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Syrie : le combat sans merci du pardon

 
Trait d'union controversé entre le gouvernement et les rebelles syriens, Mère Agnès-Mariam de la Croix travaille à la réconciliation de ce peuple déchiré.

La mission de l'unité

Religieuse catholique melchite, palestinienne de nationalité franco-libanaise, mère Agnès-Mariam est un personnage étonnant. Après avoir découvert une madone du 10ème siècle au cours de la restauration d'un tableau, elle prit conscience du patrimoine spirituel et de la mission d’unité et de témoignage de l’Eglise d’Antioche. En 1993, elle se rend sur les ruine d'un ancien monastère à Quara en Syrie. Elle obtient du patriarche l’autorisation de le restaurer pour y fonder une communauté. Depuis peu, œuvrant au sein du mouvement Moussalaha (Réconciliation), convaincue que les deux camps ont commis des atrocités, elle travaille à la réconciliation des belligérants, car pour elle, seuls les syriens pourront trouver une solution durable à la crise. On lui a reproché de soutenir le gouvernement d'Assad au moment de la décision de l'intervention française. Elle affirme pourtant: "je ne suis pas pro Assad, je ne suis même pas syrienne, je ne rentre pas dans la politique, mais ce qui se passe en Syrie est contraire aux droits élémentaire de l’homme et au droit international."

Témoignage sur la situation

Au cours d’une récente interview[1], elle affirme que les factions armées non identifiées qui ont été dénommée par les médias comme étant l’armée libre de Syrie, puis Al-Quaïda et enfin, l’Etat Islamique, sont une seule et même réalité qui ne provient pas du tissus social et religieux syrien mais qui a été manipulé à dessein pour provoquer le chaos et instaurer le califat islamique. Les vrais Rebelles se retrouvent alors « au chômage », car n’étant pas soutenus par la communauté internationale, ils n’ont plus que l’alternative de s’enrôler dans les rangs de l'Ei ou dans l’armée légale. Beaucoup préfèrent d’ailleurs ce dernier choix[2]. Mais pour elle, ce qui s'opère en Syrie est un véritable remodelage des frontières et un nettoyage ethnique contre lesquels elle dénonce la complicité des états de la coalition. 

Quel avenir pour l'homme?

Ces dernières semaines, l'EI a brisé d'inestimables objets conservés au musée de Mossoul, la deuxième ville d'Irak, avant de viser la cité plurimillénaire de Nimroud et, celle fortifiée de Hatra, fondée il y a plus de 2 000 ans, particulièrement bien conservée où architectures orientale et occidentale se mêlent. L'EI justifie ces destructions en arguant que les statues favorisent l'idolâtrie. Elles sont pourtant vendues au marché noir. Mais en attaquant Hatra et Nimroud, c’est toute l’histoire du peuple assyrien qui est atteinte.

A la question de savoir si elle considère s’il y a un avenir pour les chrétiens en orient, elle répond : « Je pose la question à la société, ici en Europe, à la communauté internationale. Quel avenir pour l’homme ? Je ne veux pas parler de chrétiens et je ne veux pas parler de musulmans, je veux parler de l’homme. Qu’elle est l’alternative à n’importe quel gouvernement, entité autocrate ou bien tyrannique ? L’alternative, c’est l’EI ?  (…) C’est nous, la communauté internationale civilisée, qui sommes en train de mettre en danger l’homme, partout. Elle est mise en danger et je dirais même massacrée et détruite en Irak, elle l’est maintenant en Syrie, et demain, quoi de plus ? »

L'étendue du drame

Enfin, le journaliste lui demande s’il lui arrive de douter de sa foi. Non moins ferme, elle répond : « Non, pas du tout. Je suis quelqu’un qui s’est converti en lisant la Sainte Écriture. Le Seigneur et les prophètes nous avisent que la volonté de Dieu est de laisser libre court à la volonté de l’homme et la volonté de l’homme peut se diriger vers le bien ou se diriger vers le mal. Dans la théologie eschatologique de l’Eglise qui se trouve dans les écritures, nous allons vers le dévoilement de l’homme d’iniquité (…). Il faut revenir à soi, et ce qui se passe chez nous c’est une séquence de cette apocalypse qui est le fruit de la révolte de l’homme contre soi, contre son identité. Aujourd’hui on est en train de détruire toute identité, toute appartenance, que ce soit l’appartenance à un pays, l’appartenance à une famille ou à soi-même et pourquoi ? Pour avoir des créatures livrées à la consommation et à l’argent. Si je suis trop sévère ne m’en voulez pas. Mais je pense que j’ai un peu d’espoir. »

L'espérance du pardon

Ce peu d'espoir, c'est le génie du peuple Syrien, malgré ses terribles déchirures, avec sa tradition multimillénaire de mélange culturel. Et cette force discrète, cachée, qui vient de Dieu. Il y a les trois authentiques martyrs de Maaloula (les deux frères Michel, Antonios et leur cousin, Serge), bientôt canonisés, il y a le témoignage du père Franz van der Lugt s.j., assasiné alors qu'il était resté pour servir les quelques chrétiens restés à Homs. Et puis il y a l'histoire d'Abou Fayad (le père de Fayad).

Fayad, fils unique, était un jeune universitaire de la ville de Homs. Enlevé brusquement, il fut rendu 6 mois plus tard dans un état que nous ne décrirons pas ici. A la reprise de la ville, devant les autorités réunies pour négocier la fin des hostilités, le père de Fayad raconte: "Qu'a-t-il fait mon fils beau comme le soleil ? Je n'ai personne d'autre que lui ! Ma première réaction a été de prendre un couteau et de vouloir tuer n'importe qui pour me défouler. Et soudain j'ai senti dans mon cœur : non, ce n'est pas de cette manière. Pour Fayad." Devant l'assemblée médusée, ce musulman dit alors: "alors, j'ai décidé de pardonner, et vous mes frères et sœurs, faites de même !" La religieuse commente : "C'est plus fort qu'une invasion et que les bombes. On cherche à diviser le pays, à manipuler, à instaurer le soupçon, on fait des massacres qui sont des casus belli (…). Mais la force de la réponse, la puissance de la réponse, c'est : "Moussalaha", réconciliation ! Tu es musulman? Je t'aime, on va travailler ensemble! ” 

 

NOTES

[1] https://www.youtube.com/watch?v=wXZK-Aat6Tk

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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