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Syrie : le conflit vu par un chrétien irakien

19 juillet 2013
Temps de lecture 3 mn

Les chrétiens de Syrie subiront-ils le même sort que les chrétiens d’Irak ? Analyse de la situation par Yonadam Kanna, chrétien et homme politique irakien. « Si la Syrie s’effondre, cela mettrait en danger tous les chrétiens du Moyen-Orient ! » Pour Yonadam Kanna, député en Irak et secrétaire général du Mouvement démocrate assyrien, une main mise des djihadistes sur le conflit plongerait le Moyen-Orient dans le chaos. Interview.

Comment voyez-vous l’avenir pour les chrétiens du Moyen-Orient ?

Tout dépend des systèmes politiques et des régimes politiques de la région. Si les pays sont aux mains d’islamistes fanatiques, d’extrémistes ou de racistes alors cela aura des conséquences désastreuses pour nous. Si les régimes sont plutôt libéraux, s’ils garantissent à chacun ses droits civiques et respecte les Droits de l’homme et s’ils considèrent l’identité d’une population et non sa religion, alors tout se passera bien pour nous.

Il s’agit de la terre de nos grands-parents, une terre que nous aimons et où nous voulons continuer de vivre. Nous voulons vivre en paix avec nos partenaires et voisins, sur un pied d’égalité.

Mais si le pays est dirigé par des extrémistes ou des fanatiques, qui gouvernent en se basant uniquement sur la religion, la situation des chrétiens sera très difficile. C’est ce qui risque d’arriver en Syrie. Si cela arrive, nous devons nous attendre à un exode en masse des chrétiens du pays. C’est déjà ce qui est en train de se passer avec les coptes en Egypte, c’est également ce que nous avons vécu, nous en Irak, après la chute de Saddam Hussein.

La politique qui se met en place en Syrie, sous prétexte de se débarrasser du pouvoir en place, est très dangereuse. Si le régime s’effondre, les djihadistes prendront le pouvoir. Si les djihadistes prennent le pouvoir, ils représentent une menace, non seulement pour les chrétiens de la région mais également pour les musulmans, et je ne parle pas seulement de la Syrie mais du reste du Moyen-Orient et même de l’Europe. Ils font tout pour que le chaos s’installe, d’abord en Syrie, puis dans toute la région. Après la Syrie viendra le tour du Liban, puis de l’Irak et ainsi de suite.

Tout dépend donc du régime qui se mettra en place en Syrie, soit un régime démocratique, soit une autre forme de régime.

Quel conseil donneriez-vous à Georges Sabra (un chrétien président du Conseil National Syrien, le principal groupe d’opposition en Syrie) ou à tout autre leader chrétien en Syrie ?

Nous respectons la volonté du peuple syrien. C’est à eux de voir et de décider ce qu’il convient de faire. Mais je suis surpris de voir que ce ne sont pas eux qui prennent les décisions, les décisions sont prises par d’autres, de l’autre côté de la frontière. Ceux qui tentent de renverser le pouvoir ne sont pas des Syriens. Je dirais qu’il y a plus de 29 groupes de djihadistes qui se battent en Syrie. Je ne crois pas qu’ils écouteraient M. Sabra ou tout autre leader qui voudrait faire la promotion de la démocratie et de la liberté.

Comment savez-vous qu’il y a autant de combattants de différentes nationalités, de moudjahidin qui se battent en Syrie ?

Ce sont des informations rendues publiques. Ces chiffres ne sont plus un secret aujourd’hui. C’est peut-être dû à la présence de l’ONU et des agences de presse dans le pays. C’est ainsi que nous savons qu’il y a des combattants venus du Danemark, du Canada, de Tchétchénie, du Yémen, de partout. Il y a 57 pays musulmans dans le monde mais ces combattants ne viennent pas seulement des pays musulmans. Ils viennent aussi du Canada, de l’Europe et de l’Amérique. Parmi ceux qui ont été arrêtés en Syrie, il y en a qui avaient des passeports belges, il y a donc aussi des Européens.

Que voulez-vous dire à la communauté internationale, aux Nations Unies ?

Je les appelle à être plus justes dans leur politique envers notre région, je leur demande de ne pas faire de nous les victimes de leurs politiques et de leurs intérêts. Je comprends les besoins de l’Europe en énergie, leurs considérations de marchés etc. mais aujourd’hui, en Syrie plus de 90 000 personnes sont mortes à cause de ces politiques, de mauvaises politiques.

La libre volonté des peuples doit être respectée. S’ingérer de cette manière, d’une manière qui n’est pas la bonne, c’est dangereux.

Tout ce qui se passe de négatif ici, aura une répercussion négative en Europe. Ils doivent faire attention et ne pas permettre que les minorités, particulièrement les minorités religieuses, soient victimes de leurs politiques.

Propos recueillis par Nuri Kino, un journaliste indépendant basé en Suède, publié sur le site Portes Ouvertes