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Exception Culturelle : une victoire en trompe-l’œil ?

de Clément R.   29 juin 2013
Temps de lecture 2 mn

« Je pense qu’il s’agit d’une polémique un peu simpliste comme toutes les polémiques de part et d’autre » estimait Pascal Lamy sur Europe 1 le 25 juin dernier[1]. Que s’est-il joué lors de ces deux dernières semaines au-delà d’une joute verbale tripartite entre la Commission Européenne, la France et les Etats-Unis ?


CC BY tiseb

Les mots échangés par médias interposés entre M. Barroso et M. Montebourg, puis étendus à d’autres membres du gouvernement viennent ponctuer la « victoire »[2] de la France qui désirait restreindre d’emblée le champ des négociations de l’accord de libre-échange bilatéral entre l’Europe et les Etats-Unis.

Un accord majeur

Cet accord pourrait être un tournant majeur dans le commerce mondial. Il s’agit selon toutes les estimations, quelles que soient les idées politiques, de 100 milliards d’euros de gains pour l’UE[3]. Ensuite, cet accord vient aussi entériner les échecs des cycles de négociations de l’OMC qui a toujours favorisé le multipartisme sans jamais aboutir. C’est donc un changement de cap qu’opère la Commission Européenne, qui a le mérite d’essayer d’innover pour sortir l’Europe de l’ornière économique[4], politique et sociétale[5] dans laquelle elle se trouve.

Ensuite, il semble juste de se demander dans quel livre de négociation la France est allée chercher ses techniques. En effet, pour une victoire en demi-teinte[6], symbolique et intimement liée à des questions de politiques intérieures, François Hollande et le gouvernement ont pris le risque de perdre beaucoup plus gros. Aujourd’hui certains peuvent claironner une victoire mais demain, lorsqu’il faudra lâcher quelque chose d’une toute autre magnitude dans ces négociations, car soyons en certains il le faudra, alors le joker aura été utilisé et il sera toujours temps d’accuser la mauvaise foi américaine.

 

Un trompe-l’œil

La culture[7] est le socle de la société et même des civilisations, il est juste de défendre le pluralisme et d’accompagner son évolution. Il semble néanmoins juste de se demander si cette prise de position radicale sert l’exception culturelle ou si elle n’a été qu’un instrument d’un autre dessein qui pourrait à terme la desservir.

A l’heure où la France entre en négociation au sujet de son déficit, qui attendra 4% au lieu de 3.7% du PIB en 2013, où le conseil de l’Europe rappelle « au pays des droits de l’homme » que les libertés de réunion, de manifestations et de circulation doivent être respectées[8], où le chômage se stabilise à un niveau historique[9], où la solitude atteint des sommets en France particulièrement chez les jeunes et les personnes âgés [10], cette « victoire » sonne comme une diversion.

La culture mérite plus que d’être un écran de fumée, le traité de libre-échange mérite mieux que d’abdiquer avant l’abattage[11], la France et l’Europe ont besoin de républiques apaisées[12].

Bérénice Bejo, a utilisé « the Artist » pour plaider sa cause devant la commission en expliquant clairement que sans les subventions et donc sans le principe d’exception culturelle, ce film n’aurait jamais vu le jour. Exemple intéressant lorsque l’on se rappelle la position de George Valentin, incapable de voir que des méthodes et des technologies éprouvées mais dépassées demandent  des évolutions. Vous avez dit réactionnaire ?

Décidément et à y regarder de plus près, cette victoire a un goût bien amer.


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3 Commentaires

  1. Il manque un détail à cet article: de quoi parle-t-il? Quel est le problème? Les enjeux?

    Ce serait intéressant d'avoir enfin des explications sur ce qui se décide au niveau européen: ce dont personne ne comprend rien, jusqu'à ce qu'on en ressente les conséquences pleines d'interdictions en tout genres, de règles établies par des lobbies qui dédomagent des gens déjà payés gracieusement pour servir leurs intérets!!

     

  2. Clement R

    @Paulo: le probleme reside dans la presentation du retrait de l exception culturelle  des negotiations du traite commercial bilateral entre l Europe et les etats-unis comme une victorie de la france. Les enjoys sont de deux ordres: Le premier economique car l'attitude de la France met l' Europe dans une position de faiblesse pour les négociations à venir, le second dans le fait que cette bataille est une diversiion face aux problèmes de politiques intérieures en France et dans d autres pays européens.

    L Europe n est pas un entité à part entière déconnectée des états comme beaucoup voudraient nous le faire croire mais comme le rappelait le Président ce sont les États qui décident pu en tous cas leurs représentants.  Les lobbys existent certes à la commission mais à n en point douter ils sont légions à l'Elysée, au parlement, à l assemblée et à Matignon. Il ne me semble donc pas que cet argument soit valide pour brocarder Bruxelles.

    enfin ce billet n à pas pour objet d expliquer le fonctionnement des institutions européennes mais libre à vous Paulo de vous renseigner et de nous partager vos découvertes, cela ferait j en suis certain un excellent article!

  3. Merci pour ces précisions, cependant je persiste à croire, bien que je sois proeuropéen, qu'il persiste un malaise au niveau des institutions qui ne règlent que des aspects économiques, et qui ne portent justement aucun projet culturel.

    Je trouve ça très domage, puisque pour moi la force de l'Europe est justement la spécificité culturelle de ses membres avant d'être un club de banquiers!!