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Philippe Jaccottet à la Pléiade : le dedans des choses

Il y a déjà quelques jours fut annoncée la publication de l’œuvre de Philippe Jaccottet dans la collection La Pléiade [1]. Cette nouvelle nous fait l’effet d’un baume. Elle est comme le gage qu’une parole vraie puisse encore être entendue. Ce qu’il disait des livres du passé pourrait bien désormais s’appliquer à celui-ci : « Les œuvres ne nous éloignent pas de la vie, elles nous y ramènent, nous aident à vivre mieux, en rendant au regard son plus haut objet. Tout livre digne de ce nom s’ouvre comme une porte, ou une fenêtre [2]. »


CC BY-SA Erling Mandelmann

Né le 30 juin 1925, ce Vaudois ayant passé une grande partie de sa vie à Grignan (Drôme) appartient à une génération – mais la nôtre a-t-elle changé ? – qui avait décidé que rien n’avait de sens et qui se complaisait tout autant dans la misère « sans issue » que dans les miroitements de « l’irréel [3] ». On avait alors déclaré qu’il ne pouvait plus y avoir de poètes et par une sorte d’illusion cynique, on avait fini par le croire. L’âme étouffait, prise aux rets de l’oiseleur.

A ces deux tentations, Philippe Jaccottet opposera, dans la sérénité inquiète d’une retraite qui est tout autre chose qu’un « asile contre le monde », des livres qui « ne parlent jamais que du réel (…), de ce que tout homme aussi bien peut saisir ». Avec cet air de s’excuser à chaque phrase, ce « magicien de l’insécurité » selon le vers de Char, se fait le héraut d’une audace vitale : celle de vouloir tenir l’expression de la « beauté », du véritable « je », d’une attitude essentielle que « tout conspire à taire » [4] comme en témoigne cette réflexion : « Leopardi affirme que la beauté est illusion et leurre : mais comment se fait-il qu’elle existe, qu’il ait cédé à ce point à son pouvoir, qu’il l’ait si bien servie ? Comment nier qu’elle dise quelque chose d’essentiel, comment l’assimiler à de quelconques mensonges [5] ? » Ses œuvres ressemblent parfois à des notations rapides, des instantanés, des promenades : « Je ne me suis pas penché sur le sol comme l’entomologiste ou le géologue : je n’ai fait que passer, accueillir [6]. » Elles interrogent l’émotion de brèves rencontres avec les choses : « Il me paraît essentiel de faire rayonner ce qui vous a été donné, pour des raisons profondément et essentiellement humaines, notamment pour contrer le nihilisme [7]. » Accusera-t-on la poésie d’être une illusion ? Il en soulignera l’inexorable vérité, si ténue soit-elle : « Même si c’est une illusion, elle aura été nourrissante. Et elle est peut-être tellement nourrissante qu’elle ne peut pas être tout à fait une illusion [8]. »

Pour autant, sa poésie, et tout aussi bien ses proses qui en expriment la recherche tâtonnante, témoigne d’une certaine défiance envers la parole. Voilà pourquoi au lyrisme tapageur, il préfère la simplicité du Haï-ku, « ce peu de mots » dans lesquels il trouve « l’ouverture infinie qui [le] fait vivre [9]. » Il sait qu’au moindre écart, la parole peut se flétrir et présenter soudain, une grimace déloyale. Dans une abnégation proche, parfois, du scrupule, il se met à la recherche de ce ton qui se tiendrait en suspens entre l’outrance et le désappointement. C’est alors que prend forme ce qu’il a pu appeler un « poème-discours (…), tel un bref récit légèrement solennel, psalmodié à deux doigts au-dessus de la terre ». A des moments, il sent qu’il y atteint, mais dès lors il comprend que cela ne tient à aucune technique, à aucune maîtrise, mais à un don qu’il ne pourra contrefaire à moins d’attendre qu’il ne soit de nouveau concédé [10].

Entre doute, reprise et repentir, s’esquisse peu à peu le contour d’une expérience « Et bien ! si ridicule que cela soit, il me semble que brille devant moi en ce moment le “dedans” des choses ; que le monde rayonne de sa lumière intérieure, qu’il m’est apparu “dans sa gloire” [11]. » C’est pourquoi il identifie volontiers sa recherche à celle de Morandi : « Comme si le peintre avait très patiemment frayé un passage à la lumière la plus apaisante qu’aucun de nous ait jamais espéré entrevoir [12]. » Et même si sa recherche de transparence confine parfois à l’immatérialité, il affirme cependant : « Le monde visible, le monde proche est finalement dix fois plus intéressant, parce que j’ai l’intuition qu’il contient en lui-même l’invisible ou une espèce de noyau de mystère, autrement dit qu’il n’y a pas besoin de passer de l’autre côté mais que d’une certaine manière le passage se fait dès ici [13]. »

Il n’aura de cesse, malgré les écueils, de vouloir cerner cette expérience : « Il m’a semblé deviner, faut-il dire l’immobile foyer de toute chose ? Ou est-ce déjà trop dire ? Autant se remettre en chemin [14]. » Il perçoit alors une responsabilité foncière, qui fait de sa courtoise prudence si caractéristique, plutôt qu’une hésitation, une crainte devant le mystère car « ceux qui manient la parole sont plus près de Dieu, ils ont donc le devoir de respecter la parole parce qu’elle porte le souffle, au lieu de le cacher, de le figer, de l’éteindre [15]. » De même, si « La divinité respire réellement [16] », « Qui peut encore parler si l’air lui manque [17] ? »

Mais un tel regard, une telle assomption, une telle transfiguration des choses, ne peut advenir que dans un dépouillement qui confine à la mort. Et c’est là sans doute le prix de la simplicité. Il questionne notre condition, il s’inquiète de la déchéance promise par le vieillissement, il laisse poindre la plainte dans les affres du deuil [18], ainsi, sa voix se déchire en bien des endroits : « Cette lumière souveraine sur les rocs, / portant au centre du fronton le disque en flammes / qui aveugle nos yeux, // si elle est sans pouvoir, comme il semble, sur les larmes, / comment l’aimer encore [19] ? » Mais il faudra reprendre le chemin, dans une « confiance faite par folie à l’inconnu [20] », accepter d’être guidé : « Celui qui ne voit plus très bien, qu’il se fie à l’enfant / pareille à l’églantier [21]… » C’est aussi le silence qui viendra secourir ce que la parole ne peut plus saisir : « Tais-toi : ce que tu allais dire / en couvrirait le bruit. // Écoute seulement : l’huis s’est ouvert [22]. »

Le titre d’un très beau recueil : Et, néanmoins, suffirait à exprimer son art poétique, fait de rencontres qui soudain, comme les violettes de Grignan nous auront « désencombré la vue [23]. » C’est ainsi que sa poésie, au delà de ses victoires chancelantes, engage sa tâche de consolation, comme l’exprime si justement ce critique à l’occasion de la publication à la Pléiade : « Une chance aussi pour ceux que la tombée du soir oppresse quand, avec les années, leur foi en la poésie chancelle, et qui éprouvent alors une infinie gratitude à la lecture de certaines confidences inoubliables. A propos d'une cantate de Bach, par exemple, plus précisément à propos d'une voix qui s'élève au-dessus de la houle instrumentale comme “la jubilation ascendante de l'alouette”, ces mots qui semblent hésiter sur le seuil de la nuit : “A l'écouter, il n'est plus de tombe qui tienne” [24]. »

Cette voix nous redit alors les mots qu’il crut entendre après la nuit de pauvreté dans l’aube désabusée : « Mais je l’entends encore qui parle, et sa parole / pénètre avec le jour, encore que bien vague : // “Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté / que sur la faute et la beauté des bois en cendres…” [25] »

 

Voir des entretiens avec le poète sur les liens suivants :

http://www.dailymotion.com/video/xhyn0k_philippe-jaccottet-5-de-l-admiration-motrice_creation

 


[1] Il s’agit d’un événement exceptionnel à plus d’un titre. Sur les plus de 550 ouvrages publiés seuls 15 auteurs ont été publiés de leurs vivant (Gide, Malraux, Claudel, Monterlant, Martin du Gard, Green, Yourcenar, Gracq, Ionesco, Sarraute, Lévi-Strauss, Kundera, Jaccottet, et, avant lui, seulement deux poètes : Saint-John Perse et Char). Remarquons qu’Henry Michaux avait refusé cet honneur. Mais les statistiques ne révèlent jamais que des aspects très extérieurs.
[2]« Innocence et culture, on ne devrait pas les opposer comme incompatibles. La vraie culture garde toujours un reflet de l’innocence native, et il arrive que ces reflets puissent passer même à travers des systèmes d’éducation médiocres ou douteux. Ce qu’il faut condamner, c’est un savoir qui stérilise son objet : ce qui pourrait tenir plus aux hommes qu’aux systèmes. En réalité, au contraire de ce que beaucoup proclament aujourd’hui, les œuvres du passé, qui constituent la culture, n’ont encore d’existence que dans la mesure où loin d’être ombres elles éclairent, loin de peser, elles donnent des ailes. Que leur nombre et leur perfection paralysent le créateur est autre chose. Les œuvres ne nous éloignent pas de la vie, elles nous y ramènent, nous aident à vivre mieux, en rendant au regard son plus haut objet. Tout livre digne de ce nom s’ouvre comme une porte, ou une fenêtre. » Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes, Paris, Gallimard, 1976 – Poésie/Gallimard, 2009. P. 130-131.
[3] « Deux tentations contraires et également dangereuses, entre lesquelles oscillent les journaux et beaucoup de livres actuels. » Ibid. P. 10.
[4] Comme le chanta Rilke, l’un de ses plus illustres maîtres auquel il consacrera une biographie aussi brève qu’essentielle. P. Jaccottet, Rilke, Paris, Points, 2006.
[5] P. Jaccottet, La semaison, carnets 1954-1979, Paris, Gallimard, 1984. P. 21.
[6] Avec les précédentes, Ibid. P. 9-10.
[7] M.  Vischer, « Entretien avec Philippe Jaccottet », Culturactif  [En ligne]. Entretien du 27/09/2000, publié le du 20/10/2000. Consultable sur le lien suivant : http://www.culturactif.ch/entretiens/jaccottet.htm
[8] M.  Vischer, « Entretien avec Philippe Jaccottet », Culturactif  [En ligne]. Entretien du 27/09/2000, publié le du 20/10/2000. Consultable sur le lien suivant : http://www.culturactif.ch/entretiens/jaccottet.htm
[9] « L’une des plus admirables (images du poète Hölderlin), entre beaucoup, se trouve dans une ébauche d’un hymne à Colomb : « car / pour peu de chose / était désaccordée, comme par la neige / la cloche dont / on sonne / pour le repas du soir ».  (…) En suspens ici comme elle l’est, l’image fait penser à un Haï-ku ; et quelques-uns me comprendront si je dis trouver dans ce peu de mots l’ouverture infinie qui me fait vivire ». P. Jaccottet, Paysages avec figures absentes, p. 155, note.
[10] Cf. P. Jaccottet, La promenade sous les arbres, Lausanne, Bibliothèque des arts, 2009, 1ère édition : Mermod, 1957.
[11] « Naturellement, on ne peut dire que cette remarque soit véridique ; mais des illusions ne conduisent-elles pas souvent, sans qu’on s’en doute, vers une espèce de vérité que l’exactitude ne cernera jamais ? » P. Jaccottet, La promenade sous les arbres, p. 54-55.
[12] P. Jaccottet, Le bol du pèlerin (Morandi), Genève, La Dogona, 2006. P. 77.
[13] P. Jaccottet, Paysages avec figures absentes, p. 11.
[14] C.  Ferré, « Entretien avec Philippe Jaccottet », Les dossiers de l’École des lettres [En ligne]. Entretien du 25/03/2000, revu par Jaccottet en février 2012. Consultable sur le lien suivant :
http://www.ecoledeslettres.fr/blog/wp-content/uploads/2012/02/entretien_avec_philippe_jaccottet.pdf
[15] P. Jaccottet, La semaison, p. 43.
[16] Ibid.
[17] Ibid. P. 29.
[18] Il semble ainsi confirmer ces vers traduits admirablement : « Mais les vivants font tous / l’erreur de trop trancher. Souvent, dit-on, / les anges ne sauraient pas s’ils marchent / parmi des vivants ou des morts. » R. M. Rilke, « Première Elégie », traduction de P. Jaccottet, in D’autres astres, plus loin, épars, Poètes européens du XXe siècle, Genève, La Dogona, 2005. P. 46.
[19] P. Jaccottet, « Le mot joie », in A la lumière d’hiver, suivi de Pensées sous les nuages, Paris, Poésie/Gallimard, 1994 (1ère édition 1977). p. 143.
[20] P. Jaccottet, La semaison, p. 30.
[21] Ibid. P. 123.
[22] Ibid. P. 144.
[23] P. Jaccottet, Et, néanmoins, Paris, Gallimard, 2001. P. 19.
[24] J. Serri, « Philippe Jaccottet en Pléiade : le triomphe de la poésie », L’Express [En ligne]. 07/03/2014. Consultable sur le lien suivant : http://www.lexpress.fr/culture/livre/philippe-jaccottet-en-pleiade-le-triomphe-de-la-poesie_1496968.html#J2jMXg4TbXkMrftm.99
[25] P. Jaccottet, « L’ignorant », Poésie 1946-1967, Paris, Poésie/Gallimard, 2008. P. 63.

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8 Commentaires

  1. DC

    L’ignorant

    Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
    plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
    Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
    enneigé ou brillant, mais jamais habité.
    Où est le donateur, le guide, le gardien ?
    Je me tiens dans ma chambre et d’abord, je me tais
    (le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
    et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
    que reste-t-il ? que reste-t-il à ce mourant
    qui l’empêche si bien de mourir ? Quelle force
    Le fait encor parler entre ces quatre murs ?
    Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet ?
    Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
    pénètre avec le jour, encore que bien vague :

    « Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
    que sur la faute et la beauté des bois en cendre… »

    Philippe Jaccottet, L’ignorant, Poésie 1946-1967, Paris, Poésie/Gallimard,p. 63

  2. DC

    Parler

    3

    Parler pourtant est autre chose , quelque fois,
    que se couvrir d’un bouclier d’air ou de paille…
    quelquefois c’est comme en avril, aux premières tiédeurs,
    quand chaque arbre se change en source, quand la nuit
    semble ruisseler de voix comme une grotte
    (à croire qu’il y a mieux à faire dans l’obscurité
    des frais feuillages que dormir),
    cela monte de vous comme une sorte de bonheur,
    comme s’il le fallait, qu’il fallût dépenser
    un excès de vigueur, et rendre largement à l’air
    l’ivresse d’avoir bu au verre fragile de l’aube.

    Parler ainsi, ce qui eut nom chanter jadis
    et que l’on ose à peine maintenant,
    est-ce mensonge, illusion ? Pourtant, c’est par les yeux ouverts
    que se nourrit cette parole, comme l’arbre
    par ses feuilles.
    Tout ce qu’on voit,
    tout ce qu’on aura vu depuis l’enfance,
    précipité au fonde de nous, brassé, peut-être déformé
    ou bientôt oublié – le convoi du petit garçon
    de l’école au cimetière, sous la pluie ;
    une très vielle dame en noir, assise
    à la haute fenêtre d’où elle surveille
    l’échoppe du sellier ; un chien jeune appelé Pyrame
    dans le jardin où un mur d’espaliers
    répercute l’écho d’une fête de fusils :
    fragments, débris d’années –

    tout cela qui remonte en paroles, tellement
    allégé, affiné qu’on imagine
    à sa suite guéer même la mort…

    6

    J’aurais voulu parler sans images, simplement
    Pousser la porte…
    J’ai trop de crainte
    pour cela, d’incertitude, parfois de pitié :
    on ne vit pas longtemps comme les oiseaux
    dans l’évidence du ciel,
    et retombé à terre,
    on ne voit plus en eux précisément que des images
    ou des rêves.

    Philipe Jaccottet, A la lumière d’hiver, Poésie/Gallimard, 1994, p. 39-51

  3. DC

    Maintenant, nous montons dans ces chemins de montagne,
    parmi des prés pareils à des litières
    d’où le bétail des nuages viendrait se relever
    sous le bâton du vent.
    on dirait que de grandes formes marchent dans le ciel.

    La lumière se fortifie, l’espace croît,
    les montagnes ressemblent de moins en moins à des murs,
    elles rayonnent, elles croissent elles aussi,
    les grands portiers circulent au-dessus de nous –
    et le mot que la buse trace lentement, très haut,
    si l’air l’efface, n’est-ce pas celui que nous pensions
    ne plus pouvoir entendre ?

    Qu’avons-nous franchi là ?
    Une vision, pareille à un labour bleu ?

    Garderons-nous l’empreinte à l’épaule, plus d’un instant,
    de cette main ?

    Philippe Jaccottet, A la lumière d’hiver ; Poésie/Gallimard 1994, p. 135

  4. DC

    Le secret

    Fragile est le trésor des oiseaux. Toutefois
    Puisse-t-il scintiller toujours dans la lumière !

    Telle humide forêt peut-être en a la garde,
    il m’a semblé qu’un vent de mer nous y guidait,
    nous le voyions de dos devant nous comme un ombre…
    Cependant, même à qui chemine à mon côté,
    même à ce chant je ne dirais ce qu’on devine
    dans l’amoureuse nuit. Ne faut-il pas plutôt
    laisser monter aux murs le silencieux lierre
    de peur qu’un mot de trop ne sépare nos bouches
    et que le monde merveilleux ne tombe en ruine ?

    Ce qui change même le mort en ligne blanche au petit jour, l’oiseau le dit à qui l’écoute.

    Philippe Jaccottet, L’ignorant, Poésie 1946-1967 ; Poésie/Gallimard, p. 58

  5. DC

    La voix

    Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante avec cette
    voix sourde et pure un si beau chant ? Serait-ce hors de la ville,
    à Robinson, dans un
    jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près, quelqu’un qui
    ne se doutait pas qu’on l’écoutât ?
    Ne soyons pas impatient de le savoir
    puisque le jour n’est pas autrement précédé
    par l’invisible oiseau. Mais faisons seulement
    silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
    aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
    sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
    Qui chantait là quand notre lampe s’est éteinte ?
    Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le cœur
    qui ne cherche la possession ni la victoire.

    Philippe Jaccottet, L’ignorant, Poésie 1946-1967, Poésie/Gallimard, p. 60

  6. Claire

    Grande gratitude, Denis !
    Les vidéos sur DailyMotion m’empreignent d’admiration et d’étonnement. Mais qui est-il, et que voit-il ? Merci à lui pour avoir tenté de le traduire…