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La victoire de Derrick Coleman

Le 2 février, toute la nation avait les yeux tournés et les oreilles tendues vers le Stadium MetLife du New Jersey pour suivre le Super Bowl XL VIII. Les Broncos de Denver, représentant la meilleure attaque de la Ligue Nationale de Football et les Seahawks de Seattle, représentant eux la meilleure défense ont tranché la question durant un jeu dominé par les Seahawks, comme l'indique le score final : 43-8.

Personne dans l'état de Washington ne doute de l'importance de l'impact du 12ème Homme, le loyal et enthousiaste fan de base, sur les qualifications des bien-aimés Seahawks au cours des éliminatoires et sur leur succès au Super Bowl. Les encouragements, les chants, la mode et par-dessus tout la fidélité des fans des Seahawks ont été acharnés cette année, intimidant certainement les autres équipes et donnant du courage aux Hawks. Dans les semaines précédant le grand jeu, il y a eu à Washington une explosion de l'attirail des Seahawks : chapeaux vert brillant et bleu marine, chemises et écharpes, maillots, douze drapeaux, et plus encore.

Quand Derrick Coleman, l'arrière des Seahawks, #40, est entré dans le stade il y a quelques semaines, c'était avec tout le support du 12ème Homme, même s'il ne pouvait pas entendre ses acclamations aussi fort que le reste de l'équipe. Coleman, qui a aujourd'hui 23 ans, a été diagnostiqué souffrant d'une surdité il y a 20 ans, il porte des appareils auditifs et lit sur les lèvres pour recevoir les instructions sur le terrain. Ce que certains pourraient voir comme une déficience affaiblissante, Pete Carroll, l'entraîneur des Seahawks, affirme que cela donne réellement à Coleman un vrai avantage sur le terrain quand ça (le stade) devient très bruyant. Coleman lui-même reconnaît ce handicap comme un défi qui l'a encouragé à travailler davantage et lui a donné de la détermination, le menant là où il est aujourd'hui. Il est seulement le troisième homme sourd de l'histoire à jouer pour la NFL, et a dû se battre pour arriver à cette position.

Quand il était enfant, il a expérimenté la cruauté des camarades de classe, étant raillé parce qu'il portait des appareils auditifs, et quand il est devenu plus grand, il a constaté que "les entraîneurs ne savaient pas comment lui parler" et lui disaient de laisser tomber. Dans la publicité Duracell dans laquelle Coleman a joué récemment, il parle des réactions des gens devant ses aspirations à faire partie de la NFL : "Ils me disaient que ce n'était pas possible, que j'étais une cause perdue. J'étais harcelé et mis en dernier." En dépit de son talent et de son habileté prouvée au football, il n'a pas été choisi dans la sélection de la NFL après avoir obtenu son diplôme à l'université, mais il a dû tracer sa voie comme un agent libre.

Ce qui a peut-être permis à Coleman de se démarquer, plus encore que sa surdité elle-même et la façon dont il a tracé son chemin dans la vie en dépit de ce handicap, c'est la façon dont il se rend proche de la communauté des malentendants et combien il incarne le modèle d'une personne ayant rejeté l'insuffisance des exigences souvent infligée aux personnes avec un handicap. Il est pour cela une source d'inspiration pour tous et en particulier pour ceux qui sont sourds ou malentendants, ou ceux qui vivent avec un handicap. Dans l'esprit du 12ème Homme, Riley Kovalck, 9 ans, a écrit une lettre à Coleman juste avant le Super Bowl, lui racontant comment il était sa source d'inspiration, et qu'ils partageaient non seulement la passion du sport, mais aussi l'utilisation d'appareils auditifs. Elle ajoutait que sa sœur jumelle, Erin, portait elle aussi un appareil auditif. La première réponse de Coleman fut de lui écrire en retour l'appelant « mon amie », et disant, « bien que nous portions tous les deux des appareils auditifs, nous pouvons atteindre nos buts et réaliser nos rêves ! » Sa deuxième réponse fut de faire une surprise aux deux jumelles alors qu'ils étaient interviewés par la télévision en offrant à toute la famille des tickets pour le Super Bowl.

Le succès de la carrière de Coleman est un témoignage de ce que des personnes affaiblies mais fortes peuvent surmonter quand elles sont déterminées. Par ailleurs, sa gentillesse et sa proximité vis-à-vis des personnes avec un handicap sont le témoignage de la capacité du cœur humain à rester doux malgré les cruautés et les découragements passés. Son histoire est un rappel pour le 12ème Homme des Seahawks, les fans de football américain et le monde que le handicap ne doit pas définir la personne de façon négative, et qu'il y a la grâce qui agit malgré les défis auxquels nous devons faire face. En regardant au-delà de nous-mêmes, nos cœurs peuvent rester tendres et nos combats peuvent être transformés en quelque chose de beau et en quelque chose qui touche la vie des autres.

Katherine Joyce

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