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La solitude : nouvelle pauvreté

Notre société est profondément malade. De récentes études [1] présentent des chiffres terribles au sujet de l'isolement en France qui révèlent qu'à l'heure où les moyens de communication se développent, les Français se meurent de solitude. Les réseaux sociaux s'étendent, mais les personnes vivent des situations d'isolement plus profondes.


© Jean-Marie Porté

Ces études dévoilent que les grands réseaux de proximité que sont la famille, les amis et le voisinage sont extrêmement affaiblis. Quatre français sur dix n'ont aucun contact avec leur famille (39 % en 2014 contre 33 % en 2010). Un Français sur quatre n'a pas de relations amicales soutenues (25 % en 2014 contre 21 % en 2010), et près de quatre sur dix n'ont pas ou peu de contacts avec leurs voisins (36 % contre 31 %). Voilà bien le mal du siècle : la solitude.

Aujourd'hui, un Français sur huit est touché par la solitude soit cinq millions de personnes (un million de plus qu'en 2010). Cette augmentation se retrouve dans toutes les tranches d'âge de la population mais caractérise particulièrement les personnes les plus fragiles. Les plus de 75 ans ont subi de plein fouet cette montée de la solitude depuis quatre ans. En effet, une personne âgée sur quatre est désormais seule (27 % en 2014 contre 16 % en 2010). Dans les grandes agglomérations, elles sont un tiers à vivre ces situations d'immense solitude contre 21 % en milieu rural. Chez les moins de 40 ans, la solitude a doublé en 4 ans (7 % en 2014 contre 3 % en 2010). Ce fléau commence aussi à toucher les 18-29 ans.

Pourquoi la solitude ne cesse-t-elle pas d'augmenter ces dernières années ? Comment un tel malaise peut-il naître dans un pays souvent considéré comme un modèle au niveau de la santé, des structures sociales, des retraites et des droits de l'Homme ?

Ces chiffres mettent en lumière que ce qui est le plus nécessaire à l'homme est d'avoir quelques amis. Aristote déjà considérait l'amitié comme « la condition sine qua non du bonheur dans la vie ». « Elle est pour l’homme, dit-il, un bien nécessaire et vital. Sans elle, l’homme manque de quelque chose d’intrinsèquement désirable. Sans ami personne ne choisirait de vivre, eut-il tous les autres biens » (Ethique à Nicomaque L. VIII-IX).

La société moderne s'occupe de satisfaire le plaisir des personnes, d'assurer leur sécurité, de préserver leur confort. Les maisons de retraite sont soumises à des normes de plus en plus strictes. Les plans de retraite sont constamment réajustés…. Toutes ces mesures ne peuvent cependant satisfaire le désir le plus ontologique de l'être humain : son besoin de gratuité.

De plus en plus en effet, les relations deviennent mondaines, anonymes, virtuelles, et instrumentalisées pour parvenir au bien-être, au plaisir, à un certain confort de vie. Or, une amitié vraie ne peut être un moyen. Elle est un but en soi. La finalité de l'amitié est en effet la personne elle-même, le cœur de l'homme. « L'amitié n'est pas quelque chose d'optionnel. L’homme sans amitié n’est pas un homme, il n’est pas lui-même, il est perdu, il ne peut qu’être triste ; on ne lui donnerait même pas cent lires à négocier car on ne peut lui faire confiance » (Luigi Giussani).

Quel remède apporter à ce mal du siècle ? Comment faire face à cet état d'urgence ? Quelle réponse y apporter ?
Même si l'Etat dépensait des millions pour chercher des molécules anti-solitude ou que les plus grands scientifiques mettent au point des traitements et des techniques de soins contre l'isolement, il est facile de deviner que cela ne changerait rien. En revanche, certains charismes qui sont apparus dernièrement dans l'Eglise sont comme une réponse de l'Esprit Saint à ce mal du siècle qu'est la solitude. L'œuvre d'une Mère Teresa par exemple ou le charisme de Points-Cœur en sont des exemples : ils rappellent l'urgence de la présence, de la gratuité et de la rencontre, sans se limiter à une unique catégorie de personnes car la solitude n'a pas de limites.

Il nous appartient en entourant les autres de tant d'humilité et de respect, de tant de bonté et de tant d'amour qu'ils découvrent leur âme et qu'ils osent l'exprimer. Il n'y a pas d'oeuvre plus grande que celle-là, il n'y en a pas de plus nécessaire. Ce n'est que sous les auspices de sa dignité recouvrée que l'homme reconnaîtra, dans son esprit, le sanctuaire d'une Présence mystérieuse. (L'Évangile intérieur de Maurice Zundel)

 


[1] L'enquête a été réalisée par l'institut d'études TMO régions pour l'Observatoire de la Fondation de France par téléphone en janvier, auprès de 4.007 personnes âgées de 18 ans et plus.
http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/07/07/01016-20140707ARTFIG00145-les-personnes-agees-frappees-de-plein-fouet-par-la-solitude.php

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1 Commentaire

  1. David Bailly

    Merci Alex pour ce rappel du caractère essentiel des relations désintéressées, et cet appel à ouvrir nos cœurs à ceux que nous croisons…