Home > Eglise > Don Giussani, homme de Dieu
Il y a 10 ans, le 22 février 2005, Don Giussani, fondateur du mouvement Communion et Libération, retournait à la demeure vers laquelle il avait tendu toute son existence. Voici le regard de Mgr Massimo Camisasca, fondateur de la fraternité sacerdotale du mouvement, évêque de Reggio Emilia, sur sa mission.

"En lui, chaque instant était événement." 

 

Don Giussani a été un génie de l’humain. Il est arrivé à cette connaissance de l’homme par de nombreux chemins. Certainement grâce à sa capacité d’observation et de pénétration, à l’écoute, mais aussi grâce à beaucoup de maîtres : ses enseignants du séminaire, les grands de la littérature, de la musique et de l’art ; et aussi nous-mêmes, parce qu’il a accepté d’apprendre (et presque de voler !) quelque chose de chacun. Sa connaissance de l’homme, qu’il a décrite dans Le sens Religieux en une véritable apologie de la raison et du cœur, l’a rendu capable de dire des choses qui peuvent intéresser des personnes de n’importe quelle culture, origine, ou tradition. Ce fut un homme qui se cherchait lui-même en tout homme, curieux de l’humanité de tous, et, en même temps, un homme qui mendiait le Christ en toute chose. C’est ainsi qu’il en est devenu témoin. En lui, chaque instant était événement. Il était profondément animé par la tension de ne jamais rien vivre comme quelque chose de banal, d’habituel, mais comme une demande adressée à une Présence.

"Le signe profond que ce qui est né autour de Don Giussani est l’œuvre de l’Esprit, c’est précisément l’unité."

L’œuvre de l’Esprit suscite le don de chacun. Don Giussani a contribué à susciter ce don personnel en des milliers et milliers d’hommes et de femmes. Il n’a pas créé une réalité de masse, dans laquelle tous seraient égaux, comme sous un couvercle, mais il a généré une réalité bigarrée, riche en personnalités variées, qu’il a lui-même rassemblées et conduites à l’unité. C’est cela véritablement l’œuvre divine. Les grands hommes de la terre sont capables d’appeler à leur côté des personnes efficaces, mais ils ne sont pas capables de mener à l’union les différences. Au contraire, le signe profond que ce qui est né autour de Don Giussani est l’œuvre de l’Esprit, c’est précisément l’unité. Il a créé un peuple. Voilà ce qui est profondément divin.

"Il nous a éduqués à faire de la foi une rencontre avec la réalité."

Don Giussani était doté d’une puissance culturelle phénoménale. Il décrivait depuis le début son idée de culture en commentant la phrase de Saint Paul aux Thessaloniciens : «Vérifiez chaque chose, retenez ce qui est bon »  (1 Th 5, 21). Il nous a éduqués à faire de la foi une rencontre avec la réalité. La rencontre avec le Christ fait naître, pour Giussani, une culture nouvelle, appelée à avoir une incidence dans les milieux où vivent les hommes. Cela est devenu une des trois dimensions qui, avec la charité et la mission, a constitué l’âme de la nouvelle  « Jeunesse étudiante » née autour de lui.

Il nous a toujours éduqués à la charité. Tout en effet naît de la charité, de notre cœur qui accepte de partager la vie avec celle des autres, comme Dieu a partagé la nôtre. Les œuvres de charité nées à la suite de Don Giussani sont multiples : écoles, centres d’accueil, associations de familles, initiatives missionnaires. Dès la fin des années Soixante il avait pensé à une mission au Brésil. Ce fut certainement une ouverture importante, parce qu’il était convaincu de la nécessité de la mission comme vrai œcuménisme : partager avec d’autres frères, qui vivent dans des horizons lointains et différents, ce que nous vivons nous.

"Un thème central, dans ce passage vers une tradition renouvelée, a été l’expérience de l’autorité. Il en a été un grand défenseur (…). Il a cependant aussi combattu toute forme d’autoritarisme et de cléricalisme, mettant en lumière la valeur affective de l’autorité.

Giussani a dédié toute son existence à l’élaboration d’une méthode de transmission du christianisme. Une syntonie impressionnante avec ce que fut la tentative du Concile Vatican II, un concile pastoral voulu pour indiquer le chemin par lequel vivre le christianisme. Il désirait lancer les jeunes vers l’avenir, il voulait apporter un changement, non une révolution, une nouveauté dans la continuité. Un thème central, dans ce passage vers une tradition renouvelée, a été l’expérience de l’autorité. Il en a été un grand défenseur, surtout après 68, quand elle fut durablement contestée. Il était fermement convaincu que, sans autorité, il n’y a pas d’éducation ; parce qu’éduquer est transmettre quelque chose que l’on a reçu. Il a cependant aussi combattu toute forme d’autoritarisme et de cléricalisme, mettant en lumière la valeur affective de l’autorité.

Don Giussani reste présent au milieu de nous de nombreuses façons. A travers son enseignement, qui est bien loin d’avoir été découvert de manière exhaustive. A travers l’œuvre de conversion d’existences humaines entières. Un enseignement vrai, authentique, aspire en effet à changer l’existence. Giussani reste donc présent à travers le peuple qui est né de lui. A travers tout ce que le fleuve de l’Esprit, dans sa rencontre avec l’histoire, fera encore jaillir de son don.

 

Cet article est paru en italien sur le site de la Fraternité Saint Charles Borromée le 18 février 2015.
Traduction pour Terre de Compassion : Alexandra Fricker. 

 

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