parce que nos programmes politiques, pastoraux ou associatifs vont changer le monde, mais parce que, ce qui change le monde c’est nous avec la grâce de Dieu ! « Nous ne contribuons à un monde meilleur qu’en faisant le bien, maintenant et personnellement, passionnément, partout où cela est possible, indépendamment de stratégies et de programmes de partis. Le programme du chrétien – le programme du bon Samaritain, le programme de Jésus – est "un cœur qui voit". Ce cœur voit où l’amour est nécessaire et il agit en conséquence. » [2]

On ne peut recueillir son héritage si l’on ne voit pas dans sa personne ce souci qui l’a habité toute sa vie, cette « inquiétude du cœur » comme il le disait à la fête de l’Epiphanie dernière : « Il (l’évêque et tout chrétien) doit être pris par l’inquiétude de Dieu pour les hommes. Il doit, pour ainsi dire, penser et sentir avec Dieu. Il n’est pas seulement l’homme qui porte en lui l’inquiétude innée pour Dieu, mais cette inquiétude est une participation à l’inquiétude de Dieu pour nous. Puisque Dieu est inquiet de nous, il nous suit jusque dans la mangeoire, jusqu’à la Croix. "En me cherchant, tu as peiné ; tu m’as sauvé par ta passion : qu’un tel effort ne soit pas vain", prie l’Église dans le Dies irae. L’inquiétude de l’homme pour Dieu et, à partir d’elle, l’inquiétude de Dieu pour l’homme ne doivent pas donner de repos à l’évêque. » [3]

J’ai eu la très grande grâce de faire l’expérience de cette attitude de fond du Souverain Pontife. Alors que j’étais séminariste à Rome, j’ai eu l’occasion de rencontrer le cardinal Ratzinger et même une fois de parler avec lui. J’ai senti cette grande attention. Il m’a demandé où j’étudiais et son regard était sur moi comme celui d’un père empli d’un profond souci pour son enfant. Hans Urs von Balthasar disait que le ministère du Pape est un « ministère de Présence ». Sa personne en effet porte la présence du Christ. Et c’est pour ainsi dire le cœur de la mission de l’Eglise comme Benoit XVI l’a inlassablement rappelé : « À notre époque où dans de vastes régions de la terre la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus à s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf. Jn 13, 1) – en Jésus Christ crucifié et ressuscité. En ce moment de notre histoire, le vrai problème est que Dieu disparaît de l’horizon des hommes et que tandis que s’éteint la lumière provenant de Dieu, l’humanité manque d’orientation, et les effets destructeurs s’en manifestent toujours plus en son sein. » [4]

Les gens simples, le « petit peuple » de Dieu sait reconnaître cette grâce. Là où est Pierre, là est l’Eglise, là est le Christ. Lors de son voyage au Bénin en novembre 2012, il me plaisait de regarder le visage des gens sur le passage du Pape. Les visages étaient transformés par une joie mystérieuse. Nulle excitation, nulle idolâtrie, nul excès d’hystérie comme devant une star du show bizz… seulement la sensation d’être mis dans la sphère de Dieu à travers l’humanité humble d’un vieux monsieur. « J’ai déjà dit que beaucoup de personnes qui aiment le Seigneur aiment aussi le Successeur de saint Pierre et sont attachées à lui ; que le pape a vraiment des frères et sœurs, des fils et des filles dans le monde entier, et qu’il se sent entouré dans l’embrassement de leur communion ; car il ne s’appartient plus, il appartient à tous et tous appartiennent à lui. » disait-il ce mercredi lors de sa dernière audience générale devant des milliers de personnes venues le remercier. [5]
Il est beau que l’Eglise soit avant tout visage. Elle n’est pas une institution comme les autres : « Ici, on peut toucher du doigt ce qu’est l’Eglise – non pas une organisation, non pas une association à fins religieuses ou humanitaires, mais un corps vivant, une communion de frères et sœurs dans le Corps de Jésus-Christ, qui nous unit tous. »[6]

Le Christ a choisi de passer par les hommes depuis que Dieu s’est fait homme. Benoit XVI aura été et continuera à être par sa présence de prière « dans l’enclos de Saint Pierre »[7], cette humanité par laquelle Dieu manifeste sa présence, sa compassion, sa miséricorde pour nous.


[1]Lectio divina du Pape Benoît XVI, 8 février 2013, chapelle du séminaire pontifical romain.
[2] Lettre Encyclique Deus Caritas est, n°32, 25 décembre 2005.
[3] Homélie du Pape Benoît XVI pour la fête de l'Epiphanie, 6 janvier 2013.
[4] Lettre de sa sainteté Benoit XVI aux évêques de l’Eglise catholique au sujet de la levée des excommunications des 4 évêques consacrés par monseigneur Lefebvre, 10 mars 2009.
[5] Audience générale du mercredi 27 février 2013, place Saint-Pierre.
[6] Idem.
[7] Idem.

 

 

 

 

 

Vous aimerez aussi
Arvo Pärt reçoit le prix Ratzinger de théologie
Les fondements de l’occident chez Soljenitsyne et Benoît XVI
La foi de Benoit XVI, témoignage de Peter Seewald
L’urgence d’approfondir le débat politique en (re)devenant raisonnable

1 Commentaire

  1. rebiard

    Puissent les prêtres, suivre l'exemple de sa Sainteté Benoit XVI, pape émérite, chercher l'humilité et non les mondanités. Seule l'humilité, la simplicité, l'authenticité peuvent attirer des hommes à Dieu