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Vie et mort de James Foley : deux lueurs dans l’obscurité en Orient

Dans la région tourmentée du Proche et du Moyen-Orient, qui paraît chaque jour plus obscure et difficile à comprendre, la vie et la mort de James Foley luisent comme deux lumières. Elles nous indiquent faiblement, mais clairement, un chemin vers la vérité. C'est la ligne de crête que James Foley a essayé de suivre dans sa profession..

Allant au cœur des combats pour couvrir les révolutions libyennes puis syriennes en 2012, le journaliste américain témoigne de ce que la vérité ne se trouve pas, dans cette région du monde, dans des principes abstraits (liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes, tolérance religieuse, droit au développement économique) mais dans des situations concrètes, auxquelles il avait le courage de se confronter pour en rendre compte. En mai 2013, une partie de la presse française attribuait sans preuve son enlèvement (intervenu le 22 novembre 2012 au nord-est de la Syrie par des jihadistes) aux forces de Bachar al-Assad. Au nom de principes idéologiques, la vérité était ainsi construite et imposée dans les médias français – de manière bien contraire au journalisme que vivait James Foley. Celui-ci nous donne une autre leçon, valable pour chacun comme pour la politique internationale : l'attitude vraie à adopter dans telle ou telle situation n'est pas à trouver dans une objectivité désincarnée mais implique de prendre un risque, de s'engager en faveur de ceux qui nous sont confiés. Un article du Figaro le 19 août dernier expliquait comment la France avait oublié depuis 40 ans les chrétiens d'Orient, en particulier les chrétiens maronites du Liban (pays avec lequel elle avait pourtant des liens particuliers). James Foley s'est engagé jusqu'au bout, s'est « donné » jusqu'au bout pour les populations qu'il avait choisi de couvrir.

La mort de James Foley devient alors comme un signe d'espérance. Si elle ne remplace pas les interventions armées, elle rappelle que la réalité du combat se trouve dans le don que chacun fait de lui-même, dans la vie quotidienne ; que la vérité se trouve dans la gratuité et l'inutilité de l'amour. Dans une lettre écrite en 2011 et publiée par l'Université américaine Marquette (dont James Foley a été diplômé en 1996), le journaliste écrivait l'importance qu'a eue la prière durant sa captivité en Libye. C'est la prière qui l'a fait tenir. C'est la prière qui l'a conduit à une « libération intérieure ». Il a ainsi puisé la force d'être jusqu'au bout un témoin de la vérité, allant jusqu'au sacrifice gratuit de sa vie à 41 ans.

Lien vers le discours prononcé par James Foley à l'Université Marquette en 2011 à son retour de Libye : http://www.marquette.edu/differencenetwork/james-foley.php

Lien vers la lettre écrite par James Foley sur sa détention en Libye : http://www.marquette.edu/magazine/recent.php?subaction=showfull&id=1318951203&