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Illute (prononcer Illouteu) vit dans le quartier Neuköln à Berlin. Auteur-compositeur, elle s’est attirée un public fidèle pour la profondeur de ses textes et la vérité qui émane de sa personne. Fragile, discrète à la limite de l’effacement, la beauté et la force de sa personnalité se donnent à voir pleinement lorsqu’elle se met à chanter.


Illute © Points-Cœur

Avec « Sichtbar » (visible), extrait de son dernier album [1], elle se demande ce qui la fait exister aux yeux des autres. Sa présence ? Les choses qu’elle rencontre ? Mais tout semble incertain. La chanson met en scène un dialogue avec quelqu’un qui prétend résoudre ses difficultés. Mais elle ne se satisfait pas des réductions dans lesquelles on voudrait l’enfermer. Elle pense intérieurement qu’elle veut « aller plus loin, / plus loin que ce qui a été prévu », qu’elle veut « voir plus loin, / plus loin que ce qui a été pensé » (ou décidé pour elle).

Ce très beau texte nous offre une réflexion profonde sur ce qui donne consistance à une personne : sa fragilité ? Les fautes qu’elle a faites ? Les solutions pratiques qu’on s’empresse d’accumuler pour résoudre ses problèmes ? Bien plutôt, ce sol, fondement, cette terre ferme, cette raison profonde (« Grund » en allemand signifie tout cela !) dont elle est en quête et qui transparaît lorsqu’elle se donne.

 

 

 

Visible
(traduction D.C.)

 

Mais qu’est ce qui vraiment
Me rend visible ?
Est-ce l’espace où je suis
quand je m’assieds ?
Où bien ce sont mes bras
que je tends dans les jours
dont j’ai besoin ?

Est-ce la faute que je porte ?
Est-ce le fond que je cherche ?
Selon l’endroit où je suis,
et selon la lumière,
quand je m’en vais,
est-ce que j’emporte ce qui disparait?

Et tu dis : « Assieds-toi donc
et dis-moi qui tu es,
tiens-toi bien, tiens-toi tranquille,
afin que je puisse te voir,
et comprendre ce que tu as ».
 
Mais, je veux aller plus loin,
plus loin que prévu,
je veux voir plus loin,
que ce que tu as vu.
Je jette l’espérance par dessus bord
et ne me retourne pas,
car le passé n’est déjà plus qu’un mirage.

Oh, je regarde mes pieds
sous ta table,
et ton plancher sous mes pieds.
Mais ce n’est pas encore le fond…
pas encore le fond…
pas encore le fond…
 
Mais qu’est ce qui vraiment
Me rend visible ?
Est-ce l’espace où je suis
quand je m’assieds ?
Où bien ce sont mes bras
que je tends dans les jours
dont j’ai besoin ?

Est-ce la faute que je porte ?
Est-ce le fond que je cherche ?
Selon l’endroit où je suis
et selon la lumière,
quand je m’en vais,
est-ce que j’emporte ce qui disparait ?
 
Et tu dis :
« Dans la vie ce ne sont pas tes rêves qui comptent,
contente-toi de ce qui vient.
Ecoute donc mes conseils,
écoute mes conseils. »
 
Je veux être un bon invité.
 
Mais je veux aller plus loin,
plus loin que prévu,
je veux voir plus loin,
que ce que tu as vu.
Je jette l’espérance par dessus bord
et ne me retourne pas,
car le passé n’est déjà plus qu’un mirage.
 
Oh, je regarde mes pied sous ta table,
et ton plancher sous mes pieds.
Mais ce n’est pas encore le fond,
pas encore le fond,
pas encore le fond,
pour sentir
ce dont j’ai besoin
pour sentir
ce que je peux comprendre
pour sentir
ce que je pense
pour sentir
ce que je sais,
ce que je sais,
ce que je sais.

 

Pour soutenir Illute, achetez son album

 

EDIT 29/052015 : Le clip de Sichtbar vient de sortir

 


[1] So wie die Dinge um uns stehen  (La façon dont les choses se tiennent autour de nous ) (Timezone, Berlin 2014). 

 

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