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La folle journée de Nantes : « passions de l’âme et du cœur »

Du 28 janvier au 1er février, 1800 artistes ont donné 350 concerts à la Cité des Congrès de Nantes. Il faut être un peu fou pour venir ainsi des quatre coins du monde pour la seule passion de la musique. C'était d'ailleurs le thème de cette 21ème Folle journée : « la passion de l'âme et du cœur ». 

Diversité et fraternité 

Ils sont venus des Pays Baltes, avec l'Orchestre Kremerata Baltica ; de Pologne avec L’orchestre Sinfonia Varsovia, dirigé cette année, entre autres, par un jeune chef russe de 27 ans, Maxim Emelyanychev ; d’Estonie, avec le  groupe Vox Clamantis ; de Trinidad et Tobago avec le surprenant groupe Renegades Steel Band qui interprète des œuvres de Bach, Schubert, sur des bidons métalliques récupérés et transformés en instruments de musique, au son tantôt cristallin tantôt résonnant comme l’orgue d’une cathédrale ; du Japon, de la Chine avec de grands interprètes comme Masaaki Suzuki et Masato Suzuki (père et fils) virtuoses du clavecin ; d’Allemagne avec le Collegium Cartusianum Kölner Kammerchor, le jeune et dynamique quintet Spark de Berlin ; mais aussi de France avec des orchestre régionaux réputés : l’Orchestre des Pays d’Auvergne sous la direction de la jeune Claire-Marie Le Guay. Un éventail extraordinaire d’instruments, d’artistes dont une génération époustouflante de jeunes pianistes.

Une particularité de la Folle journée est la fraternité entre les musiciens et les spectateurs : comme les concerts se succèdent presque toutes au même endroit de 9h du matin jusqu’après 23h, il n’est pas rare de croiser les artistes circulant dans la grande Halle avec leur instrument, se dirigeant vers leur salle, ou certains dans la rue ou tout simplement à la gare. Occasion parfois d’une petite conversation ! Il y a aussi des concerts publics au milieu de la grande halle où la proximité avec les artistes est encore plus réelle. Un nombre impressionnant de personnes circulent ou écoutent de la musique dans la plus grande tranquillité : pas de bousculade, un bruit de fond continu s’alliant à la musique des concerts en public, comme une impression de marée tranquille, d’un flot humain qui va et vient au gré des heures de concert : quand un concert a lieu dans l’auditorium, ce sont 1900 personnes qui se déplacent pour entrer dans la salle !

Autre aspect de cette Folle journée : la variété du public. On y trouve tous les âges et certains concerts sont plus particulièrement ouverts aux scolaires. Ce qui ne se voit pas non plus mais qui est adjacent au déroulement de ces journées, ce sont les concerts décentralisés, des prestations données à cette occasion dans les hôpitaux, les maisons de retraite ou à la cathédrale lors de la messe dominicale : 200 artistes se sont ainsi déplacés pour partager cette passion de la musique avec ceux qui ne pouvaient participer à cet évènement.

Un thème follement ambitieux

Jusqu’à ces dernières années, la Folle Journée était axée sur un compositeur, une école, un courant musical… Cette année le thème était centré sur la passion, passion de l’âme et du cœur exprimée par les musiciens des prémices de l’époque baroque au XXème siècle.

Concrètement, cette thématique renvoyait d’abord aux souffrances du Christ sur la croix : moment traduit en musique par Bach ou Arvo Pärt (Passion selon Saint Jean), par Haydn avec « les sept dernières paroles de Notre Seigneur sur la croix ». La Passion évoquait également la douleur de la vierge Marie au pied de la croix, traduite de façon bouleversante dans le Stabat Mater de Vivaldi, de Scarlatti… La passion de l’âme était aussi l’expression de la vénération pour des personnes disparues donnant lieu à des pages grandioses comme le Tombeau pour sa majesté la Reine de Pologne de Bach ou poignantes, comme le Quatuor pour la fin du temps d’Olivier Messiaen composé en 1941 avec trois amis musiciens, alors qu’il était prisonnier dans un camp de Silésie. Les passions du cœur étaient ensuite traduites en musique dans des œuvres très variées passant par la période baroque, la période romantique : amour passion, tristesse, désespoir que l’on pouvait apprécier à travers les madrigaux de Monteverdi, les pages pour piano de Schumann, Schubert ou Chopin… Enfin la Passion de l’âme et du cœur était aussi exprimée dans la musique populaire : chants sacrés de la Provence avec le Cór de la Plana de Marseille, Fado avec Antonio Zambujo, chants arabes de la jeune chanteuse syrienne Waed Bouhassoum…

Cette « Folle journée » a tenté de montrer comment les musiciens à travers les âges ont eu à cœur de transcrire la complexité des mouvements de l’âme et du cœur de l’homme. Ils ont présenté des chefs d’œuvre d’une beauté inouïe qui élèvent l’âme et nous ont fait vivre des moments « passionnants ». Merci à René Martin, l’instigateur de cette Folle journée depuis sa création.

Béatrice Vandame

 

La folle journée

Playlist de France Musique de la Folle journée de Nantes

 

 

 

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