Home > Politique > Sarkozy : le retour

De Jean L. Que faut-il retenir de l'intervention de Nicolas Sarkozy de dimanche soir ? Quelle est la question qu'elle soulève réellement ?

Un constat et des promesses

La grande nouvelle qui agite les médias n’en est pas une. Un suspense très mesuré, calculé, fait place à des réactions très stéréotypées. Aux titres des quotidiens : « Sarkozy n’a pas changé », l’écho répond : « les commentateurs politiques et les médias non plus ! ».

Quant au contenu de l’intervention, retenons que le bilan dressé par Sarkozy est clair, pertinent sous bien des aspects. L’esprit français est à l’œuvre, celui de l’analyse, des constats. Ceux-ci glissent, même si Sarkozy s’en défend, sur le terrain des propositions et des promesses pour finalement déboucher sur celui des idées. C’est François Fillon lui-même qui affirmait dimanche, réagissant à l’annonce de la candidature de Sarkozy : « L’UMP n'a pas besoin de personnes providentielles, mais d’idées ».

Les attaques sur la personne fusent : sa nervosité, son impulsivité, sa tentative maladroite de passer pour un homme posé, ce qu’il n’est assurément pas. Sur le fond, l’absence de vision est mise en exergue : Sarkozy est un réactif qui vogue au gré des circonstances – comme si la simple vision portait en soi l’énergie et la volonté nécessaires à l’action. Bref, il n’est pas le défenseur d’idées et de valeurs dont la Nation-France a besoin. Car en France, constats et idées semblent être devenus les deux mamelles de la politique.

Des hommes d’action

Derrière cette rentrée médiatique d’un personnage qu’on aime ou qu’on déteste, se pose plutôt la question : en France, existe-t-il des hommes politiques qui soient réellement des hommes d’action ?

Le leitmotiv de Sarkozy sur la souffrance des personnes, leur désespérance, leur dégoût de la chose politique, soulève indirectement une autre question qui tiraille l’âme française : la gouvernance. Est-il possible d’enrayer l’apparent écroulement économique, politique, moral, culturel de notre société ? La roue tourne-t-elle inexorablement, sans que l’homme n’ait aucune emprise sur le cours des choses ? L’homme politique a-t-il un rayon d’action, le chef d’Etat gouverne-t-il ? Cette absence de timonier à la barre du bateau-France, rendue plus manifeste encore par le quinquennat de François Hollande, est une réelle source d’angoisse. Le peuple français a-t-il donc le droit d’espérer encore d’être gouverné par une figure qui le représente, le protège et pourquoi pas le guide ?

Dans la période critique des années soixante, a surgi l’idée d’un pacte très concret entre le peuple et son président. La saturation des débats d’idées intéressants, passionnés mais stériles vécus de longues années pendant la IVe République au sein de la chambre des députés conduit à la refonte de la Ve République, lui permettant de renouer avec cette figure emblématique du président. Celui-ci, disposant d’un lien direct avec le peuple par le suffrage universel, se porte garant de l’intégrité de la France en Europe et dans le monde et tout à la fois de l’action de son gouvernement, et en répond éventuellement dans le Référendum (hélas quasi totalement ignoré, voire bafoué comme ce fut le cas pour l’entrée dans l’Europe).

Retour réussi ou réchauffé, peu importe. Si le combat d’idées parfois si violent et aboutissant à des crispations insurmontables reste indispensable, se repose avec plus d’acuité la question : existe-t-il des personnes politiques capables d’être des gouvernants ? Est-il légitime de croire à la valeur de l’action aussi dans le domaine de la politique ? Faut-il se contenter indéfiniment de l’exemple de la politique locale et municipale où se conjuguent bien souvent la pensée et l’action, la mise en œuvre concrète et la personne qui gouverne, en s’interdisant à y croire au niveau national, lorsqu’il s’agit de la gouvernance d’un peuple tout entier ? Car c’est bien à des personnes qu’aspirent le bon sens et le flair politique des Français, pas à des litanies d’idées et de promesses pour lesquelles on est tous prêts à mourir, « mais de mort lente », comme chantait si bien Georges Brassens !

 

Jean L. 

6 Commentaires

  1. Patrick Lafarge

    Cet article me redonne plutôt le désir de chercher des personnes de confiance, porteuses de vision, certes, plutôt que de devoir me résoudre aux idéologies mielleuses et sans visages qui ne supportent autre langage que le leur, celui de la bien-pensance. Déposer quelques grains d’encens à leur système juste, tolérant et fraternel, mais glacial… jamais. Rechercher des personnes porteuses d’espérance, oui.

  2. Pierre Lefranc

    C'est sûr que le dilemme reste entier: les idéologies qui se suivent les unes après les autres, ou le culte de la personnalité. J'apprécie que l'article rappellent simplement que les idées sont portées par des personnes, et que la personne se manifeste dans ses actes: "L'acte est l'épiphanie de la personne", disait JP II. Plus simplement encore don Giussani: "Il est s'il agit". Et nous avons cruellement besoin de personnes de "substance"…

  3. Bruno ANEL
    Bruno ANEL

    « Terre de compassion » est un site dédié à la compassion et à l’émerveillement. Cet article ne relève ni de l’une ni de l’autre, mais admettons que la réflexion y a aussi sa place. »Est-il légitime de croire à la valeur de l’action aussi dans le domaine de la politique » ? La question est bonne.
    Ne faisons pas grief à nos hommes politiques d’être inactifs: ils sont actifs, mais leur action a-t-elle prise sur le réel ? Nicolas Sarkozy a lancé le « paquet fiscal » dont il espérait une relance de l’investissement: elle n’est pas venue et il a regretté d’avoir pris cette mesure dont on a seulement gardé le souvenir d’un cadeau aux riches. Dans le même but, François Hollande a lancé une « politique de l’offre »: si elle ne porte pas plus de fruits que le paquet fiscal, on en gardera le souvenir du cadeau fait aux entreprises sans contrepartie. Le temps n’est plus où un Raymond Poincaré et un Antoine Pinay rétablissaient la confiance par leur seule présence au gouvernement: ils gouvernaient en un temps où la productivité progressait , favorisait la croissance et le retour rapide de la confiance. Même Raymond Barre, qui avait le même profil, s’est heurté à la baisse de la croissance et a commencé à laisser filer les déficits. La volonté politique peut-elle quelque chose ? Oui,probablement, mais à l’échelle du sous-continent européen. Souhaitons bien du courage à Jean-Claude Juncker, et encourageons nos hommes politiques à l’engagement européen.

  4. Pierre Lefranc

    Personnellement je trouve que regarder la vérité en face, la tension extrême de la vie politique avec ses errements, c’est aussi s’approcher de l’absurdité et de la croix des hommes. Merci de vous y risquer.

  5. Thibault

    « Est-il possible d’enrayer l’apparent écroulement économique, politique, moral, culturel de notre société ? » J’ai lu récemment un intéressant article mettant en lumière à partir des sciences physiques qu’il est une loi fondamentale de l’univers que la matière et la vie et donc la société n’évoluent pas selon un cycle stable et équilibré (sciences classiques de Newton), mais selon « l’imprévisible macroscopique » apparemment chaotique d’où peut surgir un nouvel équilibre… Nous sommes dans une phase historique de profond déséquilibre qui est loin d’être terminée. Mais de ce chaos peut surgir l’ordre, un nouvel équilibre: cet éloge du chaos nait de la foi en l’homme (sa liberté, sa conscience, son élan naturel vers le vrai) et en Dieu qui conduit toute chose. Le chaos est nécessaire, même si on ne le comprend pas plus que la Croix. Il me semble aussi que l’homme politique est à la fois « providentiel » dans le sens où il reçoit la grâce de remettre de l’ordre en suscitant un nouveau départ à un moment précis de l’histoire, mais qu’il est aussi le « fruit de l’histoire », son fils, la réalisation d’une certaine espérance. Aujourd’hui le chaos est tel qu’il est peu probable d’avoir « ce fils » dans un temps proche… sauf si…