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Plaidoyer pour la dignité de l’accouchement

Alors que cette « journée de la femme » touche à sa fin, après avoir passé la journée à rire du fait que « et les 364 autres jours, alors, c’est quoi ? », j’ai envie de sortir du débat « pour ou contre la journée de la femme » et de contempler la féminité et le lieu par excellence où sa grandeur s’exprime : la maternité.

Achiam, Maternité assise, musée de Shuni (Credit).

 

Parallèlement à ma découverte quotidienne de la maternité, une question en appelant une autre, une foule d’informations passionnantes m’ont conduite à me questionner sur ce qui se vit lors d’une grossesse et d’un accouchement, non seulement pour la mère, l’enfant et leur entourage, mais aussi pour nos sociétés au sens large[1]. Il me semble que les diverses réactions de la société (de la famille mais aussi du corps médical) à une naissance explicitent clairement la grandeur de ce qui se joue. Mais l’encadrement médical souvent excessif auxquels sont aujourd’hui soumises les femmes enceintes et en travail révèle une peur instinctive face à un événement qui nous dépasse irrésistiblement, qui nous échappe malgré nos forceps et nos péridurales.

La naissance : un au-delà qui effraie

Les femmes, et parmi elles, les mères de manière particulière, ouvrent sur un mystère inouï, un mystère terrifiant, qui nous dépasse tous et complètement. Dans notre société individualiste, le bien-être personnel se pense souvent en opposition au bien-être d’autrui : si je m’occupe des autres, je le fais par abnégation ou esprit de sacrifice, il faut que je veille à ne pas me « faire bouffer ». Le fait de se donner n’est généralement pas considéré comme nourrissant, comme contribuant directement à mon bonheur. Et pourtant, des milliers de corps de femmes se donnent jusqu’à accueillir un parfait étranger, dont nul ne connaît ni le visage ni le nom. Des milliers de corps de femmes se donnent, et avec bonheur encore ! à la déformation d’une grossesse, à l’événement vertigineux de la naissance (…)[2]. C’est effrayant. L’angoisse majeure des jeunes papas est d’ailleurs de se sentir impuissants. Comme tout le monde, ils sont rassurés par ce qu’ils maîtrisent, ce qu’ils contrôlent, ce qu’ils connaissent et savent. Face à leur femme qui accouche, rien de tout cela.

"Petit à petit, pour se rassurer, l’homme a fait de cet évènement qui nous force à regarder vers le haut, un fait médical bien connu et maîtrisé. C’est peut être poussée par la soif d’être au plus près de ce grandiose, de cette simplicité, de cet inconnu aussi, que j’ai choisi d’accoucher à domicile pour mon deuxième enfant."

Achiam, Femme enceinte, musée de ShuniEt ils ne sont pas les seuls à être concernés par cette angoisse de ce que l’on ne maîtrise pas. C’est une maladie très humaine, et très « assumée » par notre société, dans la mesure où le contrôle absolu de soi, de sa carrière, de son histoire, de son image, etc, est presque devenu une valeur. Surtout pas d’au-delà, surtout pas de surnaturel, rien qui me dépasse, nulle épaule grandiose où m’épancher, nul manteau immense où me cacher. Pas d’infini qui m’appelle. La femme peut devenir effrayante, parce qu’en portant un enfant et en le mettant au monde, elle accomplit quelque chose d’immense, de démesuré, qui la dépasse infiniment, mais qu’elle accomplit le plus souvent avec simplicité, parce que c’est sa nature (…)[3].

Comme beaucoup d’éléments de notre quotidien qui nous saisissent pour nous forcer à regarder vers le haut, la grossesse et l’accouchement ont été rationnalisés, recadrés. Petit à petit, pour se rassurer, l’homme a fait de cet événement grandiose un fait médical bien connu et maîtrisé. C’est peut être poussée par la soif d’être au plus près de ce grandiose, de cette simplicité, de cet inconnu aussi, que j’ai choisi d’accoucher à domicile pour mon deuxième enfant.

Ligoter la parturiente, rationaliser l’au-delà

Après mon premier accouchement, pourtant entourée par des professionnels de santé merveilleux, bouleversants d’humanité et passionnés par leur métier, je me suis sentie envahie d’une colère sourde, que j’ai eu du mal à m’expliquer. J’étais en colère, de souffrir autant (accouchement très pénible, suites de couches, début d’allaitement fastidieux…), et que cette souffrance soit reçue, non avec indifférence mais avec fatalisme (Hé oui, ce n’est pas drôle, c’est comme ça. « Mais une fois que tu as ton nouveau-né dans les bras, tu oublies tout non ? » Heu… non). J’ai compris il y a peu que ce fatalisme me met en colère parce qu’il révèle précisément le regard que nos sociétés portent sur la femme.

Les pratiques listées et dénoncées ci-après ne sont pas systématiques ; elles sont toutefois beaucoup plus répandues qu’on ne le croit, et font l’objet d’un tabou très fort[4]. Elle révèle le regard posé sur la femme et l’accouchement (les points sont développés dans les notes) :

  • L’expression abdominale (…)[5]
  • L’anesthésie péridurale trop systématique avec les risques conséquents (…)[6].
  • Le manque de rééducation du périnée (…)[7],
  • Le point du mari (…)[8].

Achiam, Femme enceinte, musée de ShuniPour mon premier accouchement, j’étais déjà en recherche d’un lieu où la femme et l’enfant sont respectés, ainsi que le processus de la naissance. Je me suis retrouvée à m’inscrire dans une maternité dont le discours sur l’accouchement me correspondait parfaitement : ils possèdent une baignoire pour les mamans voulant profiter des bienfaits de l’eau, encouragent la rédaction d’un projet de naissance, ont des sages-femmes formées à l’accompagnement d’un accouchement physiologique, sans péridurale (techniques respiratoires, positions, massages, etc.). Tout cela est extrêmement difficile à trouver en région parisienne (deux, peut être trois maternités à Paris ou proche banlieue). Seulement voilà : c’est aussi le plus gros centre d’IVG du territoire, établissement se proclamant « militant », précurseur de la loi Veil, comptant environ 1 250 avortements par an (pour 1 600 naissances). Ces chiffres m’ont frappée : voulais-je vraiment donner naissance à mon bébé là où tant de fœtus sont supprimés ? Comment se fait-il que ce souci de la femme soit l’apanage des militants pro-IVG ? Pourquoi les cliniques privées catholiques n’ont-elles pas cette démarche d’écoute et de respect de la nature de la femme ? On se scandalise souvent de l’argent qui règne en maître (les cliniques privées ont un taux plus élevé de césariennes car c’est un acte chirurgical, donc mieux payé), mais il me semble qu’il y a là un enjeu culturel plus profond : comme je le disais plus haut, celui du regard porté sur la femme en général, et sur la femme qui accouche en particulier.

Droit de réponse

Bien sûr, je vois d’ici s’insurger tout ceux et celles pour qui la médecine a avant tout sauvé des vies, et a permis un effondrement de taux de mortalité des mères comme des nouveaux nés. A ces personnes, je réponds différentes choses :

  • d’abord que OUI BIEN SÛR. Cela n’excuse en rien tous les abus décrits plus haut, mais oui, évidemment.
  • Ensuite que ce n’est pas le génie des médecins ni la bonne odeur des hôpitaux qui ont sauvé les mères et leurs enfants, mais l’hygiène et les antibiotiques[9].
  • bien sûr, j’ai beaucoup d’admiration pour les sages-femmes, les médecins, les aides soignants[10]. En revanche, j’accuse un système médical aveuglé par une idéologie de mort, qui refuse de se secouer pour rendre à l’être humain tout le respect qui lui est dû[11].
  • Puis, le corps de la femme SAIT accoucher. Il n’est pas fait pour le cancer du sein. Il n’est pas fait pour un accident de voiture. Mais il est fait pour mettre un enfant au monde[12]. Oui, il faut surveiller, parce qu’un petit d’homme est précieux. Il faut écouter le cœur de l’enfant, s’assurer que la maman n’a pas de fièvre. Et puis ?
  • On pourra aussi me dire que les femmes ont besoin d’être rassurées, que c’est un événement angoissant (certes !) et qu’elles ont besoin d’être soutenues. Absolument. Je lisais récemment une maman qui expliquait qu’elle « ne pouvait pas accoucher sans son mari ». On peut se demander quelle place est laissée aux pères lorsqu’il y a péridurale, voire césarienne[13].
  • Il faut enfin reconnaître que je me réveille un peu tard : des sages-femmes, des soignants, des conseillères en allaitement se battent tous les jours, chacun à leur façon, pour rappeler la dignité de la femme. Mais leur combat est tellement passé sous silence, toujours tabou, que je n’en avais pas entendu parler avant d’accoucher moi même…

Vive les femmes

Je crois profondément que le monde a besoin de la femme en tant qu’elle est femme, le monde a besoin de respirer par le regard des femmes, le monde a besoin de regarder les femmes et d’apprendre d’elles la confiance immense qui leur est faite, d’apprendre d’elles le mystère, l’intériorité et le silence[14].

J’essayais de finir cet article lorsque je suis tombée sur ces mots de notre pape François, prononcés le 7 janvier 2015 salle Paul VI en audience générale : « Mais la mère, bien qu’étant très exaltée du point de vue symbolique — beaucoup de poésies, beaucoup de belles choses qui nous parlent de façon poétique de la mère — est peu écoutée et peu aidée dans la vie quotidienne, peu considérée dans son rôle central dans la société. (…) Il arrive également que dans la communauté chrétienne, la mère ne soit pas toujours considérée, qu’elle soit peu écoutée. Pourtant, au centre de la vie de l’Église, il y a la Mère de Jésus. Peut-être les mères, prêtes à tant se sacrifier pour leurs enfants, et souvent également pour ceux des autres, devraient-elles recevoir davantage d’écoute. Il faudrait comprendre davantage leur lutte quotidienne pour être efficaces au travail et attentives et affectueuses en famille ; il faudrait mieux comprendre à quoi elles aspirent pour exprimer les fruits les meilleurs et les plus authentiques de leur émancipation. » Vive les femmes et leur féminité, aujourd’hui… et toujours !

 

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NOTES : 

[1] Quand on me demande si je suis contente d’être enceinte à nouveau, je réponds souvent que j’adore l’être, que la grossesse est une expérience transcendante, méta-physique qui me fascine et me passionne. Mes interlocuteurs ricanent alors souvent d’un air mi-pincé, mi-interrogateur, me trouvant certainement (comme d’habitude ?) un peu lyrique. Mais c’est très sérieux. A l’occasion de la lecture d’un excellent article (Laurence Aubrun, professeur de philosophie, Une expérience singulière qui permet de penser autrement l’altérité, La Croix, 26 décembre 2014) qui m’a donné quelques clefs, je suis revenue sur cette grandeur inouïe donnée à la femme.

Pour une grande majorité de femmes, leur(s) accouchement(s) restent des moments magiques, rayonnants, les moments les plus forts de leurs vies. Et pour cause ! Rencontrer cet inconnu qu’elle connait, découvrir ce visage tissé en son sein, contempler les traits de cette vie palpitante, sentir l’amour jaillir en geyser pour ce minuscule bout de vie si vulnérable… Pourtant, lorsque j’ai confessé à quelques amies, d’abord à voix basse, que pour moi, cela n’avait pas été « le plus beau jour de ma vie », parce que c’était une expérience très dure et violente, voire traumatisante, toutes ont opiné vigoureusement. Depuis, passionnée par ce moment si important, je me suis renseignée, sur des blogs, des sites internet, auprès de sages-femmes que j’ai rencontrées.

[2] Le désir d’enfant, aussi complexe qu’il soit, est aussi le désir de se donner, le désir d’être entièrement à l’autre, de se laisser changer, ployer, renverser par l’autre. Ployée, la courbe de mon flanc qui s’arrondit à l’extrême, étirée par ce minuscule qui grandit en moi. Ployés, mes organes, qui se déplacent pour laisser grandir le minuscule. Renversée, la femme qui accouche, jetée au sol, à quatre pattes, elle se balance suivant des réflexes venus du fond d’elle même, pour mettre au monde le minuscule (pas si minuscule, quand il s’agit de le faire passer par de tels cols…).

[3] Peut être que chaque grossesse, chaque naissance, au-delà de tout ce que la science nous a appris et de tout ce que peuvent nous expliquer les gynécologues, peut être que chaque ventre rond et chaque nouveau-né nous parle du plus grand des mystères. Dans mon ventre, il n’y avait rien ; nous nous sommes aimés, des cellules dansent, il y a maintenant quelqu’un. J’étais moi, je suis nous. Pourquoi moi, et pourquoi lui ? Pourquoi nous avoir choisis, pourquoi nous avoir voulus ? Qu’est-ce que devenir homme ?

[4] Quand bien même elles ne concerneraient qu’une petite minorité, leur simple existence est à dénoncer.

[5] La technique de « l’expression abdominale » consiste à presser sur l’abdomen de la mère, avec les bras ou carrément en s’asseyant dessus (vous visualisez ? une femme en travail que l’on allonge dans la position la moins confortable et sur laquelle on s’assied pour « faire sortir » le bébé ?). Bilan : des ecchymoses, des douleurs abdominales persistantes parfois longtemps après l’accouchement, des fractures des côtes, des déchirures du périnée ou du sphincter anal, des lésions internes telles que l'explosion de la rate et des dommages au foie, et parfois même des atteintes graves à l’appareil reproducteur comme la rupture utérine. Et l’on ne parle pas des conséquences psychologiques.

[6] être une femme qui accouche, c’est aussi s’entendre dire par une sage-femme débordée, qui doit gérer 10 accouchements en même temps : « ça fait mal, une contraction, hein ?  J’appelle l’anesthésiste ? ». Une femme qui regarde sa douleur et non plus son bébé ne peut plus la gérer : elle supplie  pour avoir la péridurale, être mise sous sonde urinaire, et perdre l’usage et la sensation de ses jambes le temps de quelques heures, le temps de ces heures critiques où elle sort un être humain d’elle même. La péridurale, c’est une forte augmentation des risques d’épisiotomie, car le corps réagit moins bien et se déchire donc plus vite ; c’est donc une augmentation des risques d’infection et de suites de couches pénibles (tant à cause de la sonde urinaire que de l’épisiotomie).

[7] Être une femme, c’est aussi apprendre, la plupart du temps après son premier accouchement, parfois avant, parfois plus tard, qu’il faudra acheter des “couches” pour adultes, parce qu’on ne met pas un enfant au monde impunément. Il y a quelques générations de cela, il y avait toujours une tante, une cousine, une voisine qui venait expliquer à la jeune accouchée, obligée de garder le lit pour allaiter son enfant, les exercices à faire pour rééduquer son périnée mis à rude épreuve. Nous pouvons nous estimer heureux, en France, car des  sages-femmes et kinésithérapeutes militants et passionnés de leur métier se sont battus pour rendre obligatoire la prescription de séances de rééducation (on se moque de nous pour cela outre-Atlantique…). Laquelle est souvent faite par sonde (et non manuellement, avec explication et guide de la sage-femme), donc de manière une fois de plus passive, où la femme doit renoncer à la maîtrise de son corps pour la remettre dans les mains de « professionnels ». De toute façon, 36 % des femmes n’ont pas eu de rééducation, dont 18% parce que personne ne pouvait leur garder leurs enfants. Je connais personnellement de belles jeunes femmes qui n’ont même pas 30 ans et qui ne peuvent plus rire, tousser, ou porter des charges lourdes sans se faire pipi dessus.

[8] Etre une femme, c’est aussi s’entendre proposer, dans de (trop) nombreuses maternités, le « point du mari ». Au moment de recoudre l’épisiotomie, le gynécologue ajoute un point de suture en plus, pour resserrer un peu plus l’entrée du vagin. Intérêt pour la femme : zéro. Dommage pour la femme : au mieux, nul, au pire, des années de rapports sexuels douloureux. Intérêt pour le mari : l’excitation d’avoir dans son lit un vagin plus étroit (et encore ?). Lorsqu’un médecin propose cela ou le pratique sur une femme qui vient de mettre un enfant au monde, comment la regarde-t-il ? Quel regard pose-t-il sur ce qu’elle est, sur ce corps qui s’est donné, sur l’enfant qu’elle vient de mettre au monde, sur l’amour qui a fait naître cette vie ? Ce dernier abus est bien significatif du regard que l’on porte, que l’on veut porter, sur la femme qui donne naissance.

[9] Lorsque les sages-femmes se sont mises à se laver les mains et que l’on a pu administrer des antibiotiques aux mamans qui déclaraient une infection (la « fièvre puerpérale »), c’est là que les taux de mortalité ont chuté.

[10] Je n’accuse pas ici les personnes constituant le corps médical. J’ai moi même eu affaire, lors de la naissance de mon fils aîné, à des personnes incroyables, dévouées, attentionnées, qui m’ont choyée avec une humanité et un respect rare. Et m’ont évité une césarienne.

[11] Je suis scandalisée par ce qu’il se passe autour de la grossesse et de l’accouchement, qui est soumis à une loi du silence pudibonde ; c’est, à mon sens, l’un des lieux où l’on peut parler, sans abus, d’ « oppression de la femme », mais qui reste encore complètement tabou, y compris au regard de nombreux-ses féministes, pour qui cette question n’est qu’accessoire (après tout, la femme qui a choisi de faire des enfants pouvait très bien ne pas les faire ; elle les a voulu, elle les a eus, qu’elle se débrouille).

[12] Dans la nature, lorsqu’une femelle met bas, on la laisse s’éloigner du troupeau et s’isoler. Pourquoi ne pas faire cette confiance aux femmes, et au couple ? Pourquoi ne pas leur apprendre qu’elles savent, et qu’elles peuvent ? Oui, il faut surveiller, parce qu’un petit d’homme est précieux, qu’une femme a besoin de soutien. Il faut écouter le cœur de l’enfant, s’assurer que la maman n’a pas de fièvre. Et puis ?

[13] On peut se demander quelle place est laissée aux pères lorsqu’il y a péridurale (massages et pulvérisateurs sont inutiles, il arrive souvent que ces messieurs s’endorment…), voire césarienne (la plupart du temps, les papas ne sont pas admis en salle d’opération). J’ai lu plusieurs témoignages où les papas ont dormi pendant tout l’accouchement… Alors qu’une naissance peut être un moment fondateur pour un couple, un moment où lui est totalement admiratif de la puissance insoupçonnée de sa femme, où elle s’émerveille de la solidité et de la fidélité de son mari, où elle puise dans son regard (et dans ses gestes très concrets !) la force de mettre un enfant au monde…

[14] Pour ma plus grande surprise, je réalise depuis peu que je suis féministe. Mais je ne me retrouve pas dans un féminisme qui demande à la femme d’être un homme. Certains parlent de « féminisme collaborationniste » : c’est un féminisme machiste, qui prétend défendre les femmes mais qui nie leur nature, méprise ce qui les caractérise et les ampute de ce qui les grandit.

 

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3 Commentaires

  1. sabrina

    J’étais en colère, de souffrir autant, et que cette souffrance soit reçue, non avec indifférence mais avec fatalisme (Hé oui, ce n’est pas drôle, c’est comme ça. « Mais une fois que tu as ton nouveau-né dans les bras, tu oublies tout non ? » Heu… non)

    Merci pour cet article. Je souhaite simplement réagir pour dire que je me reconnais dans ces mots. Ma colère à moi est celle de me rendre compte que la souffrance autour de la maternité est très taboue. Etre jeune mère et ne pas être heureuse, avoir souffert, souffrir encore, en être en colère, et que tout le monde autour s'attendent à ce que la jeune mère resplendisse de bonheur. La grande, l'immense parfois, solitude des jeunes mamans. Je ne sais pas trop quoi dire de plus si ce n'est que ces mots me rejoignent.

    Merci.

  2. Claire

    Merci Lakshmi pour cet article. J'aimerais apporter mon témoignage, et aussi une petite réflexion sur l'époque.

    – Pour ma part, malgré un premier accouchement très douloureux, oui, j'ai oublié la souffrance dès que mon enfant a été dans mes bras (du moins, je me rappelle évidemment que j'ai souffert, mais je n'en ai pas la mémoire physique, c'est purement intellectuel et n'a plus d'actualité, contrairement à une souffrance morale). Je me souviens très bien, toute la souffrance s'est effacée d'un coup et tout ce qui s'est passé ensuite m'était égal (l'expulsion du placenta, les points de l'épisiotomie, les suites de couches…). Mais je suis persuadée d'une chose : c'est parce que j'ai été extrêmement bien préparée (reconnaissance éternelle à Maud, ma sage-femme) que j'ai pu éviter la péridurale et gérer moi-même cette souffrance, ne pas me laisser submerger par elle mais au contraire en faire mon alliée pour donner la vie. D'où une absence de traumatisme, malgré le fait objectif que ça a été très dur – je n'ai pas du tout ressenti cette colère d'avoir souffert, dont il est question dans l'article. Ce fut enfin une vraie expérience spirituelle : celle d'accomplir ma mission de femme, de la choisir moi-même et de ne laisser ça à personne d'autre.

    – Triste époque de soi-disant libération de la femme, où il est si difficile de trouver notre place sans revendiquer des droits : droit de travailler ou au contraire, droit d'élever ses enfants, il faut toujours se justifier (si si, je m'occupe bien de mes enfants quand même – ou alors : si si, j'ai d'autres activités, je ne fais pas que la boniche à la maison)… Et si on nous laissait tranquilles ?

  3. Sophie

    Merci Lakshmi pour ce bel article, et félicitations pour ce 2e enfant que tu portes et cette audacieuse décision d'accoucher chez toi (courageux aussi pour le père ..!)

    De mon côté le 1er accouchement a été rapide et facile, que du bonheur, que d'excellents souvenirs. Je m'attendais à vivre la même chose pour le deuxième, mais cela n'a pas été le cas. Accouchement long, mise en place d'ocytocine (ce qui ne m'a pas permis d'accoucher sans péridurale comme je l'aurais souhaité), arrivée du gynécologue qui a immédiatement rompu la poche des eaux (alors que le bébé était en train de naître coiffé), a fait de l'expression abdominale (en effet violent, et difficile à supporter psychologiquement). J'étais cependant en confiance avec la sage-femme qui m'accompagnait pour un accouchement tout en douceur, et me serais bien passée de cette intervention médicale. D'autant plus que l'on m'a assuré que le bébé ne souffrait pas et que cela n'était pas forcément justifié.

    Bref, je change de maternité pour le 3e qui est prévu pour septembre… en espérant plus de douceur, d'accompagnement et de respect de mon projet de naissance